• 25/06/17

    Emmanuel Macron prend une déculottée au sommet européen

     

    Premier sommet européen pour Emmanuel Macron : les demandes françaises ont été réduites à néant.

    sur CONTREPOINTS

    Par Eric Verhaeghe.

    Emmanuel Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

    Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

     

     

    Ce que le Conseil européen a réellement décidé

    Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lequel la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

    Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

    S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu :

    S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

    Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français : quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron ? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le Conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

     

     

    Macron battu sur les mesures anti-chinoises

    Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française :

    Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les co-législateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

    Traduction : pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

     

     

    Pour Macron, même traitement que pour Hollande ?

    Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a infligé l’une des fessées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

    Macron n’a pas échappé à la punition.

    Je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

    Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer :

    Nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

    Tous les ingrédients sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

     

    Le silence gêné de la presse subventionnée

    On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

    Ainsi, Les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant : « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard, pour sortir de pareilles analyses.

    La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de reprendre une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif : « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

    Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière le président de la République.

    Sur le web

     
    Posté par Jocegaly à -

  • 25 Juin 2017

    Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

    Ils vont siéger dès le 27 juin dans cette nouvelle législature. Rien de bon à attendre des macronistes, des socialistes qui vont s'aboucher avec eux, de la droite et de son extrême, plus une poignée classée divers.

    Le Monde a scruté niveau de leurs études, activités professionnelles, participations financières, engagements associatifs, parcours militants et mandats électifs. M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dit qu'aucun ouvrier n'est représentant de la nation?

    Pour en revenir à l'enquête du journal: une centaine soit disant vierge en politique a occupé  un poste proche du pouvoir politique dans des ministères, des collectivités locales ou auprès d’élus, et une trentaine a un membre de sa famille engagé en politique. On est loin de l'entrée en masse de la société civile à l'Assemblée nationale.

    un quart des députés a été réélu. 270 sont élus municipaux, 78 départementaux, 64 régionaux, 1 est sénateur, 4 sont eurodéputés.

    Pour faire de la vieille politique, il faut des jeunes partisans de la vieille politique. La nouvelle Assemblée nationale en est l'exemple frappant.

    Les 308 députés aux semelles de plomb de Macronléon Bonaparte se sont réunis en séminaire de travail. Richard Ferrand, débarqué du gouvernement pour du business le concernant trop en Bretagne, auto-désigné grand sachem des députés de la majorité présidentielle, a été proclamé à ce poste. Au cas ou cela chaufferait sous son fauteuil de député, il aurait droit à l'immunité parlementaire. Oui, toujours de la politique politicienne sous les ors de la 5e République.

    En tous les cas, les 308 députés godillots sont fin prêts pour fusiller à bout portant le Code du travail et d'autres droits conquis par les luttes ouvrières. Il est vrai qu'en matière de subordination dans le travail, la grande majorité d'entre eux sont patrons ou gérants d'entreprise, dans les professions libérales, cadres supérieurs ou politiciens. De ce fait, pas la peine de se fatiguer à leur démontrer que le droit du travail est à défendre.

    Le quarteron restant des députés socialistes s'est aussi réuni en conclave. Ils se disent hors de la majorité présidentielle, tant il est vrai que beaucoup de socialistes sont déjà au gouvernement de notre mauvaise république et dans la majorité godillot.

    A mes lecteurs présents et à venir: je vais prendre mes quartiers d'été et donc mon blog jouera quelque peu en sourdine. Sauf si l'actualité m'ordonne l'inverse.

    Pour ceux qui pourront partir en vacances, bonnes vacances. Pour ces derniers et ceux qui ne le pourront pas, n'oubliez pas que votre coeur est à gauche, au propre comme au figuré et vraiment à gauche. Et surtout pas du bord des sociaux-traitres. C'est ainsi que se désignait autrefois le PS qui exécutait une politique de droite. Les temps ont-ils changé?

    En attendant, à toutes et à tous, portez-vous bien. Et une première carte postale pour cet été:

    Qui sont ces 577 députés dont la grande majorité va voter une politique des plus réactionnaires?


  • Partie 2 du feuilleton : Centenaire de la révolution russe et de la répudiation des dettes

    De la Russie tsariste à la révolution de 1917 et à la répudiation des dettes

    15 juin par Eric Toussaint

     

    La Russie a émergé de la fin des guerres napoléoniennes comme une grande puissance européenne, elle a participé à la formation de la Sainte-Alliance. La Sainte-Alliance a été constituée le 26 septembre 1815 à Paris, à l’instigation du Tsar Alexandre 1er, par trois monarchies européennes victorieuses de l’empire napoléonien, dans le but de raffermir leurs positions et de se prémunir contre des révolutions. Constituée dans un premier temps par l’Empire russe, l’Empire d’Autriche et le Royaume de Prusse, elle a été rejointe par la France (où la monarchie avait été restaurée) en 1818 et a été de fait appuyée par Londres.

    La Russie tsariste : une grande puissance européenne

    L’Empire russe a fait partie de la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. qui a mis sur le trône grec un prince bavarois en 1830 et a enchaîné le pays à une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
    Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
    Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
    à la fois odieuse et insoutenable. Pour Moscou, le démantèlement progressif de l’Empire ottoman constituait un enjeu très important car les intérêts russes dans les Balkans étaient en jeu, de même que la circulation entre la mer Noire et la Méditerranée.

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    L’Europe en 1815, après le congrès de Vienne (cliquer pour agrandir)

    Jusqu’aux années 1870, les banquiers londoniens ont été les principaux financiers du tsar. À partir de la constitution de l’Empire allemand et de sa victoire sur la France en 1871, les banquiers allemands ont pris la place de Londres. Dès ce moment, l’Allemagne est devenue le principal partenaire commercial de la Russie. À la veille de la première guerre mondiale, 53 % des importations de la Russie provenaient d’Allemagne et 32 % de ses exportations lui étaient destinées. Par contre, au niveau financier, dès la fin du 19e siècle, les banquiers français ont supplanté les banquiers allemands. À la veille de la première guerre mondiale, 80 % de la dette externe russe étaient détenus par des « investisseurs » de France et la plupart des emprunts russes en cours avaient été émis sur la place de Paris.

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    (cliquer pour agrandir)

    En résumé, les capitalistes de France prêtaient à la Russie et y réalisaient des investissements (les capitalistes belges, en particulier les « industriels », investissaient également de manière importante en Russie |1|) tandis que les capitalistes allemands y écoulaient une partie de leur production et s’y approvisionnaient en matières premières.

    Lorsque le soviet de Petrograd a adopté le manifeste financier pour appeler à répudier la dette tsariste, la Russie s’apprêtait à émettre, grâce au concours des banquiers et du gouvernement français, un nouvel emprunt massif. L’avertissement lancé par le soviet n’a pas été écouté par les financiers de Paris, l’emprunt a été réalisé. Douze ans plus tard, il a été répudié.

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    Un titre russe de 1906

    Première guerre mondiale

    La première guerre mondiale opposait deux camps de puissances capitalistes : d’un côté l’Empire allemand et ses alliés l’Empire austro-hongrois, la Bulgarie, et l’Empire ottoman. Le deuxième était composé de la Grande-Bretagne, la France, l’Empire russe, la Belgique, la Roumanie, l’Italie, le Japon et, à partir de février 1917, les États-Unis.

    Depuis des années, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Russie tsariste se préparaient à la guerre. L’Allemagne, en pleine progression économique, cherchait à étendre son territoire tant en Europe que dans le domaine colonial.

    La France cherchait à prendre sa revanche sur l’Allemagne et notamment à obtenir l’Alsace et la Lorraine annexées par l’Allemagne suite à la défaite française de 1871. La Grande-Bretagne, la France et la Russie voulaient aussi étendre leur domaine colonial, notamment sur les ruines de l’Empire ottoman.
    La gauche, dans les différents pays belligérants, avait dénoncé, plusieurs années auparavant, les préparatifs de cette guerre.

    Au Congrès de Stuttgart (1907) de l’Internationale socialiste, la résolution votée à l’unanimité affirmait :
    « Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, (les partis socialistes) ont le devoir de s’entremettre pour la faire cesser promptement et d’utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste ».

    En 1913, au Congrès extraordinaire de Bâle, l’Internationale avait adressé un avertissement solennel aux gouvernements : « Que les gouvernements sachent bien que dans l’état actuel de l’Europe et dans les dispositions d’esprit de la classe ouvrière, ils ne pourraient, sans péril pour eux-mêmes, déclencher la guerre. » |2|

    Jean Jaurès, grande figure du socialisme français, résuma ce message, en termes succincts, dans la phrase finale de son discours au Congrès de Bâle : « En accentuant le danger de guerre, les gouvernements devraient voir que les peuples pourraient facilement faire leurs comptes : leur propre révolution leur coûterait moins de morts que la guerre des autres ».

    Au moment décisif, en août 1914, plusieurs grands partis socialistes (le parti social démocrate d’Allemagne, celui d’Autriche, ceux de Belgique, de France et de Grande-Bretagne) ont voté avec leur bourgeoisie les crédits pour financer la guerre. Le coût en vies humaines a été extrêmement élevé. Le total des décès dus au conflit mondial s’élève à 18,6 millions, 9,7 millions de militaires et 8,9 millions de civils. Entre 1914 et février 1917, le nombre de décès en Russie causés par la participation du Tsar à la première guerre mondiale s’éleva à 3 300 000 dont 1 800 000 parmi les militaires et 1 500 000 parmi les civils |3|.


    De la révolution de février 1917 à celle d’octobre

    Lorsque la révolution éclata en février 1917, avec une importante grève des femmes (elle a démarré le 23 février 1917 |4|, journée internationale pour les droits des femmes |5|), la population russe voulait se débarrasser du régime autocratique tsariste, elle voulait du pain, elle désirait également la fin de la guerre, l’accès à la terre pour des dizaines de millions de paysans qui en étaient privés et qui étaient forcés de risquer leur vie dans une guerre dont les objectifs leur étaient totalement étrangers.

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    Alexandre Fedorovitch Kerensky (1881-1970)

    Le nouveau régime, dirigé par le socialiste modéré Kerensky |6| qui succéda au tsar se refusa à distribuer la terre aux paysans, voulu poursuivre la guerre et fût incapable de nourrir la population. Il s’engagea également à rembourser les dettes contractées par le régime tsariste auprès des créanciers étrangers et il réalisa de nouveaux emprunts afin de poursuivre la guerre.

    Dan, un des principaux dirigeants mencheviks opposés au parti bolchevik, décrit l’ébullition révolutionnaire dans les mois qui précédèrent octobre 1917 : les masses « commencèrent de plus en plus fréquemment à exprimer leur mécontentement et leur impatience dans des mouvements impétueux, et finirent (…) par se tourner vers le communisme (…). Les grèves se succédèrent. Les ouvriers cherchèrent à répondre à la hausse rapide du coût de la vie par des augmentations de salaires. Mais tous leurs efforts échouèrent par suite de la dévalorisation continue de la monnaie de papier. Les communistes lancèrent dans leurs rangs le mot d’ordre du « contrôle ouvrier », et leur conseillèrent de prendre en mains eux-mêmes la direction des entreprises, afin d’empêcher le « sabotage » des capitalistes. De l’autre côté, les paysans commencèrent à s’emparer des domaines, à chasser les propriétaires fonciers et à mettre le feu à leurs manoirs… » |7|.


    La révolution d’octobre 1917

    L’insatisfaction provoquée par la politique de Kerensky produisit une deuxième révolution en octobre 1917 (le 7 novembre 1917 selon le nouveau calendrier adopté plus tard). Le nouveau gouvernement |8|, soutenu par le congrès des soviets, s’engagea à réaliser la paix, distribuer la terre et, pour trouver les moyens de relancer l’économie du pays, répudier la dette et nationaliser le secteur bancaire |9|.

    La répudiation des dettes

    Début janvier 1918, le gouvernement soviétique suspendit le paiement de la dette étrangère et début février 1918, il décréta la répudiation de toutes les dettes tsaristes ainsi que les dettes contractées par le gouvernement provisoire afin de poursuivre la guerre entre février et novembre 1917. En même temps, il décida d’exproprier tous les avoirs des capitalistes étrangers en Russie afin de les restituer au patrimoine national. La dette publique russe en 1913 s’élevait à 930 millions de £ (soit grosso modo 50 % du PIB PIB
    Produit intérieur brut
    Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
    Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
    ). Entre le début de la guerre et le moment où les Bolcheviques arrivent au pouvoir avec leurs alliés les Socialistes Révolutionnaires de gauche, la dette a été multipliée par 3,5 et atteignait 3 385 millions de £.

    En répudiant les dettes, le gouvernement soviétique mettait en pratique la décision prise en 1905 par le soviet de Petrograd et les différents partis qui le soutenaient. Cela provoqua une protestation unanime des capitales des grandes puissances alliées.


    Décret sur la Paix

    Le gouvernement soviétique proposait une paix sans annexion et sans compensation/réparation. Il y ajoutait la mise en pratique du droit à l’autodétermination des peuples. Il s’agissait de l’application de principes totalement novateurs ou révolutionnaires dans les relations entre les États.


    Partie 1 du feuilleton : Russie : La répudiation des dettes au cœur des révolutions de 1905 et de 1917

    Partie 3 : La révolution russe, la répudiation des dettes, la guerre et la paix


    Notes

    |1| En 1914, on trouvait des tramways exploités par des entreprises belges dans 26 villes russes. Selon le ministre belge, Henri Jaspar, qui évoquait au parlement belge les intérêts de la Belgique en Russie avant-guerre : « la fonte que nous fabriquions en Russie représentait 1/3 de la production totale de fonte russe ; les poutrelles, les laminés, les traverses représentaient 42 % de la production totale russe ; les produits chimiques fabriqués par les Belges en Russie représentaient 75 % des produits chimiques fabriqués dans la Russie entière ; les glaces représentaient 50 % de la production russe, les verres à vitre 30 % ». Selon ce ministre, 161 entreprises belges étaient présentes en Russie avant la guerre. Sources : Annales parlementaires, Chambre, 1921-1922, p. 883-884 ; séance du 23 mai 1922. Voir aussi Documents parlementaires, Sénat, 1928-1929, n° 88, Rapport de la Commission des Affaires étrangères, p. 37-38. Ces documents sont cités par Jean Stengers, Belgique et Russie, 1917-1924 : gouvernement et opinion publique, Revue belge de philologie et d’histoire, Année 1988, Volume 66, Numéro 2 pp. 296-328 http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-...

    |2| J. Longuet, Le mouvement socialiste international, Paris, 1931, p. 58.

    |3| Les pays les plus touchés, outre la Russie, ont été l’Empire allemand avec 2 millions de morts parmi les militaires et 420 000 civils, la France (colonies incluses) avec 1,4 million de militaires et 300 000 civils, l’Autriche-Hongrie avec 1,1 million de militaires et 470 000 civils, le Royaume-Uni (colonies incluses), 885 000 militaires et 110 000 civils, l’Empire ottoman, 800 000 militaires et 4,2 millions de civils et le Royaume de Serbie 1 250 000 victimes, dont 800 000 civils, soit un tiers de sa population. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Perte...

    |4| En 1917, la Russie utilisait encore le calendrier julien, qui « retarde » d’environ 13 jours par rapport au calendrier grégorien qui a été adopté en 1918 et qui correspond au calendrier occidental. Ainsi la révolution de février 1917 a eu lieu lors de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars dans le calendrier actuel. De même la révolution d’octobre a eu lieu le 7 novembre. Dans le reste du texte, les dates correspondent au calendrier actuel (c.-à-d. grégorien).

    |5| Voir Léon Trotsky. 1930. Histoire de la révolution russe, 1. Février. Le Seuil, 1967, Paris, chapitre 7.

    |6| Alexandre Fedorovitch Kerensky (1881-1970), avocat, travailliste (son parti : troudovik) a été le chef du gouvernement provisoire en 1917.

    |7| Dan, dans Martov-Dan : Geschichte der russischen Sozialdemokratie, Berlin 1926, pp. 300-301. Cité par Ernest Mandel, Octobre 1917 : Coup d’État ou révolution sociale, IIRF, Cahiers d’étude et de recherche numéro 17/18, Amsterdam, 1992, p. 9. http://www.ernestmandel.org/fr/ecri...

    |8| Le gouvernement était composé d’une alliance entre le parti bolchevique et les socialistes révolutionnaires de gauche.

    |9| EDWARD H. CARR. 1952. La révolution bolchevique, Tome 2. L’ordre économique, Édition de Minuit, Paris, 1974, chapitre 16.

    Auteur.e

    Eric Toussaint

    docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

    Autres articles en français de Eric Toussaint (666)

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  • 25/06/17

    Mercato Médiatique Purge idéologique - juin 2017

     

     23 juin 2017

    Une émission présentée par Jean Yves Le Gallou et Hervé Grandchamp

    Mercato Médiatique Purge idéologique

    https://www.youtube.com/watch?v=rntLequZokM

     
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  • UJFP

    Lettre d’information de l’UJFP

    Nouveautés hebdomadaires et agenda

    Bonjour, voici notre newsletter, regroupant les nouveaux articles publiés sur notre site ainsi que les évènements à venir auxquels notre association appelle et/ou participe.


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    Publié le : 24 juin 2017

    24 juin | Campagne de Solidarité avec la Palestine (CSP-UK) |Traduction J.Ch. pour l’AURDIP.
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    Les militants pour la Palestine ont accueilli triomphalement le jugement présenté au mouvement BDS, qui déclare : « Ce jour est une victoire pour la Palestine, pour la démocratie locale et pour l’état (...)

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    Envoyée le 23 juin 2017. Par Dominique Vidal et Thomas Vescovi.
    Le 16 juin, le directeur des programmes d’Arte écrit à Sammy Ghozlan qu’il ne diffuserait pas le documentaire sur l’antisémitisme commandé par la chaîne. Cinq jours plus tard, le film est pourtant programmé. Que s’est-il passé ? En Allemagne, la polémique a gonflé. En France, le président du CRIF s’en est mêlé. Qui a imposé cette volte-face et pourquoi ?
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    « En tant que noire, femme et députée, vous pouvez dire… »

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    Décidément, les médias dominants peuvent vraiment compter sur la fachosphère pour arrondir leur fin de mois. Mis en branle par l’élection à Paris de la jeune députée noire Danièle Obono (France Insoumise), ses trolls n’ont pas perdu de temps pour rappeler lourdement sur les réseaux sociaux qu’elle avait apporté sa signature en 2012 à une pétition de soutien au groupe ZEP (Zone d’Expression Populaire) qui avait osé – mazette ! – chanter "Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et (...)

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    L’acharnement d’Israël contre ses propres citoyens continue !

    Publié le : 21 juin 2017

    Paris, le 15 juin 2017. Par Michel Ouaknine.
    Hier 14 juin, ce qui reste du village bédouin d’Al Araqib a été détruit pour la 114ème fois depuis le 10 juillet 2011 !
    Nous restons sans voix et écœurés devant un tel acharnement contre des citoyens israéliens qui ne demandent qu’à vivre sur les terres où ils vivent en paix depuis (au moins) l’époque de l’Empire ottoman. Pasteurs, ils avaient su apprivoiser ce coin du Néguev pour cultiver les céréales nécessaires à leur élevage de chèvres et de moutons. Ils (...)

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    Un film à voir : "A long hot summer in Palestine" de Norma Marcos

    Publié le : 21 juin 2017

    Synopsis du film par Norma Marcos
    Mon film "A long hot summer in Palestine" raconte la guerre de l’été 2014 à Gaza, vue depuis la Cisjordanie.
    Je tournais un film sur ma nièce Yara, sur les femmes et la vie quotidienne en Palestine.
    « J’ai 16 ans et j’ai déjà vécu trois guerres », a dit Farah Baker, une jeune fille palestinienne dans un tweet après le bombardement de sa maison à Gaza. Affligée par son tweet, je savais que mon film allait prendre une autre direction. J’ai pris alors ma (...)

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    Projection du film « EMWAS des souvenirs en reconstruction », en présence de la réalisatrice palestinienne Dima Abu Ghoush

    Publié le : 20 juin 2017

    Les groupes locaux parisiens de l’Association France Palestine Solidarité, avec la coordination Ile de France de l’AFPS, et Forum Palestine Citoyenneté vous invitent à la projection privée du film :
    « EMWAS des souvenirs en reconstruction », en présence de la réalisatrice palestinienne Dima Abu Ghoush.
    Dans ce film/documentaire, Dima Abu-Ghoush raconte l’histoire de son village natal rasé en 1967 avec les deux villages voisins de Yalo et Beit Nuba par l’armée israélienne.
    À l’aide d’une maquette du (...)

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    Rennes, laboratoire de l’ordre en marche ?

    Publié le : 20 juin 2017

    Au cours d’une manifestation ni Le Pen ni Macron le 27 avril dernier un policier avait sorti son arme et braqué les manifestants. Un mois plus tard 7 personnes étaient interpellées à leur domicile. Soupçonnées d’avoir agressé le policier en question, 5 d’entre eux seront placés en détention provisoire en l’attente de leur procès prévu le 21 juin 2017.
    Le lundi 19 juin est paru, dans Libération une tribune exigeant la libération des personnes interpellées. A l’heure où nous relayons ici cette pétition, 3 (...)

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    Meeting de solidarité et d’hommage aux prisonniers politiques palestiniens

    Publié le : 20 juin 2017

    Les prisonniers politiques palestiniens dans les geôles israéliennes ont menés une grève de la faim du 17 avril au 27 mai dernier.
    40 jours de lutte contre la machine de guerre coloniale qui ne les a pas épargnés et qui a tout essayé pour les casser.
    Plus de 1800 prisonniers demandaient la reconnaissance de leur statut de prisonniers de guerre, la fin de la détention administrative, plus de visites de leur famille, leur droit à des études,....
    Malgré les humiliations, les déplacements forcés, les (...)

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    La vallée de la Roya, terre d’insoumission et de fraternité

    Publié le : 20 juin 2017

    Publié sur le blog Médiapart de Olivier Chazy
    Reportage pour la Mission de France, par Olivier CHAZY.
    La vallée de la Roya, vous connaissez ? C’est cette vallée dont on parle dans les médias, qui est enclavée dans l’arrière pays Niçois, entourée de montagnes escarpées, au nord c’est l’Italie, au sud c’est l’Italie, l’accès à Nice se fait soit par l’Italie, soit par la départementale et un train empruntant de longs tunnels.
    5.000 habitants se répartissent sur cinq villages presque tous issus du moyen-âge, (...)

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    Israeli peace activists will illuminate the skies of Gaza - protesting the power cuts

    Publié le : 19 June 2017

    Millions of Gaza residents face an unprecedented humanitarian disaster. We must not stand idly by!
    At the initiative of Zazim (“On the Move”), thousands of Israeli citizens signed a petition calling upon the government to avert the impending disaster and not to cut the supply of electricity to the Gaza Strip. Now we have decided to increase the pressure, so that our call will resonate with the decision makers in Israel and internationally.
    This evening, Monday June 19, we will gather near (...)

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    Un ‘Code de Déontologie’ israélien pour étouffer officiellement la Liberté Académique - les Palestiniens exhortent à intensifier le BDS

    Publié le : 19 juin 2017

    18 juin | PACBI |Traduction J.Ch. pour l’AURDIP.
    Le ministère israélien de l’Education a proposé à l’université un « code de déontologie »qui institutionnaliserait une politique qui existe non officiellement pour étouffer la liberté académique.
    Le ministre israélien d’extrême droite, pro-colons, de l’Éducation Naftali Bennett défend un nouveau « code de déontologie » qui interdirait aux professeurs d’université israéliens d’exprimer leurs « opinions politiques ».
    Ce nouveau code interdirait aussi aux (...)

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    Prochains évènements

    Le mardi 27 juin 2017 à 19h30
    À Paris (14ème) : soirée Gaza - BDS à la librairie Tropiques
    Librairie Tropiques
    56 et 63 Rue Raymond Losserand 75014 Paris

    Le samedi 1er juillet 2017 de 15h00 à 23h00
    À Lescar (64), commémoration du 50ème anniversaire de la destruction des 3 villages de la vallée de Latroum
    Village Emmaüs Lescar Pau
    Chemin Salié 64230 Lescar

    Le mardi 4 juillet 2017 de 20h00 à 22h30
    À Paris(15ème), meeting de solidarité et d’hommage aux prisonniers politiques palestiniens
    Centre Culturel Algérien
    171 rue de la Croix Nivert 75015 Paris Métro Boucicaut ou Convention