• Pauvre Peuple Brésilien !!!

    COMMENT LE FASCISME EST ARRIVE AU BRESIL

    3 Janvier 2019
    COMMENT LE FASCISME EST ARRIVE AU BRESIL
    COMMENT LE FASCISME EST ARRIVE AU BRESIL

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    Déclaration de Bolsonaro pendant la campagne électorale contre les mouvements populaires

    « Ou vous partez en exil ou vous partez en prison », a-il dit, ajoutant « nous allons balayer ces bandits rouges du Brésil », et annonçant un « nettoyage jamais vu dans l’histoire de ce pays ». Il a précisé qu’il allait classer le Mouvements des paysans sans Terre (MST) et le Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) comme des organisations terroristes, et menacé Fernando Haddad de l’envoyer « pourrir en prison aux côtés de Lula ».

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    Comme prévu et redouté c'est le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro du PSL (parti social libéral) qui a emporté l'élection présidentielle du 28 octobre : soit sur 147 millions d'électeurs, 57.8 millions (55,13%) pour Jair Bolsonaro, 47 millions (44,9%) pour Fernando Haddad et 40 millions de personnes qui n'ont voté pour aucun des deux candidats.

    Ce résultat est analysé d'abord comme un vote de classe, entre « Brésil riche »* et « Brésil pauvre » mais pas seulement. Le noyau dur de l'électorat de Bolsonaro est constitué du premier ; les états du nordeste les plus pauvres et les bénéficiaires des programmes sociaux ont voté Haddad. Mais il y a aussi des secteurs pauvres qui ont voté Bolsonaro. Comme ceux qui sont influencés par l'église évangéliste ( qui aurait 40 millions d'adhérents ) .

    Quelques explications :

    Les deux mandats de Lula 2002-2006 et 2006-2010 ainsi que les deux premières années de Dilma Rousseff ont été assez favorables économiquement ce qui a permis de contenter les classes pauvres (sans mécontenter pour autant les classes dominantes) grâce à l'investissement public et au secteur exportateur favorable. Les salaires et les allocations sociales ont été développés. Des programmes sociaux conséquents ont permis de sortir 40 millions de personne de la pauvreté.

    La situation économique et sociale d'abord favorable s'est dégradée ensuite. A partir de 2012 , les revenus d'exportation baissent comme le cours des matières premières. La désindustrialisation, le chômage augmentent ainsi que la dette. Les pressions des dominants s'accroissent sur Dilma (élue en 2010) qui nomme un banquier d'affaires au ministère de l'économie afin de mettre en œuvre une politique de rigueur. En 2013 un grand mouvement social se développe pour sauvegarder les services publics; en particulier les transports trop chers et insuffisants; mais rapidement des secteurs de droite s'emparent du mouvement. Survient le scandale de corruption dit « lava jato » (lavage express). La droite et les médias s'y engouffrent pour dénoncer le PT et seulement le PT ; les alliés de droite du gouvernement de Dilma* se désolidarisent du gouvernement pour ne pas être entraînés eux mêmes dans le scandale dans lequel ils sont largement impliqués. Scandale de financement des partis qui touche une bonne partie de la classe politique et 14 partis sur 30; la droite et les médias ont accablé le PT le présentant comme le seul responsable, ce qui était loin d'être le cas. Mais indéniablement ce parti a été impliqué. Dilma Rousseff est destituée en Août 2016  de façon non fondée ( sur une procédure banale d'équilibre des budgets qui est une pratique courante au Brésil ) par le parlement (composé notamment de 200 députés du lobby agrarien, et de 87 évangélistes sur 513 parlementaires ). C'est ce qu'on a appelé le « coup d'état parlementaire ». En octobre 2016 le PT perd les élections municipales.

    Mais le discrédit général, la dégradation sociale depuis Temer en particulier : le chômage passé de 4 à 13 %, les salaires baissés, la faim quasi éliminée revient en force, l'insécurité- pas nouvelle- mais grandissante ( le Brésil a un taux d'homicides record ) ont fini par faire sortir un candidat qui a fait campagne sur le retour de la sécurité (en se référant clairement à la dictature militaire) et se présentant comme anti corruption. Son discours ferme a convaincu : fin de la violence, armement des « bons citoyens », baisse à 16 ans de l'age de la majorité. Bolsonaro était député fédéral depuis 27 ans, il a appartenu à 7 partis avant d'intégrer le PSL (parti social libéral).

    Aux législatives de 2018, la plupart des partis s'effondrent sauf le PT, qui recule cependant de 69 à 56 députés mais demeure le premier parti. Le PSL de Bolsonaro est passé lui de 1 à 52 députés et le parti républicain allié de 1 à 30.

    Lula en prison

    Lula était régulièrement très largement en tête des sondages. C'est pour éviter ce scénario qu'il a été mis en prison et empêché de se présenter à tout prix. C'est le juge Sergio Moro qui l'a fait condamner tout en reconnaissant « qu'il n'avait pas de preuve... mais une intime conviction de sa culpabilité ». La constitution prévoit qu'on ne peut condamner quelqu'un tant que les recours ne sont pas terminés. Et il s'avère que le juge est un proche de Bolsonaro.

    Lula écarté, la campagne anti-PT a repris le dessus et sans doute favorisé l'abstention de nombreux électeurs du PT. La voie était alors ouverte pour Bolsonaro.

    La campagne dans un climat radicalisé et violent : 10 militants de gauche assassinés entre le 15 Mars et le 15 Avril dont Mariela Franco, conseillère municipale de Rio du parti socialisme et liberté, elle avait eu la mauvaise idée de demander une enquête sur l'assassinat de citoyens noirs.

    L'essentiel de son programme, en plus de ses propos racistes et sexistes (à la Trump) est plus qu’inquiétant : anti écologique il veut s'affranchir des réglementations environnementales, l'Amazonie déjà mal en point va souffrir plus encore au profit de l'agro-industrie et de l'élevage, et les indiens qui se sont tant battus pour leurs territoires aussi; programme de privatisation générale de toutes les entreprises publiques, gel pour 20 ans des dépenses publiques, annulation ou réduction des prestations sociales. Sur le plan international, sans surprise : rapprochement avec les USA, sortie de l'accord de Paris sur le climat, alignement avec Israël ( l'ambassade du Brésil va déménager à Jérusalem, la représentation des palestiniens va s’arrêter) ; sortie de l'UNASUR (union sud américaine sans les USA), confrontation avec le Venezuela et Cuba; suite aux déclarations hostiles de Bolsonaro à l'encontre de Cuba et du personnel médical de ce pays qui exerce dans un programme d'aide depuis 2013, le gouvernement cubain va rapatrier 8000 médecins remplacés par … rien ou presque.

    L'association nationale des maires du Brésil (FNP) a tiré la sonnette d'alarme, rappelant dans un communiqué que près de 80 % des municipalités du pays « dépendent exclusivement du programme d'aide et que 90 % de la population indienne est traitée par des professionnels cubains ». Et la majorité des médecins brésiliens sollicités se sont désistés.

    C'est à partir du 1er Janvier 2019, date de l'investiture que tout cela va se mettre en œuvre .

    Mais comment, dans quelles conditions, avec quelles résistances ? Quelle va être la capacité des secteurs organisés, syndicats ouvriers, mouvement des sans terre, des sans logis à résister et à empêcher la réalisation de ce programme funeste ? C'est une partie de la question. L'autre étant la revitalisation du PT, affaibli mais encore important, à condition qu'il puisse faire son autocritique de son passage au pouvoir.

    • « Pour les catégories aisées qui ont voté Bolsonaro, il n’est plus possible de voir tous ces gens venus de classes « inférieures » accéder à l’université. Pour elles, les seuls qui peuvent suivre des études supérieures au Brésil, ce qui coûte cher, ce sont les riches. Autre exemple : la mesure qui a fait entrer les employés de maison – qui sont 8 millions dans le pays – dans le code du travail a suscité une rancœur terrible parmi ces catégories aisées. » 

    • Laurent Delcour (site du ETRI)                                                                                                                               

    •  Guy Maunoury