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  • 30 Avril 2019

    Publié par El Diablo

     

    Par Évariste

    Cette année, le 1er mai – journée internationale des travailleurs – s’inscrit dans un contexte particulier, après le « 24ème acte » du mouvement des gilets jaunes et presqu’une semaine après les « non-annonces » du Président de la République qui continue d’appliquer son programme ultra-libéral. Ce n’est pas la première fois que cette journée de mobilisation traditionnelle revêt un caractère spécial. Il suffit de regarder quelques années en arrière pour s’en apercevoir, en 2002 – lors de l’entre-deux-tours présidentiel alors que le Front national était au second tour – ou en 2016 – lors de la « loi travail » – ou bien encore simplement l’année précédente avec un niveau de radicalité très présent dans plusieurs grandes villes de France. Alors pourquoi cette année serait si spéciale ?

    Il n’est donc pas question de tout miser ou de tout espérer d’un 1er mai qui permettrait de gagner en une seule journée – nous savons que la construction du rapport de force passe aussi par la construction des organisations politiques, syndicales, d’éducation populaire – mais il convient de réfléchir à la portée symbolique et stratégique de cette journée actuellement. En effet, celle-ci survient après cinq mois de mobilisation sociale dans le cadre d’un mouvement atypique et fort que représentent « les gilets jaunes », après une mobilisation toute aussi importante sur les thématiques écologiques et dans un contexte où le gouvernement (qui a certes été obligé de lâcher sur quelques points) continue de vouloir appliquer sa politique de classe envoyant un signal fort qui doit appeler une riposte générale. Mais ce n’est pas tout, car trois points viennent s’ajouter à cette situation qui peuvent la rendre en somme exceptionnelle :

    – Le mouvement syndical combatif qui comprend la nécessité d’avoir un 1er mai très réussi pour différentes raisons. Côté CGT, l’approche du 52ème congrès compte pour la mobilisation, de plus en interne la contestation gronde contre le réformisme de la « direction » (qui a débouché sur un appel de plusieurs fédérations et unions départementales il y a quelques semaines pour le 27 avril 2019) et il ne faut pas oublier que certains militants CGT souhaitent que le syndicat revienne sur le devant de la scène. Côté Solidaires, si le syndicat a pris position assez rapidement pour le mouvement des gilets jaunes et que la jonction dans le secteur privé s’est faite plus facilement avec ces derniers, il sait également l’importance d’exister en tant que tel lors du 1er mai, mais le versant fonction publique prépare aussi la date du 9 mai comme une journée de grève nationale. Des secteurs fortement mobilisés comme l’éducation devront aussi grossir les rangs, notamment avec la FSU.

    – La tentation du tout répressif par le gouvernement (interdictions administratives de manifester, véhicules blindés, flash-balls, brigades des voltigeurs remises en place…) qui n’aura pas éteint la contestation mais au contraire rassemblé dans une fraternité sociale des mouvements et citoyens qui ont tous été frappés par la violence, « pacifistes » compris. Il s’agit donc d’un moment important, à savoir celui où il faut démontrer que la liberté de manifester, d’expression, base d’une société démocratique, ne peut être remise en cause impunément par le gouvernement. Les appels à un « acte ultime », à l’alliance des gilets jaunes et rouges, à une contestation générale, circulent massivement sur les réseaux sociaux et militants et pourraient être partagés par de nombreuses personnes passant outre les chapelles et le sectarisme.

    – L’auto-organisation acquise dans le cadre du mouvement des gilets jaunes par des dizaines de milliers de citoyens, qui en plus de s’être fortement conscientisés, savent que la convergence est nécessaire, qu’il est indispensable de s’allier avec le mouvement syndical notamment et que le 1er mai représente une journée qui pourrait être la démonstration de force nécessaire pour faire plier le gouvernement. Ainsi, sans avoir besoin d’organiser des montées en car à Paris, la ville devrait bien être l’épicentre d’un mouvement pluriel, aux modalités de manifestation différentes, mais unies dans un ras-le-bol explosif.

    Si nous rajoutons à cela l‘approche des élections européennes, les organisations politiques devraient mobiliser de manière importante, du mouvement anarchiste dès le matin (il faut aussi prendre en compte le renforcement relatif de ces organisations depuis quelques mois) jusqu’aux partis politiques avec essentiellement la France insoumise, mais aussi sûrement un rebond du PCF. Autant dire que chaque appareil et courant a toutes les raisons du monde de se mobiliser de manière conséquente cette année, qu’il s’agisse de raisons stratégiques, de calendrier interne ou politique… mais aussi pour opposer une réponse au gouvernement avec un mouvement social qui peut faire trembler le pouvoir s’il reste déterminé.

    Cette journée du 1er mai ne résoudra pas les questions du blocage de l’économie, de la construction d’une grève public/privé réellement effective, mais a déjà permis de faire bouger les lignes dans de nombreux collectifs militants, sur la nécessité de hausser le ton pour se donner les moyens de construire une République réellement sociale. Il s’agit d’un moment qu’il faut saisir, en se donnant les moyens possibles de réussir ce 1er mai, c’est-à-dire commencer par toutes et tous y participer, avec ou sans gilets jaunes, avec ou sans attaches politiques ou syndicales, mais pour faire masse et marcher vers nos objectifs.

    Alors si vous hésitez encore à sortir demain, en pensant qu’il s’agit d’une énième manifestation, c’est peut-être le moment d’y aller et d’entraîner le plus grand nombre !

    SOURCE :

    PARCOURS DE LA MANIFESTATION PARISIENNE DU 1er MAI 2019 :

    14 h30 : Place du 18 juin 1940 > Boulevard du Montparnasse > Boulevard de Port-Royal > Boulevard Saint Marcel > Boulevard de l'Hôpital > Place d'Italie


  • LE « GARITEO », ORGANISATION POPULAIRE ET IDENTITÉ DE CLASSE. INTERVIEW DE GUSTAVO BORGES PAR FRANCO VIELMA

    15741019_1280300268696720_1525790354285176296_nNous nous sommes entretenus avec Gustavo Borges (photo), un militant de la communication révolutionnaire du quartier populaire de Catia, à Caracas. Il nous a reçus avec son habituel « sérieux » qui ne s’oppose pas à son acide sens de l’humour… Sans manières, il nous invite à passer du salon à la table de la salle à manger. Il voulait que nous l’accompagnions pour laver la vaisselle dans la cuisine. Ces dernières années, Gustavo a démarré, depuis son compte Facebook, une activité d’information en temps réel alimentée par les usagers de ce réseau. Cette activité, il l’a appelée « Gariteo » et lui-même est connu comme « l’influenceur chaviste » ou le grand Garitero.

    Franco Vielma – Explique-nous un peu, Gustavo, ce qu’est ce « gariteo ».

    Gustavo Borges – Si ta question vise le sens du mot, le définir en tant que tel, je pourrais te dire que c’est un mot, un terme populaire du quartier qui signifie : être vigilant. Donner l’alarme face à un événement hors du commun qui surviendrait sur le territoire de la communauté afin d’y faire face. Je me souviens, qu’en d’autres temps, nous disions « avertir le quartier ». Cela nous protégeait des incursions des forces de répression de l’état à l’intérieur du quartier. Je me souviens qu’une garita, c’est un lieu, de préférence en hauteur, d’où l’on surveille pour donner l’alerte.

    La modalité semble très simple. Gustavo, grâce à ses réseaux, demande aux usagers comment ça va dans leur quartier, quels événements ont lieu, s’il y a un problème de sécurité, d’ordre public ou un quelconque mouvement bizarre de la part d’éléments fascistes qui, ces derniers temps, ont accumulé les actions violentes contre la population et contre les militants du chavisme.

    FV. – Le « gariteo », c’est un réseau d’intelligence sociale ? Quel objectif pratique poursuit-il ?

    GB. – Cette expression de « réseau d’intelligence sociale » ferait penser à quelque chose de très élaboré, tu vois, quelque chose de militaire ou policier, ah, ah, ah !… Mais non, en fait, le « gariteo » est quelque chose de plus simple, de spontané, de plus populaire. Un genre de contrôle social par le biais de la communication à chaud que nous permettent les réseaux sociqux d’aujourd’hui. Le « gariteo » est né au beau milieu des « guarimbas » violentes, terroristes de l’année 2017. Né du be besoin immédiat de faire savoir ce qu’il se passait dans la zone où nous vivions face aux agressions violentes de l’opposition dans la rue. Cela a été spontané. Je me souviens qu’une nuit de 2014 quelqu’un m’a écrit sur Facebook, il était à peu près minuit. :« Chamo (mon gars), ils sont en train de faire un coup d’état ». J’ai eu l’idée de le mettre sur ma page : « Attention, nous avons besoin d’information : que se passe-t-il dans ton quartier ? Soyons actifs, donnons l’alerte, nous allons « garitear » au sujet de ce qui se passe dans le quartier ou de n’importe quel endroit où tu te trouves » et la réponse a été impressionnante. Le « gariteo » venait de naître.

    Ce qui nous a poussé, c’est la nécessité de protéger nos territoires populaires, mais plus encore, je me souviens qu’une des stratégies de communication de notre ennemi, à ce moment-là, consistait à essayer de faire voir que le Venezuela tout entier était à feu et à sang. En guerre civile, donc.

    Nous, hommes et femmes, avec notre « gariteo » permanent qui rapportait tout ce qui se passait dans nos quartiers, nos communautés et zones urbaines, nous sommes parvenus à montrer au niveau national et international que les actions violentes de l’opposition avaient lieu à des endroits ciblés et bien précis, généralement dans les zones dominées par l’opposition.

    Les acteurs et actrices du « gariteo » sont des petites gens, des gens ordinaires, le commun des mortels : des maîtresses de maison, des personnes âgées, des étudiants, des ouvriers, des professionnels qui ont accès à internet et qui, étant attentifs aux événements qui pourraient advenir dans leur secteur, au beau milieu de cette guerre, transmettent les nouvelles dans leur « gariteo » actif. Dans mon pays, les femmes constituent le premier front de résistance, d’offensive et d’organisation dans tous les secteurs.

    Nous connaissons bien notre adversaire, il est prévisible et facile à évaluer pour le chavisme. Son style, du genre scénario, se présente comme un livre ouvert pour nous tous et toutes. C’est pour ça qu’il ne cesse d’étudier nos caractéristiques caribéennes. La plus constante, persistante c’est d’essayer de démonter notre conscience, mais là, ils sont déjà pris au piège.

    FV.- Dans quelle proportion ce réseau de « gariteo s’est-il développé dans les réseaux sociaux ?

    GB.- Beaucoup ; les gens rejoignent spontanément ceux qui rapportent les événements et de fait, sur d’autres pages ou profils, au-delà de Facebook, des groupes de « gariteo » se sont formés pour faire face au besoin de communiquer à chaud, immédiatement sur le lieu même des événements. Nous nous trouvons dans un processus d’organisation moins dépendant des réseaux. Il existe déjà des pourparlers pour le faire sur les radios de quartier, pour nous réunir et discuter par territoires.

    FV.- « Le gariteo » a également fonctionné en terme de solidarité. C’est-à-dire, est-ce que vous avez créé un réseau de collaboration en ce qui concerne les médicaments ?

    GB.- « Le gariteo » en tant que collectif de personnes en situation de communication qui mobilise, embrasse de nombreux sujets sensibles. Notre vie sociale est mise à mal de façon permanente du fait de cette guerre à notre encontre. Le blocus et l’état de siège nous ont fait beaucoup de mal dans la vie au quotidien des vénézuéliens, l’alimentation, le transport, la santé, les loisirs, l’accès aux services les plus élémentaires. Mais, nous avons toujours trouvé des façons d’y faire face. Notre quotidien est « bombardé » en permanence, sans répit.

    Tu parles des médicaments. Oui, ça a donné des résultats, par exemple, dans le cas où quelqu’un a besoin d’un médicament difficile à trouver sur le marché du fait du blocus économique et de cet état de siège. Or, nous partons du principe que quelqu’un a ce médicament en sa possession et qu’il ne l’utilise pas ou bien qu’un « garitero » peut nous indiquer le commerce où il l’a vu la dernière fois ; c’est comme ça que nous parvenons à trouver une solution au problème ponctuel auquel fait face celui ou celle qui en a besoin. Mais cela va plus loin. En seulement une journée, nous pouvons savoir où en est la distribution du CLAP (Comité Local d’Approvisionnement) dans un secteur, approvisionnement en gaz, en eau, en électricité, ou encore, si les retraités ont pu toucher leur pension, si l’on s’occupe bien d’eux ou s’ils sont maltraités.

    Je crois que cet espace d’action auquel nous pouvons accéder par ce réseau social du « gariteo » est infini. En ces temps de migration, nombre de ceux d’entre nous qui se trouvent hors du pays sont au courant, grâce à nos informations, de comment vont les habitants de leur quartier, de la véritable situation du pays, ou d’un secteur. Ils nous écrivent depuis de nombreux pays pour des choses très simples mais à la fois importantes telles que celles-ci.

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    Le cœur du chavisme

    Au Venezuela, c’est une révolution qui s’est forgée bien au-delà du chavisme au gouvernement. Le chavisme, en tant qu’identité politique et sociale, a développé un tissu organisationnel et a compris qu’une vraie révolution politique et une véritable résistance, cela est impossible en ne comptant que sur les réseaux sociaux. Il est indispensable de s’organiser à la base.

    L’affirmation de Gustavo qui consiste à donner une dimension officielle et organique au « gariteo », vient des insuffisances des technologies 2.0 face aux événements. Le Venezuela a connu, il y a peu, une attaque massive de son système électrique ce qui a provoqué une chute dramatique des télécommunications et ce fut toute une leçon pour le chavisme qui a donné un caractère « officiel » et organique au « gariteo » à travers les modalités d’organisation populaire qui existent déjà.

    Ayant presque fini de laver la vaisselle qui restait, Gustavo met de l’eau à chauffer. Landro, un des chats de la maison, déboule dans la cuisine et Gustavo le gronde pour avoir disparu pendant des heures. En toute simplicité et sans vraiment prendre ne compte le fait qu’il répond aux questions d’un entretien que liront principalement des sujets espagnols, Gustavo tente d’être didactique. Nous l’interrogeons sur « le chavisme pour Dummies », il a, alors, un geste qui exprime une certaine indignation. « Merde alors ! Vingt ans dans ce processus et ils ne nous connaissent pas encore » répondit-il en fronçant le sourcil.

    FV.- Y a-t-il un sens identitaire à l’organisation populaire au Venezuela ? Qui est l’adversaire ?

    GB.- Un sens identitaire ? Oui, très profond, cela s’appelle le chavisme. La façon qu’a le pauvre de faire de la politique, si tu veux. L’adversaire le plus proche, c’est l’empire, dans ce cas, les Etats-Unis. Cela ne fait aucun doute. Leurs prétentions impérialistes, et guerrières, leurs menaces, leur siège et le blocus économique constituent une déclaration de guerre ouverte contre le peuple vénézuélien et en fait notre ennemi. Ils ont deux options, comme l’a exprimé un dirigeant chaviste aux frontières : ou bien ils renoncent, ou bien nous les faisons échouer.

    Mais il y a d’autres types d’ennemis que nous devons combattre avec fermeté et faire échouer : la culture consumériste, le capitalisme, la dispersion de la lutte, la corruption, et le bureaucratisme. Et, perdre de vue notre principal objectif : avancer vers la Commune comme forme d’organisation suprême.

    Ces éléments sont même plus dangereux que l’envahisseur. Le chavisme se renforce face aux agressions et aux menaces de la contrerévolution mais ces vices internes, si nous les autorisons, si nous les laissons s’installer dans le périmètre de nos luttes, saperont peu à peu quelque chose de très important qui s’appelle la foi, la confiance, la justice, le leadership. Même de cette façon, ils ne nous vaincront pas, nous sommes à fond dans notre plan.

    FV.- Pourquoi le chavisme s’est-il organisé en collectifs sociaux et a-t-il dû créer des mécanismes de communication en dehors du gouvernement ?

    GB.- Le chavisme a toujours été un collectif social mais avec une caractéristique très importante : son identité. Une identité bien définie et qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle émane de siècles de résistance face à l’envahisseur, aux classes dominantes et à une puissante oligarchie patronale. Cette identité s’est alimentée et renforcée avec Chavez. « J’ai confiance dans le chavisme » m’a dit un jour une « garitera » face à une situation nationale à laquelle je ne voyais pas d’issue. Et la « garitera » ne s’est pas trompé.

    Le peuple vénézuélien a toujours été communicatif. C’est quelque chose de génétique, qui nous est propre. Nous ne pouvons pas rester silencieux, sans nous mettre à bavarder, raconter quelque chose, un commérage ou une plaisanterie. Ici, au Venezuela, tu montes dans le métro ou dans le bus et les gens parlent, racontent des choses, analysent la situation du pays à voix haute. Nous avons réponse à tout, des réponses que nous ne gardons pas pour nous mais que nous exprimons sur le champ. Et on aime bien écouter aussi. Nous ne nous taisons jamais. Nos mécanismes de communication en dehors du gouvernement, comme tu le dis toi, ont toujours eu cours. C’est le côté populaire, avec ses codes. Je pense que le succès du « gariteo » est, en partie, dû à cela, en tant que façon de passer l’information de bouche à oreille.

    Gustavo Borges est un habitant de Caracas comme tout autre. Il n’a pas fait d’études universitaires et de fait il a travaillé durant des décennies comme docker ou bien cariste pour le transport de marchandises, et grâce à cela il voyagé partout dans le pays, en contact avec ses semblables, avec les ouvriers, les femmes du quartier et des personnes âgées, avec les gens du « pays profond », comme il dit.

    Comme lui, de nombreux vénézuéliens ont développé un sens d’identité politique qui a atteint son maximum avec le chavisme en donnant un cap à la politique vénézuélienne. Mais nous savons, qu’en politique, bien que cela représente beaucoup, ça ne suffit pas, encore moins lorsqu’il s’agit d’affronter les réactions les plus détestables du capitalisme au niveau local et international. Malgré tout, la base sociale du chavisme est toujours saine et maintient sa cohésion.

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    La chavisme, si indéchiffrable et tellement sous-estimé par ses adversaires locaux et étrangers, même s’il est également discuté et mésestimé par des forces de gauche d’autres pays, a été l’une des questions à laquelle il est difficile de répondre.

    FV.- Sur quoi repose le pouvoir social du chavisme ?

    GB.- Le pouvoir social du chavisme repose sur sa constante mobilisation, son action permanente au sein des communautés, des quartiers populaires et zones urbanisées. Nous sommes le pouvoir populaire et, en tant que tel, il faut agir. Il y a un lien de reconnaissance mutuelle qui se maintient et s’alimente lors de nos rencontres, lors des rassemblements et manifestations. Et surtout, dans son identité, identité de classe. Notre processus est inédit, non seulement, dans le présent avec Chavez, mais aussi depuis le début de notre histoire. La résistance, le caractère rebelle, cette énergie caribéenne pour trouver immédiatement une solution, c’est une grande force. Notre solidarité locale, par exemple, qui se manifeste dans les situations difficiles ne peut pas être copiée, c’est quelque chose que nous avons en nous.

    Gustavo propose un café sucré avec du sucre brun. La fin de l’après-midi approche et dans quelques minutes se tiendra une réunion du Conseil communal pour étudier plusieurs points. Il nous dit qu’il s’installera tard dans la soirée à l’ordinateur pour voir ce qu’il y a sur les réseaux.

    Telle est l’énorme particularité des vénézuéliens. Les vénézuéliens, les chavistes ne font pas de politique. Ils sont la politique. Elle transpire en eux, ils la vivent tous les jours à toute heure. Peut-être, comme le dit Gustavo, qu’il s’agit de « quelque chose qu’ils ont en eux ».

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    Entretien réalisé par le compagnon Franco Vielma.

    Photos des visages : Kaloian Santos Cabrera

    Petit glossaire de « vénézolanismes »

    Commune : Forme d’organisation territoriale citoyenne et de la démocratie représentative « protagonique » comme on dit au Venezuela.

    Caraïbe : référence à la région des Caraïbes qui comprend l’attitude irrévérencieuse, rusée et fougueuse des vénézuéliens, héritée de l’ethnie Caraïbe, peuple originaire de la Côte Nord du Venezuela.

    « Guarimbas » : violences de l’extrême-droite pour provoquer les forces de l’ordre dans la rue et obtenir les images de la « répression-au-Venezuela » (2013, 2014, 2017..).

    Source : http://www.revistalacomuna.com/internacional/entrevista-a-gustavo-borges-venezuela-es-gariteo-organizacion-popular-e-identidad-de-clase/

    Traduction : Sylvie Carrasco

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  • Nouveaux sur notre site http://bolivarinfos.over-blog.com

     
    En page d’accueil:
     
    1)Venezuela : Le Venezuela annonce au monde son départ officiel de l’OEA, un communiqué du Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela du 27 avril 2019 traduit par Françoise Lopez suivi d’un article de RHC du 27 avril 2019 sur la manifestation populaire qui, ce jour-là, a célébré à Caracas, le départ du pays de l’OEA.
     
    2)Venezuela : Lettre du Président Maduro à Luis Almagro pour lui signifier le départ définitif du pays de l’OEA du 27 avril 2019 traduite par Françoise Lopez. Une superbe lettre à lire absolument, digne de Bolivar et de Chavez!
     
    3)Venezuela : Les Etats-Unis divulguent un document sur leurs actions de déstabilisation du Venezuela , un article d’Alba Ciudad du 27 avril 2019 traduit par Françoise Lopez. A lire absolument aussi…
     
    4)Bolivie : Evo Morales en tête des intentions de vote pour les présidentielles d'octobre prochain, un article de RHC du 27 avril 2019. Bien sûr, c’est ça qui traumatise les Etats-Unis…
     
     
    6)Cuba : Constitution de la République de Cuba (2019)  en français (source Le Grand Soir). Un document que tout le monde devrait lire (mais peut-être pas d’une traite… car c’est quand même assez long mais c’est bien l’endroit où trouver des arguments pour démonter les mensonges qui circulent sur Cuba. Courage!…
     
    Bonne lecture à tous,
     
    Françoise Lopez

  • Fiascochenko et nouvelle donne (ou pas)

    Publié le 28 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in UkraineRussie

     

    Comme prévu, l'élection présidentielle ukrainienne de la semaine dernière a accouché d'une humiliation pour le roi du chocolat, pion mis en place par l'empire atlantique après le putsch du Maïdan. Au moins, Tapiocachenko a-t-il réussi à accéder au second tour, ce qui est déjà une surprise en soi. Il n'empêche, ses 25% sont une gifle monumentale pour le gang impérial.

    Les cartes électorales sont parlantes et cruelles pour le chouchou de l'Occident. Entre les deux tours, Zelensky (en vert) a récupéré le vote de tous les autres candidats, ne laissant à Poroclown (violet) que des miettes dans l'extrême-Ouest ultra-nationaliste.

    1er tour :

    2nd tour :

    Un acteur sans expérience accède donc à la présidence, perpétuant la tragi-comédie ukrainienne débutée en février 2014. Russophone, proposant un référendum conditionnant l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN ou l'UE (entrée qui n'est de toute façon qu'hypothétique), ne promettant rien sur la Crimée ou le Donbass, Zelensky semble plus disposé à reprendre langue avec Moscou.

    Cependant, il ne faut pas exagérer la portée de l'élection du comédien. D'abord parce que, comme chacun sait, il officiait sur les plateaux-télé de Kolomoiski. On se rappelle que cet oligarque s'était certes retourné contre Chocochenko dès 2015, mais que cela ne l'empêchait pas de financer certains bataillons néo-nazis férocement russophobes. Bref, un personnage bien peu recommandable dont l'ombre plane au-dessus du néo-président, même si l'on ne connaît pas tout à fait le niveau réel de leurs relations...

    Ensuite parce que le nouveau venu n'a pas de plateforme politique. Il vient de créer, le mois dernier, un parti attrape-tout portant le même nom que la série télévisée dans laquelle il joue. Pas sûr que cela suffise pour gagner la Rada en octobre. Or, le baby Deep State ukrainien mis en place par Washington après le Maïdan y tient les rênes du pouvoir et s'est d'ailleurs précipité, juste après l'élection, pour passer une loi renforçant l'usage de l'ukrainien. Même le Figaro, inhabituellement objectif, voit la grossière manœuvre :

    Le Parlement ukrainien a adopté ce jeudi une loi renforçant l'usage de la langue ukrainienne, au risque de crisper des populations russophones du pays au moment où le président élu Volodymyr Zelensky dit vouloir leur tendre la main.

    Le but, évident : savonner la planche du nouveau président et torpiller toute possibilité de rapprochement. Cela ne vous rappelle rien ? En décembre 2016, nous décrivions le sabotage en règle de la future présidence Trump par le prix Nobel du pet,  :

    Obamaboul semble décidé à laisser le déluge derrière lui. Humilié d'être totalement marginalisé dans le dossier syrien par la prise en main des trois boss (Russie, Iran, Turquie), régulièrement giflé par Poutine sur la scène internationale, mortifié par l'hilarante débandade de la présidentielle, il nous sort un pet du cerveau dont il a le secret.

    La "confidence" d'un "responsable anonyme" de la CIA s'est, par la magie de l'effet boule de neige médiatique, transformée en "piratage de la démocratie" par Poutine. Ah d'accord... Comme pour le Boeing de la Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukraine, on attend encore le moindre début de soupçon de preuve, mais le camp du Bien n'en a cure : ce qu'il dit est d'or et ne doit pas être discuté. Des preuves ? Mais voyons, que chantez-vous là, croyez-nous sur parole, le reste n'est que propagande russe...

    La journaloperie a embrayé au quart de tour, du moins ce matin, car le barrage de critiques des lecteurs a obligé les rédactions à mettre de l'eau dans leur vin. Un ahurissant article du Fig à rot hurlant à la "menace russe sur la démocratie américaine et européenne" (pourquoi pas jupitérienne tant qu'on y est) a disparu corps et bien pour faire place à des analyses plus honnêtes. Est également réapparu le mot "présumé" piratage.

    Qu'il soit vrai ou faux - nous nous étions posé la question en juillet -, ce "hackage" est bénin en comparaison des multiples coups d'Etat, changements de régime et autres révolutions de couleur perpétrés par Washington. Comment dit-on l'hôpital se fout de la charité en anglais ?

    N'ayant plus que 20 jours à tirer, Barack à frites ne s'arrête pas à ces détails. Pour torpiller encore un peu plus les relations russo-américaines et savonner la planche à son successeur, il expulse 35 diplomates russes et leur famille, et confisque deux "retraites" russes sur le territoire US. C'est sans doute ici que les perfides agents du KGB préparaient la fin du monde...

    Ironisant sur la "paranoïa" d'Obama et "l'agonie anti-russe" (dixit Medvedev), Moscou l'a ensuite joué tout en finesse. Réponse de Poutine : il n'expulse personne, souhaite au président états-unien une bonne année et invite les enfants des diplomates américains à Moscou à venir fêter le Noël orthodoxe au Kremlin ! La Maison Blanche doit verdir de rage...

    En ne "s'abaissant pas à faire de la diplomatie de cuisine" et en prenant une posture gandhienne, Vladimirovitch a gagné la bataille médiatique face à l'agité du bocal de Washington.

    Le Deep State US semble avoir fait des petits du côté de Kiev... Moscou n'attend en réalité pas grand chosede la nouvelle équipe dirigeante dont la marge de manœuvre est réduite, du moins jusqu'aux élections législatives d'octobre. Il convient également de relever que le Kremlin la joue moins subtile qu'il y a trois ans. Dans ce qui peut être vu comme un faux pas, en tout cas une décision au timing fâcheux, Poutine a signé il y a quatre jours un décret simplifiant l'obtention de la citoyenneté russe pour les habitants du Donbass. Décision forcément très mal reçue à Kiev, y compris par le néo-président qui s'est vu obliger de riposter en promettant la citoyenneté ukrainienne aux "opposants des régimes autoritaires" (sous-entendu la Russie). Ne s'arrêtant pas en si bon chemin dans cette véritable guerre des passeports, Vladimirovitch considère maintenant carrément la possibilité de faciliter la citoyenneté russe à tout ressortissant ukrainien !

    On se demande quand même pourquoi le Kremlin propose cela maintenant, plaçant Zelensky dans un embarras certain. Coup de pression à l'égard du néophyte qui, malgré le petit coup de griffe de l'ours, se déclare toujours prêt à "discuter des nouvelles conditions pour une coexistence entre l'Ukraine et la Russie" ? Aide indirecte permettant au nouveau président ukrainien de donner des gages publics de russophobie à son baby Deep State avant d'entreprendre des négociations avec Moscou ? Tout est possible, mais il n'en reste pas moins que cette décision au timing curieux paraît bien cavalière...