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    profencampagne

     
    Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 18:20

    New Line Learning Academy, Maidstone, Kent, UK

    Depuis plusieurs années, la population scolaire française évolue peu en quantité. Pourtant,  chaque année, des écoles, des collèges et des lycées nouveaux sont construits car les familles se déplacent. Il faut créer ici, fermer ailleurs. Les bâtiments anciens se dégradent, ils doivent être rénovés, restructurés, parfois détruits et reconstruits, au même endroit ou un peu plus loin.

    Prospective obligatoire

    S’il est un domaine où il est indispensable de se projeter dans l’avenir, c’est bien celui de la construction. On construit pour 50 ans, 100 ans, beaucoup plus peut-être. Au moment de dessiner le plan d’une école, l’architecte ne peut manquer de se poser cette question : le programme à partir duquel je travaille me dit comment fonctionne l’école d’aujourd’hui, mais comment fonctionnera-t-elle dans 10 ans, 20 ans, 100 ans ?... Comment les élèves apprendront-ils, sur quels supports, avec quelles méthodes, en compagnie de quels enseignants et comment les espaces de leur école devraient-ils être agencés pour répondre aux besoins d’alors ?

    A qui de telles questions devraient-elles être adressées ? On pense bien sûr au premier responsable du système éducatif, l’Etat dans notre pays. Mais en France, depuis que la charge  de la construction et de l’entretien des écoles a été confiée aux collectivités territoriales – aux communes pour les écoles par la loi Guizot en 1833, aux départements et aux régions pour les collèges et les lycées par la première loi de décentralisation en 1981 -, l’Education nationale leur a abandonné le terrain de l’action, mais également celui de la réflexion…

    Blocages français

    La contribution de l’Education nationale aux projets de construction scolaire se limite aujourd’hui au rappel des pratiques et des programmes d’enseignement du moment. Croit-on donc que le fonctionnement de l’école de demain sera semblable à ce qu’il est aujourd’hui et le restera durablement ? Probablement pas. Cette réponse par défaut est seulement le signe d’une absence de pensée prospective de la part de l’Etat.

    Les collectivités territoriales s’y résignent.

    Elles exercent leurs responsabilités et leur réflexion sur ce qui reste et leur revient : les techniques de construction, la maîtrise des coûts, la conception des espaces de circulation, la façade. Les établissements scolaires construits récemment sont incontestablement plus beaux, plus clairs, plus résistants et mieux isolés que ceux d’autrefois. Sur ce plan, les progrès sont incontestables. Mais sur bien d’autres aspects, rien n’a changé : des classes de même taille, des laboratoires de science, des ateliers, un centre de documentation, des bureaux pour l’administration et la vie scolaire, des couloirs pour y accéder, un hall d’accueil. De ce point de vue, la situation française est exceptionnelle. Elle s’explique par le très faible niveau de concertation entre l’Etat et les collectivités territoriales dans le domaine scolaire et par les multiples blocages auxquels l’absence de concertation conduit.

    L’actualité récente nous en fournit un bel exemple.

    Le gouvernement, nous dit-on, envisage d’augmenter le temps de présence des professeurs du secondaire dans les collèges et les lycées. Il suggère, pour accompagner sa proposition, que des bureaux, individuels ou pour des petits groupes, soient aménagés dans chaque établissement à l’intention des professeurs. Mais celui qui fait cette proposition n’en assumera pas les conséquences pratiques. Ce n’est pas lui qui devra trouver les surfaces et financer les travaux. Que penseront les collectivités territoriales de ce projet ? Qu’on se moque d’elles. Et quand bien même elles trouveraient l’idée intéressante, elles songeront avec tristesse au collège ou au lycée dont la construction s’achève et dans lequel aucun bureau d’enseignant n’a été prévu parce que personne ne le leur a demandé… Ou peut-être à un collège ou à un lycée futur dans lequel il faudra fermer les bureaux des professeurs parce que le gouvernement d’alors aura décidé de réduire le temps de présence des enseignants dans l’établissement…

    Un autre exemple.

    Faut-il des salles informatiques dans les écoles, les collèges et les lycées d’enseignement général ? Ces équipements sont critiqués depuis longtemps mais là où ils existent, ils sont souvent très utilisés. Qu’en pense l’Education nationale ? Rien. Ce n’est pas son problème… Les décisions, puisqu’il faut bien en prendre, sont donc élaborées localement, mais nul ne sait comment. On construit aujourd’hui des collèges sans salle informatique parce que le département a fait le choix du Wifi et des portables, et d’autres, avec plusieurs salles informatiques parce qu’un « expert » du rectorat a estimé qu’une salle informatique pour 600 élèves, à notre époque, ce n’est pas assez.

    Le projet des usagers

    Puisque la France semble quelque peu paralysée, regardons ailleurs. Par exemple en Angleterre ou en 2007, les responsables du Walker Technology College de Londres choisirent de confier la conception de leur nouvelle école à ses usagers, aux enseignants et aux élèves eux-mêmes. Ce long processus créatif, encadré par des professionnels du design des services, aboutit à un document réjouissant, intitulé « Dear architect » (a vision of our future school), dans lequel les élèves, les enseignants et l’équipe de direction définissent eux-mêmes le programme et ce qu’ils attendent de leur nouveau collège.

    Suite et fin ICI

    Par Serge Pouts-Lajus, Education & Territoires

    Ecole Vittra-Telepfonplan à Stockholm en Suède


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