• TRISTE !!!

    7 Novembre 2017

    Publié par El Diablo

    Par Jean-François LOUBIERE

     

    Durant le mois de septembre 2017, par le biais d’un ami, habitant Antsirabe, j’ai eu l’opportunité d’une rapide découverte du centre de Madagascar. Cette visite m’a permis de voir dans quel état d’abandon et de pauvreté se trouve tout un peuple notamment dans les zones rurales des hauts plateaux isolés et dans deux villes : la capitale et l’importante citée d’Antsirabe.

     

    MADAGASCAR EN QUELQUES CHIFFRES :

     

    Superficie : 594 180 km2 (la France 643 801 km²)


    Géologie : L’origine de l’ile est liée à la tectonique des plaques Cela explique ses importantes richesses minérales objet de tant de convoitises.


    Population : estimée à 24 millions d’habitants avec 61,5 % de la population à moins de 25 ans Accroissement de 3% l’an


    La Population rurale  représente environ 60% de celle ci mais diminue à cause de l'exode rural, généralisée à tous les pays pauvres (quoique certains ex-citadins reviennent à la campagne devant les conditions inhumaines de survie dans la capitale)


    Le taux d'électrification est de 14% des Malgaches avec 10% pour la campagne.
    Le niveau de vie: ARGENT : 1 euro = 3400 Ariary septembre 2017. Le plus gros billet est de 10 000 Ar soit 3 euros Ils viennent de sortir un billet de 20 000 Ar mais personne n'en veut car il est trop gros et c’est difficile de rendre la monnaie. Les gens refusent souvent de les prendre !

     

    LE LOGEMENT :

     

    - un loyer pour une petite chambre pauvre avec eau au puits et fatapera (petit fourneau pour cuisiner au charbon de bois) est autour de 10 000 ou 20 000 Ariary (3 ou 6 euros) par mois.


    - une petite maison simple avec eau au puits, selon l'endroit peut coûter 60 000 Ariary.


    - une maison pour Vazaha (Français) ou Malagasy aisé, en ville, se loue de 350 000 Ar à 1 million d'Ar par mois (de 100 à 300 euros) avec eau au robinet, jardin et électricité. QUELQUES SALAIRES ou REVENUS MOYENS : - il y a un smic officiel mais ça ne concerne que 10% des travailleurs qui sont dans un emploi déclaré : 157 000 Ariary, soit 47 euros par mois soit 1,80 euros par jour !


    - Un ouvrier d'usine textile reçoit un salaire de base mensuel de 157 000 Ariary soit 47 euros par mois soit le SMIC et avec les extras (travail de nuit ou samedis) un travailleur peut gagner un maximum de 500 ou 600 000 Ariary (soit maxi 170 euros), mais c'est rare, car il faudrait qu'il y ait une période de commande importante.


    - Un militaire (un adjudant de l'armée) gagne 1 million 100 000 Ar (soit 320 euros) mais il est là au sommet de ce que peut toucher un fonctionnaire moyen.


    - Un pousse pousse ou pilote de cyclo-pousse gagne 8 000 Ar /jour (deux euros) s'il travaille bien, car il doit payer la location du vélo à 1 euro /jour s'il n'en est pas propriétaire.


    - Un gardien d’immeuble gagne 160 000 Ar par mois (48 euros) si le smic est respecté, mais pour les heures c'est souvent 24h sur 24h


    En résumé on peut dire qu’à Madagascar seulement 1 emploi sur 10 est déclaré, donc 9 personnes sur 10 travaillent dans le secteur informel. Elles gagnent en trimant beaucoup y compris le dimanche seulement un euro (3400 Ariary) par jour.

     

    POUR MANGER :

     

    Pour boire un café dans une gargote, c'est autour de 300 Ar (10 centimes d'euro) Pour manger simple, une soupe par exemple cela varie de 1500 Ar jusqu'à 3 000 Ar, soit de 50 centimes à 1 euro. Un kilo de viande de porc au marché se vend 10 000 Ar (3 euros) et de zébu 8800 Ar (2,30 euros) le kilo

     

    LES TRANSPORTS :

     

    Pour aller de Tana à Antsirabe (165 km) il faut compter 12 000 Ar (3,50 euros) surtout en saison de famadihana (fête liée au culte des morts et des ancêtres) - de Tana à Tsiroanomandidy (219 km) c'est 10 000 Ar (3 euros) Pour aller de Antsirabe à Betafo, c'est 1200 Ar l'aller simple de 22 km (soit 35 centimes d'euro) Pour le train Fianarantsoa-Manakara ‘)à la cote C’est une journée de train avec beaucoup d'arrêts car le train dessert les villages enclavés pour le transport des bananes et autres) il faut compter 45 000 Ar (13 euros)

     

    LA SURVIE DES HABITANTS DES HAUTS PLATEAUX :

     

    Dans ces régions l’état n’existe plus en tant qu’institution. Il n’y a plus de pistes entretenues, plus d’écoles publiques et plus de centres de santé digne de ce nom. Les paysans s’organisent aux seins des communautés villageoises. Souvent par affinité familiale et religieuse les habitants se regroupent pour des travaux en commun. L’église catholique semble la mieux structurée pour informer et venir en aide aux populations par ses écoles et ses organisation caritatives. Les églises protestantes semblent plus sectaires et souvent plus associées à des pouvoirs en place. Encore qu’il faut faire une différence entre les évangélistes souvent liés à l’US AID et des Eglises Luthériennes dépendant de pays nord européens comme la Norvège. Ces pays ont des ONG efficaces qui travaillent depuis longtemps dans la formation agricole et le développement. Septembre est une période de soudure difficile pour les paysans. Ils vivent en autarcie sur les réserves du riz récolté en juin. Ce grain constitue 90% de la nourriture de base. Il est accommodé avec du maïs et différentes feuilles vertes comme des queues d’oignon ou manioc. Des pommes de terre et des patates douces seront récoltées au printemps (novembre et décembre) Les familles élèvent de la volaille, des porcs, une à deux vaches et des zébus pour les plus riches. Ces animaux sont revendus pour faire un peu d’argent et rarement pour nourrir la population. Les zones forestières sont systématiquement coupées pour faire du bois de chauffage de cuisson des aliments et du charbon de bois pour revendre à l’extérieur.


    Les Malgaches sont très travailleurs et courageux car tout se fait à la main. Le bois pour les charpentes est débité par des scieurs de long. Sur des milliers d’hectares de rizière je n’ai pas vu un seul tracteur. Que des paysans (homme et femmes) retournant leurs champs avec de profondes bêches. Les bœufs sont utilisés presque uniquement pour tirer des charrettes.

     

    LA DÉFORESTATION :

     

    Ainsi la déforestation et l'érosion des sols sont deux grandes causes de dégradation environnementale. Elle est partout présente. Les habitants coupent le bois pour cuisiner et se chauffer. La fabrication du charbon de bois est destinée à la revente et la production serait exportée en Chine. D’après certaines ONG, le pays aurait perdu 85% de sa couverture forestière originelle avec notamment la pratique de la culture sur brûlis qui appauvrit les sols. Nous avons pu assister à de vastes feux de forêt volontairement provoqués et qui ne semblaient émouvoir personne.

     

    L’INSÉCURITÉ :

     

    L’extrême pauvreté entraine des problèmes de sécurité et les rumeurs et la presse locale parlent de bandes armées regroupant parfois une centaine de personnes qui coupent les routes la nuit ou d’autres se spécialisent dans le vol de bétail. De vastes étendues du territoire sont qualifiées de zone rouge où il n’est pas recommandé de pénétrer. Les forces de l’ordre et certains politiciens locaux sont parfois directement accusés de complicité avec les malfaiteurs.

     

    LES FORMES DE RÉSISTANCE  ET LA DÉFENSE DES TERRES

     

    Sur l’ensemble du territoire malgache, une importante organisation de lutte s’est constituée autour du« collectif TANY » Sa mission consiste à appuyer les citoyens et paysans malgaches pour leur développement et dans la défense de leurs terres et ressources naturelles. En effet les terres rares sont un enjeu stratégique pour Madagascar, elles désignent généralement divers métaux comme le scandium, l'yttrium, et les quinze lanthanides, (Lanthane, Cérium, Praséodyme, Néodyme, Prométhium, Samarium, Europium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, et Lutécium). Ces matières minérales aux propriétés exceptionnelles sont utilisées dans la fabrication de produits de haute technologie. Avec le boom du numérique et des nouvelles technologies vertes, aujourd'hui, à l'échelle de l'économie mondiale, les terres rares sont considérées comme des enjeux stratégiques. Problème: l'extraction et le traitement des terres rares polluent et produisent des déchets toxiques.

     

    Le projet d'exploitation des terres rares par la société Tantalum Rare Earth Madagascar (TREM) à Ampasindava fait l'objet d'une contestation grandissante par plusieurs parties prenantes aux niveaux local, national et international en raison des impacts désastreux qu'il risque d’avoir sur des milliers d’hectares d’espaces naturels, notamment la pollution extrêmement toxique qui menace les moyens d'existence des populations affectées et riveraines ainsi que la biodiversité terrestre et marine exceptionnelle de la région.

     

    Diverses sources dévoilent tous les aspects de ce projet surdimensionné qui ne prend pas en compte des paramètres comme l’environnement et les populations locales Les autorités et responsables malgaches ont livré de vastes territoires aux grandes multinationales. Ils se voient à présent obligés de reculer devant la pression populaire. Nous avons pu lire un autre exemple dans la presse locale  avec la lutte exemplaire de villageois contre une société canadienne. Cette dernière tente de spolier le graphite sur des terres privées, résultat : des paysans sont chassés sans aucune indemnité par les autorités.

     

    « Depuis le mois de juin 2017, la population d’Ambatolampy-Vohitsara, dans la commune rurale d’Ambaninony Brickaville, vit dans la terreur. En effet, un projet d’exploitation de mine de graphite mené par la société canadienne DNI Metals Inc, actuellement en phase d’exploration pour un délai de six mois sème la panique générale au sein des habitants, essentiellement paysans. Pour le démarrage des travaux, ces derniers ont été obligés d’évacuer leur terre, soit par force, soit pour une compensation humiliante d’à peine 30 000 ariary l’hectare. Dans l’objectif de constater de visu les réalités, une équipe de journalistes a effectué une descente sur terrain, la semaine dernière. Une fois arrivés sur le site, les journalistes se sont mis au travail tandis qu’un groupe d’hommes en treillis et armés a débarqué à bord d’une 4×4 et envahi le terrain. Sans doute dans l’objectif d’intimider les chasseurs d’information. Intimidation qui est le lot quotidien de la population de cette bourgade enclavée, située à 32 kilomètre à l’Est de Brickaville sur la RN2, en fait un régime quotidien. » … « Nous opposant à l’accaparement de leur terrain, nous vivons sous plusieurs formes de menace. Des responsables malgaches au sein de DNI Metals, parmi lesquels une personne qui se dit conseiller du Premier ministre nous ordonnent de ne diffuser aucune information sur cette exploitation », rapporte un villageois. Les habitants affirment avoir vécu dans la localité depuis des générations, ne savent pas où aller. » (Midi Madagasikara 22 septembre 2017) Par cette contestation les habitants ont imposé aux diverses autorités une nouvelle consultation publique sur cette affaire et le projet a été remis en cause.

     

    UNE LUTTE URBAINE : LES TAXIS

     

    Fin septembre 2017 les taxis de la capitale se sont mis en grève et ont bloqué la capitale. Ils protestaient contre les nouveaux dispositifs d’une loi gouvernementale demandant un contrôle technique impossible à respecter vu la faiblesse de leurs moyens pour effectuer des réparations. Souvent certains chauffeurs demandent une avance aux clients pour acheter l’essence de la course !!…

     

    LES MALADIES ET LA PESTE ACTUELLE

     

    En période de déshérence politique avec un gouvernement totalement corrompu, les journalistes adorent en rajouter et les média en parlent même en Europe. Cependant le pourcentage de gens qui en meurent (car çà se soigne très bien pris à temps et les aides sont arrivées dans les hôpitaux) est toujours le même depuis des années. Il est actuellement de d’une soixantaine de personnes.

     

    C’est toujours par faute d’un diagnostic trop rapide du à infrastructure médicale absente ou à l’état de santé déjà très dégradé du patient. Par contre, la contamination accidentelle ailleurs que dans les quelques foyers pesteux se fait à cause des transports en taxi brousse, car des gens malades sont porteurs sains pendant 48h et ne savent pas qu'ils sont contagieux. Certains s'enfuient avec leur mort, effrayés par la crémation du cadavre qui heurte la tradition, (mettre au tombeau familial puis dans 3, 5 ou 7 ans lors d'une cérémonie de famadihana, le cadavre contaminé fera ressurgir la peste pour les quelques personnes qui auront été trop proches en remettant un lamba neuf sur les os). Certains médecins ou infirmiers se laissent faire ou touchent de l'argent pour laisser partir un cas contagieux.

     

    A présent, ils mettent des pesticides dans les taxis-brousse, les écoles, partout, mais on ne sait même pas ce qu'ils mettent comme produit, pour tuer les puces de rats. Mais en général, les rats gardent leurs puces avec eux et c'est plutôt lorsqu'un rat est mort que ses puces partent pour chercher un autre hôte. La solution pour éradiquer la peste, c'est évidemment de changer les dirigeants et les gouvernants, car les ordures s'accumulent à Tana et partout, faute de volonté de régler la question des déchets. Nous avons là un excellent exemple du non-fonctionnement des institutions élémentaires d’un Etat.

     

    La mairie est tenue par le clan Ravalomanana. Les gouvernants actuels de l'Etat sont des concurrents commerciaux et pour des enrichissements personnels rapides à leur profit, coupent les crédits à la Commune pour rendre responsable la Mairie de l'insalubrité et les autres crient que c'est la faute de l'Etat.

     

    Conclusion :

     

    L’objectif de la classe politique est d'être élue ou réélue en 2018 et que cela dure le plus longtemps possible. Toutes ces querelles politiciennes ne font que desservir les populations. Elles ne portent actuellement que sur des questions qui pourraient paraitre secondaires devant l’immensité des taches pour parvenir à un certain développement. Il s’agit de savoir s’il est nécessaire de réviser la constitution (un budget de 40 milliards d’ariary à trouver) et si cet argent existe en 2018 pour organiser ce référendum en plus de l’élection présidentielle. Tout cela parait dérisoire face aux enjeux car une nouvelle fois les aspirations populaires risquent d’être détournées pour la plus grande satisfaction des classes dirigeantes, liées à l’étranger, unies dans la prédation. A court terme, seules des organisations issues des différentes luttes (collectif Tany) peuvent faire infléchir les choix calamiteux des politiciens soutenus par les prédateurs mondiaux tant occidentaux que chinois (malheureusement) !

     

    JEAN FRANÇOIS LOUBIERE

     

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