• L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire, par John Pilger

    L’arrestation d’Assange est une mise en garde de l’histoire, par John Pilger

    Le texte qui suit est du journaliste australien John Pilger. Paru initialement dans Counterpunch, il a été traduit et publié en français par Le Grand soir.

    Je le reprends ici car il me paraît engager crument la responsabilité de chaque citoyen face à la période historique que tout traversons : qui de la force ou du droit, de la brutalité ou de la loi, de l’indécence ou du courage l’emportera dans le combat incertain entre un vieux monde glauque qui n’en finit pas de mourir et un monde d’après qui tarde à se dessiner ?

    « Tout peut arriver. »


    L’image de Julian Assange traîné hors de l’ambassade de l’Équateur à Londres est emblématique de notre époque. La force contre le droit. La brutalité contre la loi. L’indécence contre le courage. Six policiers malmenant un journaliste malade, ses yeux plissés face à sa première lumière naturelle depuis près de sept ans.

    Que ce scandale se soit produit au cœur de Londres, dans le pays de la Magna Carta, devrait faire honte et mettre en colère tous ceux qui se soucient pour les sociétés « démocratiques ». Assange est un réfugié politique protégé par le droit international, le bénéficiaire de l’asile en vertu d’un pacte strict dont la Grande-Bretagne est signataire.

    L’Organisation des Nations Unies l’a clairement indiqué dans la décision juridique de son Groupe de travail sur les détentions arbitraires.

    Mais au diable tout ça. Laissez entrer les voyous. Dirigée par les quasi-fascistes de l’administration Trump, en collaboration avec l’Équatorien Lenin Moreno, un Judas latino-américain et menteur qui cherche à camoufler l’état moribond de son régime, l’élite britannique a abandonné son dernier mythe impérial : celui d’équité et de justice.

    Imaginez Tony Blair traîné hors de sa maison géorgienne de plusieurs millions de livres à Connaught Square, Londres, menotté, pour être ensuite expédié à La Haye. Selon l’exemple de Nuremberg, le « crime suprême » de Blair est la mort d’un million d’Irakiens. Le crime d’Assange est le journalisme : demander des comptes aux rapaces, dénoncer leurs mensonges et donner aux gens du monde entier les moyens d’agir avec la vérité.

    L’arrestation choquante d’Assange est un avertissement pour tous ceux qui, comme l’écrivait Oscar Wilde, « sèment les graines du mécontentement [sans lesquels] il n’y aurait pas de progrès vers la civilisation« . L’avertissement est explicite à l’égard des journalistes. Ce qui est arrivé au fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks peut vous arriver dans un journal, ou à vous dans un studio de télévision, ou vous à la radio, ou vous qui diffusez un podcast.

    Le principal bourreau médiatique d’Assange, The Guardian, collaborateur de l’État secret, a montré sa nervosité cette semaine avec un éditorial qui a atteint de nouveaux sommets en termes d’hypocrisie. The Guardian a exploité le travail d’Assange et de WikiLeaks dans ce que son précédent éditeur appelait « le plus grand scoop des 30 dernières années« . Le journal s’inspira des révélations de WikiLeaks et s’attira louanges et fortune.

    Sans verser un sou pour Julian Assange ou WikiLeaks, un livre largement promu du Guardian donna lieu à un film hollywoodien lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh, se retournèrent contre leur source, le maltraitèrent et divulguèrent le mot de passe qu’Assange avait confié au journal en toute confidentialité, conçu pour protéger un fichier numérique contenant des câbles des ambassades des États-Unis.

    Alors qu’Assange était piégé à l’ambassade de l’Équateur, Harding se joignit à la police à l’extérieur et se réjouit sur son blog que « Scotland Yard aura le dernier mot ». The Guardian a depuis publié une série de mensonges à propos d’Assange, notamment une affirmation discréditée selon laquelle un groupe de Russes et l’homme de Trump, Paul Manafort, avaient rendu visite à Assange à l’ambassade. Ces réunions n’ont jamais eu lieu ; c’était faux.

    Mais le ton a maintenant changé. « L’affaire Assange est une toile moralement enchevêtrée« , estime le journal. « Il (Assange) croit en la publication de choses qui ne devraient pas être publiées… Mais il a toujours fait la lumière sur des choses qui n’auraient jamais dû être cachées. »

    Ces « choses » sont la vérité sur la façon meurtrière dont l’Amérique mène ses guerres coloniales, les mensonges du Foreign Office britannique dans son déni des droits des personnes vulnérables, comme les habitants des îles Chagos, la dénonciation d’Hillary Clinton comme une partisane et bénéficiaire du jihadisme au Moyen-Orient, la description détaillée par des ambassadeurs américains sur la façon dont les gouvernements en Syrie et au Venezuela pourraient être renversés, et beaucoup plus. Tout cela est disponible sur le site de WikiLeaks.

    The Guardian est nerveux, et on le comprend. La police secrète a déjà rendu visite au journal et exigé et obtenu la destruction rituelle d’un disque dur. Sur ce point, le journal n’en est pas à sa première. En 1983, une commis du Foreign Office, Sarah Tisdall, a divulgué des documents du gouvernement britannique indiquant quand les armes nucléaires américaines de croisière arriveraient en Europe. The Guardian fut couvert d’éloges.

    Lorsqu’un tribunal a exigé de connaître la source, au lieu de laisser le rédacteur en chef aller en prison sur la base d’un principe fondamental de protection des sources, Tisdall fut trahie, poursuivie et condamnée à six mois de prison.

    Si Assange est extradé vers les États-Unis pour avoir publié ce que The Guardian appelle des « choses » véridiques, qu’est-ce qui empêchera la rédactrice en chef actuelle, Katherine Viner, de le suivre ou l’ancien rédacteur en chef, Alan Rusbridger, ou le propagandiste prolifique Luke Harding ?

    Qu’est-ce qui empêchera les rédacteurs en chef du New York Times et du Washington Post, qui ont également publié des bouts de vérité provenant de WikiLeaks, et le rédacteur en chef de El Pais en Espagne, de Der Spiegel en Allemagne et du Sydney Morning Herald en Australie. La liste est longue.

    David McCraw, avocat principal du New York Times, a écrit : « Je pense que la poursuite [d’Assange] constituerait un très, très mauvais précédent pour les rédacteurs… d’après ce que je sais, il est en quelque sorte dans la position classique d’un rédacteurs et la loi aurait beaucoup de mal à distinguer le New York Times de WikiLeaks. »

    Même si les journalistes qui ont publié les fuites de WikiLeaks ne sont pas convoqués par un grand jury américain, l’intimidation de Julian Assange et Chelsea Manning suffira. Le vrai journalisme est criminalisé par des voyous, au vu et au su de tous. La dissidence est devenue une indulgence.

    En Australie, l’actuel gouvernement pro-américain poursuit deux dénonciateurs qui ont révélé que les espions de Canberra avaient mis sur écoute les réunions du cabinet du nouveau gouvernement du Timor oriental dans le but de priver ce petit pays pauvre de sa part des ressources en pétrole et en gaz de la mer du Timor. Leur procès se déroulera en secret. Le Premier ministre australien, Scott Morrison, est tristement célèbre pour son rôle dans la mise en place de camps de concentration pour les réfugiés dans les îles de Nauru et Manus, dans le Pacifique, où les enfants s’automutilent et se suicident. En 2014, Morrison a proposé des camps de détention de masse pour 30 000 personnes.

    Le vrai journalisme est l’ennemi de ces scandales. Il y a dix ans, le ministère de la Défense de Londres a publié un document secret qui décrivait les « principales menaces » à l’ordre public, au nombre de trois : les terroristes, les espions russes et les journalistes d’investigation. Ces sont ces derniers qui étaient désignés comme la principale menace.

    Le document fut dûment divulgué à WikiLeaks, qui l’a publié. « Nous n’avions pas le choix« , m’a dit Assange. « C’est très simple. Les gens ont le droit de savoir et le droit de remettre en question et de contester le pouvoir. C’est ça la vraie démocratie. »

    Et si Assange et Manning et les autres dans leur sillage – s’il y en a d’autres – étaient réduits au silence et « le droit de savoir, de questionner et de contester » était retiré ?

    Dans les années 1970, j’ai rencontré Leni Reifenstahl, amie proche d’Adolf Hitler, dont les films ont contribué à jeter le sort nazi sur l’Allemagne.

    Elle m’a dit que le message de ses films, la propagande, ne dépendait pas « d’ordres venus d’en haut » mais de ce qu’elle appelait le « vide apathique » du public.

    « Ce vide apathique s’étendait-il à la bourgeoisie libérale et éduquée ? » lui ai-je demandé.

    « Bien sûr, répondit-elle, surtout l’intelligentsia… Quand les gens ne posent plus de questions sérieuses, ils sont soumis et malléables. Tout peut arriver. »

    Et arriva.

    Le reste, aurait-t-elle pu ajouter, c’est de l’histoire.

    John Pilger


  • La pierre et la Vie
    Un incendie affectant la cathédrale Notre-Dame de Paris fait vibrer l’émotion publique, offre aux hommes politiques des occasions d’empathie avec l’Histoire, le roman national, les ombres de Victor HUGO, de Paul CLAUDEL, avec huit siècles émaillés d’affrontements, de célébrations solennelles.
    Même notre ami révolutionnaire Jean-Luc MÉLENCHON parle en instantané sur YOUTUBE, avec talent et lyrisme, de « deuil » et invite à une interruption de la vie politique durant un certain temps.

    Inversement, les hommes du Pouvoir imaginent déjà l’incidence de l’incendie sur leur cote de popularité au nom de l’unité nationale et du rassemblement des Français dans le drame.

    Bien sûr, les émotions sont sincères et légitimes.
    Les monuments parlent avec la voix des siècles et nous l’entendons tous.
    Des précédents existent car les guerres détruisirent bien des édifices chargés de symboles religieux et nationaux.
    La plupart furent restaurés à Reims, Dresde, Rouen, Strasbourg ou Metz, puisque l’Homme peut toujours rebâtir ce que l’Homme a édifié.
    Aussi, loin de minimiser la portée symbolique du « drame » -car je songe qu’avec la charpente de cette église se sont consumés des bois de chênes qui poussèrent il y a plus de mille ans aux alentours de PARIS- je songe que nulle destruction matérielle n'est aussi dramatique que la fin d’une vie.
    Du temps, du travail, de l’argent répareront les dommages d’un bâtiment.
    Ni le temps, ni l’effort des Hommes, ni l’argent ne triompheront de la mort d’un être.
    Oui, LAMARTINE a raison : les objets inanimés ont une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer, mais une vie anéantie ne se répare pas à la différence d’un objet de pierre et de bois.

    Affirmons-le clairement : il faut respecter et vénérer les chefs-d’œuvres légués par le passé.

    La perte d’un monument ou d’un témoin de l’Histoire justifie notre déploration.
    Mais la Vie prévaut toujours.
    Je me souviens de l’indignation mondiale très légitime lorsque les fanatiques talibans d’Afghanistan massacrèrent les statues géantes de Bouddha, témoin d’une autre religion que celle qui brûlait leurs cervelles.
    Je partage cette condamnation quasi-universelle devant cette manifestation de barbarie obscurantiste.

    Mais je trouve plus grave encore la lapidation de la femme adultère, les mutilations et mises à mort des homosexuels, les coups de fouets aux apostats.

    Un vivant m’est plus précieux qu’une statue.
    Une cathédrale est endommagée et un pays vibre d’émotion.
    Normal.
    Mais que dire devant la mort d’un être vivant ?
    L’homme le plus riche de France, détenteur de soixante milliards d’euros, fera don de deux cent millions pour réparer la cathédrale de PARIS.
    Le troisième champion de la fortune nationale offre cent millions d’euros.
    Qui paie ?
    La collectivité via le crédit d’impôt.

    Quel regret que la Vie ne suscite pas la même générosité des charitables !

    Personnellement, en apprenant l’incendie, j’ai osé penser aux oiseaux qui nichaient sur les hauteurs de l’édifice.
    Les oiseaux n’intéressent pas les hommes politiques ni les oligarques.
    Je sais que la Vie est la première valeur et que toute mort est irréparable.
    Un palais ou une cathédrale peuvent renaître. Pas un être dont le cours du temps est achevé.

    Alors toujours, la vie d’abord.

    Gérard CHAROLLOIS
    CONVENTION VIE ET NATURE 
    UNE FORCE POUR LE VIVANT

  • 16 Avril 2019

    La gauche, les gilets jaunes et les ronds-points

    Pas de priorité à gauche sur les ronds-points

    Après avoir surtout exprimé leur embarras face à un mouvement qui les dépasse littéralement, les organisations de gauche ont dû constater que les gilets jaunes, exprimant un rejet global de la politique institutionnelle, n’attendent rien d’eux.

     

    « Ne me parlez pas des politiques, c’est tous des cons. » Sur le rond-point de Lanester, près de Lorient (Morbihan), on ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de parler de ses élus. La défiance est totale et ce, peu importe la place sur l’échiquier politique. On est en décembre 2018, et la révolte des « gilets jaunes » bat son plein.

    Pourtant, dans les partis et autres mouvements politiques, c’est branle-bas de combat général : un truc se passe et le rouleau compresseur Macron est bien trop puissant pour laisser filer une pareille occasion de se refaire une santé. Comment se positionner pour ne pas que cela passe pour de la récupération pure et simple ? Au vu de la diversité des opinions, des positionnements et des objectifs des participants au mouvement, n’y a-t-il pas un risque de s’acoquiner avec l’extrême droite ? Tout mouvement social ou sociétal doit-il être accompagné par des formations politiques ? Telles sont les questions – légitimes pour beaucoup – que se sont posées nombre de partis français tout au long des mois de novembre et de décembre 2018.

    Gilets jaunes, gilets rouges

    Rendons à César ce qui appartient à César : le premier à avoir flairé que le mouvement des gilets jaunes était promis à un puissant avenir a été Jean-Luc Mélenchon. Dès le 9 novembre, à l’occasion d’un meeting à Pau, il dit « souhaiter la réussite du mouvement », faisant fi de ceux qui, à ce moment-là de la mobilisation, y voient un terreau tout trouvé pour l’extrême droite. Une critique que le leader insoumis balaie d’un revers de la main : « Cette colère est juste, elle porte sur quelque chose qui a un sens ». Bien sûr, populisme et mouvement gazeux obligent, les Insoumis sont, sur l’échiquier politique, les moins susceptibles d’avoir peur des formes nouvelles, même lorsqu’elles font irruption en dehors du champ institutionnel classique. Sans drapeau ni banderole, ils participent aux marches et manifestations des samedis mais, surtout, ils prennent systématiquement et efficacement la défense des gilets jaunes sur les réseaux sociaux. Et l’on sait à quel point ils savent y être présents.

     

    D’autres sont plus prudents, comme Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui se dit, le 22 novembre dans « L’Émission politique », « solidaire » des gilets jaunes, « mais pas populiste ». Comprendre : j’entends la colère de ceux qui manifestent, mais je suis loin d’être d’accord avec tout. D’abord, parce que le logiciel du NPA est fondamentalement plus ancré dans les formes traditionnelles du pouvoir que celui des Insoumis, par exemple. Besancenot, tout comme le porte-parole du parti Philippe Poutou, appelle ainsi régulièrement à la grève générale en rappelant que ce sont les syndicats et les partis qui ont apporté les plus grandes avancées sociales en France. Tout en récusant certains des mots d’ordre des gilets jaunes comme celui du « pouvoir d’achat », qui lui « sort par les trous de nez ». Fidèle à sa gauche, Olivier Besancenot n’a par ailleurs de cesse de rappeler que les revendications doivent avant tout porter sur les salaires, les revenus, les prestations, les retraites et les allocations – et pas se cantonner au ras-le-bol fiscal. Une chose est certaine : lui et les siens essaient de changer les gilets jaunes en gilets rouges… sans succès.

    Au Parti communiste français, au tout début du mouvement, on est en plein congrès. Il s’agit de changer de ligne, changer de secrétaire national. L’attention est donc ailleurs pour les militants. Tellement ailleurs qu’ils ont le bon goût d’organiser une mobilisation alternative le 15 novembre… Unitaire, certes, mais un flop total. L’arrivée de Fabien Roussel à la tête du parti change-t-elle la ligne ? Oui, assurément : moins bégueule que son prédécesseur, il appelle sans ciller à manifester avec les gilets jaunes dès le 1er décembre. Le parti n’est toutefois pas unanime sur le sujet, certains communistes notant que, s’il s’agit d’une colère légitime, toutes les aspirations et les voies de mobilisation ne sont pas bonnes à suivre : au PCF, on condamne fermement les violences et on continue d’appeler à la grève générale.

    Colère commune, défiance partagée

    Finalement, l’un des principaux hiatus tient au fonctionnement inversé du mouvement des gilets jaunes : horizontal, numérique, anarchique parfois, pourrait-on ajouter. N’en déplaise évidemment à Philippe Martinez. Le patron de la Confédération générale du travail élude en déclarant, dans la Midinale deRegards du 30 novembre, que sa responsabilité est « de mettre tout le monde dans la rue ». D’où, de la part de la centrale, un timide appel à manifester le samedi 1er décembre… avec un parcours différent que celui des gilets jaunes – si tant est qu’ils en eussent vraiment un. En tous les cas, les tentatives, du côté de la CGT, de rejoindre certains cortèges de gilets jaunes se révèlent impossibles : les syndicalistes, lorsqu’ils sont repérés, ne sont pas vraiment les bienvenus. Colère commune, mais profond désaccord de forme – et défiance des deux côtés.

    Étonnamment, les écologistes ont presque eu moins de mal avec les gilets jaunes : alors que la raison première des mobilisations est l’augmentation de la taxe sur les carburants, on pouvait se dire que ça n’allait pas matcher avec les revendications portées par Europe Écologie-Les Verts. Certes, les débuts sont compliqués et le conseiller d’Ile-de-France Julien Bayou affirme ainsi : « Nous sommes pour la fin du bonus sur le diesel. On ne peut pas s’associer à un mot d’ordre qui appelle à revenir sur cette taxe carbone. » Mais ce son de cloche évolue rapidement à mesure que les revendications s’étoffent et que l’on se rend compte que les gilets jaunes ne sont pas une force nécessairement anti-écolo. « Ce qu’Emmanuel Macron vient de découvrir et que nous, écologistes, savons depuis longtemps, c’est que l’écologie va nécessairement de pair avec la lutte contre les inégalités », nous glisse l’ancien député européen EELV Alain Lipietz. Et de voir ainsi Julien Bayou, qui refusait de manifester avec les gilets jaunes, participer à un rassemblement à Saint-Lazare à Paris, accompagné de la sénatrice Esther Benbassa et de l’ancien député Sergio Coronado.

    Encore plus gênés aux entournures : le Parti socialiste et même Génération.s. Les deux partis prennent avec d’infinies réserves le mouvement naissant. « Anti-écolo »« à forte coloration d’extrême droite »« pas structuré »… Une députée socialiste nous affirme que, « même si on peut se retrouver dans quelques-unes des revendications : qu’est-ce que vous voulez qu’on en fasse ? »Seulement, au vu du bouillonnement continu sur les réseaux sociaux et du battage médiatique des mobilisations, tant Olivier Faure que Benoît Hamon, les patrons respectifs des deux formations politiques, changent un peu leur fusil d’épaule et amendent leurs discours : « Nous soutenons les Français qui se mobilisent pour défendre leur pouvoir d’achat », assure ainsi le second, reprenant les arguments de l’ancien ministre de l’Écologie Nicolas Hulot et souhaitant « la réconciliation de la justice sociale et de l’écologie ».

    Partis dans l’impasse

    Au fond, toute la gauche a été prise de court par les gilets jaunes. Complètement hors des radars des différentes formations politiques et syndicales, la mobilisation de ces Français-e-s depuis près de deux mois aurait pu, aurait dû être l’occasion de réfléchir collectivement sur la place du politique. « Pourquoi les gilets jaunes ne se sont-ils pas tournés vers les partis politiques de gauche pour faire part de leur opposition aux mesures portées par le gouvernement actuel ? », s’interroge ainsi l’ancien député et maire EELV de Bègles Noël Mamère. Las, les positionnements légèrement différenciés des uns et des autres ont pris le dessus sur les problématiques de fond et l’on a préféré s’adonner ou bien à la récupération, ou bien à la dénonciation de la récupération.

    D’autant que les réponses aux gilets jaunes apportées par les plus enthousiastes de leurs thuriféraires sont loin d’être totalement pertinentes. Jean-Luc Mélenchon a ainsi appelé à une dissolution de l’Assemblée nationale et au rétablissement de l’impôt sur la fortune, quand le député FI François Ruffin demandait carrément la démission d’Emmanuel Macron. Seulement, en écoutant les plus médiatiques des gilets jaunes, comme Priscilla Ludovsky ou Jean-François Barnaba, et en se rendant sur les ronds-points, on réalise rapidement que ce mouvement est d’abord l’expression symptomatique de l’impasse à laquelle sont confrontées toutes les formations politiques depuis très longtemps – trop longtemps même, du dire des occupants des ronds-points. Et l’on voit mal comment des mesures comme le rétablissement de l’ISF ou la dissolution de l’Assemblée pourraient résoudre les problèmes profonds auxquels sont confrontés les occupants des ronds-points.

    Mais les partis et mouvements politiques proposent (opposent parfois) aussi leur programme. En vain, souvent, car le tempo d’émergence des revendications est complètement décorrélé de celui que voudraient imposer certaines formations. Ainsi du rétablissement de l’ISF ou la proposition de référendum d’initiative citoyenne. Pour autant, certains s’inquiètent que les gilets jaunes ne fassent perdre la tête à d’autres. Ainsi de François Ruffin qui cite Étienne Chouard, personnage très décrié au sein de la gauche française, mais référence pour de nombreux gilets jaunes. Ou de Jean-Luc Mélenchon qui fait l’apologie d’un des leaders de gilets jaunes, Éric Drouet, qui ne cache pourtant ni ses préférences nationalistes, ni son conspirationnisme…

    Le mouvement de contestation, s’il a un peu faibli pendant les fêtes, ne risque pas de s’arrêter à la rentrée. Il va donc falloir que la gauche continue de se repenser, de se restructurer. Comme l’écrivait Jacques Prévert, « il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec des allumettes, car le monde mental ment, monumentalement ». L’avenir de la gauche se situe sûrement du côté de ceux qui portent les gilets jaunes. La question, qui reste encore entière à ce stade, est de savoir comment se crée la jonction.

     

    Pablo Pillaud-Vivien

     

     

    Agrégation des luttes ?

    La gauche des LGBT, des banlieues, des cheminots et des intellos, elle est gilet jaune ? Organisations féministes (comme Femmes en luttes 93), collectifs étudiants mobilisés contre la réforme des droits d’inscription, cheminots (notamment de l’Intergare), antifascistes, chercheurs (ainsi, la Plate-forme d’enquêtes militantes), antifascistes (groupe Paris Banlieue), organisations queer et de défense des droits des LGBTQI (Claq)… tous ont appelé à rejoindre les défilés des gilets jaunes. « Ça non plus, ça ne se passera pas sans nous », a rappelé Assa Traoré, présidente du comité La vérité pour Adama.

    Pour autant, on peine à voir une parfaite symbiose entre ces différentes luttes et les gilets jaunes. Si tous ces collectifs et organisations – construits, élaborés et établis en amont des premières manifestations de l’automne – ont réussi à mobiliser quelques médias lors de leur entrée dans le mouvement, ils n’ont pas permis d’en grossir significativement les rangs. Force est aussi de constater, empiriquement, qu’il y a toujours aussi peu de pancartes de luttes singulières sur les ronds-points… Aussi peu que de personnes racisées, d’ailleurs.

     

    SOURCE / REGARDS.FR

     

    Tag(s) : #Actualités

  • 16 Avril 2019

    Crépuscule, Juan Branco, un livre à succès dans le silence des médias

    "Crépuscule", un livre passé sous silence pour maintenir le système

     

    La France n'est plus une démocratie. Preuve en est le livre Crépuscule de Juan Branco qui fait un carton dans les libraires et étrangement aucun média n'en parle. CNews, BFMTV évidemment passent sous silence le livre qui met en lumière les compromissions et l'asservissement des journalistes.

    La France n'est plus une démocratie. Preuve en est le livre Crépuscule de Juan Branco qui fait un carton dans les libraires et étrangement aucun média n'en parle. CNews, BFMTV évidemment passent sous silence le livre qui met en lumière les compromissions et l'asservissement des journalistes. Ces journalistes qui ne représentent absolument plus aucun contre-pouvoir mais plutôt un pilier du système en place.

    On y découvre un pouvoir qui s'est construit sur des réseaux financiers et d'influence absolument tentaculaires. Journalistes corrompus et hémorragie d'argent public pour financer la folie des grandeurs des oligarques de ce pays. Un récit qui fait une démonstration méthodique de l'appauvrissement de la France et de l'affaissement de sa démocratie.

    Les chaînes d'information mais aussi la presse écrite nous abreuvent d'informations futiles et insignifiantes au regard de l'essentiel qui nous échappe totalement. Les emplois fictifs de la mairie de Paris ou même l'affaire Cahuzac semblent peu de choses devant les révélations absolument édifiantes qui mettent la France à nu. Lisez donc ce livre et vous comprendrez mieux pourquoi vous n'arrivez plus à boucler vos fins de mois.

    Ce gouvernement est un gouvernement de haute trahison si l'on en croit le récit de Juan Branco. Une femme propulsée conseillère en communication à l'Elysée alors qu'elle traîne une condamnation judicaire pour transport d'une fourgonnette remplie de 500 kg de cannabis là ou d'autres se voient interdire un poste de chauffeur de bus payé au lance-pierre à cause d'une pécadille. Cette femme, Mimi Marchand, est la plaque tournante d'une mafia, oui d'une mafia ayant mis à sac la France et ses ressources au service d'un microcosme parisien toujours plus cupide pour mieux tirer les ficelles des décisions politiques.

    On comprend alors après la lecture de cet ouvrage que les gilets jaunes ne sont que le début d'une lutte âpre qui ne pourra pas éviter le sacrifice des siens pour balayer tout un système profondément enraciné.

    Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

     

    SOURCE / MEDIAPART.FR

    Tag(s) : #Actualités#lectures

  • 16 Avril 2019

    Publié par El Diablo

    Traduction ML pour « Solidarité internationale PCF – vivelepcf ».

     

    Les plus grandes manœuvres militaires navales internationales, sous la conduite de l’OTAN en Mer Noire [du 5 au 13 avril 2019], sous l’intitulé « Sea Shield 2019 » [Bouclier de la mer 2019], avec la participation des Etats-Unis, de la Bulgarie, de la Grèce, du Canada, de la Roumanie, des Pays-Bas, de la Turquie, ainsi que de l’Ukraine et de la Géorgie, font encore monter d’un cran les tensions entre l’alliance impérialiste et la Russie.

     

    Ces manœuvres sont consécutives à « l’engagement » pris par les pays de l’OTAN de prendre une « série de mesures » pour soutenir l’Ukraine et la Géorgie.

     

    Ces actions de l’OTAN surviennent peu après la provocation commise dans la zone par les forces navales du gouvernement réactionnaire d’Ukraine, spécialement dans le détroit de Kertch.

     

    Le gouvernement grec de SYRIZA ne peut pas se cacher derrière une soi-disant « alliance progressiste ». De fait, il s’aligne, cette fois encore, sur la position fixée auparavant par le parti ND [Nouvelle démocratie – droite grecque] et tous les partis bourgeois qui ont gouverné notre pays et l’ont associé aux opérations de l’OTAN et à la montée des antagonismes inter-impérialistes qui mettent en danger les peuples.

     

    -La lutte pour le retour immédiat au pays de toutes les forces militaires grecques impliquées dans des expéditions impérialistes à l’extérieur doit être intensifiée !

     

    -Aucune participation aux projets de l’impérialisme et à ses organisations !

     

    -La Grèce doit cesser d’être une rampe de lancement pour les guerres impérialistes de l’OTAN-UE !  

         

    Le 8 avril 2019

    par le Bureau de presse du Comité central du Parti communiste grec.

     

    SEA SHIELD 2019, L’OTAN À L’EXERCICE EN MER NOIRE

     

    C’est désormais une habitude pour les forces atlantistes : s’entraîner en Mer Noire. Durant une semaine, entre le 5 et 13 avril 2019, les forces aériennes et navales de l’OTAN se sont exercer dans cette mer intérieureSea Shield 2019 a regroupé des éléments de sept pays membres : Bulgarie, Canada, États-Unis, Grèce, Pays-Bas, Roumanie, et Turquie. Il est bon de signaler que les navires de l’organisation ont éveillé la curiosité des forces aéronavales russes.

     

    Le scénario de cette session 2019 de Sea Shield était axé sur deux thèmes différents : la lutte anti-sous-marine et la lutte anti-aérienne. Dans le premier cas les bâtiments de guerre des forces de l’OTAN devaient débusquer un sous-marin américain de classe Los Angeles (dont l’identité réelle n’a pas été révélée) croisant dans la région. Un avion de patrouille maritime Boeing P-8A Poseidonappartenant également à l’US Navy était engagé dans l’exercice [...]

     

    LA SUITE EN LIEN CI-DESSOUS :