• UN BON ARTICLE !!!

    Violence d'état et instrumentalisation de la violence pour discréditer le mouvement social

    Publié le 6 janvier 2019 par FSC

     

     
    Le moins que l'on puisse dire c'est que la répression du pouvoir aux effets dévastateurs et mutilants s'exerce sans discernement avec des moyens ( Flash-Ball, le LBD 40) de plus en plus mis en cause et dont l'usage est contesté et condamné par la Commission nationale de déontologie de la sécurité  qui recommande de ne pas utiliser cette arme lors de manifestations sur la voie publique, hors les cas très exceptionnels qu'il conviendrait de définir très strictement.
     
    Manifestement ces recommandations ne sont pas suivies d'effet et l'usage de ces armes se banalise.
     
    Parallèlement tout en feignant de déplorer les violences urbaines et en les dramatisant le pouvoir les utilise, les instrumentalise voire les provoque par ses propos ou les laisse se développer pour tenter de retourner l'opinion publique et isoler la contestation de sa politique.
     
    Car s'il y a bel et bien une radicalisation une réduction mensongère c'est celle par exemple d'un Benjamin Grivaux  qualifiant de la manière suivante la contestation sociale :

    "Le mouvement des "gilets jaunes", "pour ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d'agitateurs qui veulent l'insurrection et, au fond, renverser le gouvernement ".
     
    Moyen de ne rien dire et de ne pas répondre aux revendications précises qui ont émergé : pouvoir d'achat, justice fiscale, privilèges des multinationales, pouvoir souverain du peuple contre les institutions monarchiques ...
     
    Et nous aimerions avoir des précisions sur la présence d'un engin de chantier à proximité du ministère dudit Benjamin Grivaux, lieu sécurisé s'il en est et sans qu'aucune interpellation n'ai pu avoir lieu.
    Ou encore comment on peut faire démarrer un tel engin au pied levé ?
     
    Une telle opération permettant la diffusion massive de  fortes images relayées à profusion par BFM à l'instar de celles de l'Arc de triomphe , qui ont pour avantage et pour fonction de justifier et l'aggravation de la répression et la volonté du pouvoir de poursuivre ses contre-réformes ?
     
    Opérations de division, provocations, enfumage de la concertation, le pouvoir déploie tous les moyens de l'appareil d'état et du dispositif médiatique pour se tirer du mauvais pas dans lequel sa politique et sa réponse à la colère sociale l'ont mis.
     
    Du côté du mouvement social et du mouvement syndical il reste à développer les convergences et à contrer sur le terrain idéologique les tentatives d'un pouvoir fortement affaibli ! 
     
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    "MUTILÉ PAR LA POLICE, J'INVITE LES BLESSÉS À ATTAQUER L’ÉTAT EN JUSTICE


    Des mains déchiquetées par l'explosion de grenades. Des yeux arrachés par des balles en caoutchouc. Une dame tuée par un tir de lacrymogène. Des manifestants défigurés et des centaines de blessés. Ces images terrifiantes sont devenues courantes ces dernières semaines. Le gouvernement mène une guerre contre sa propre population. Le bilan qui s'alourdit de jour en jour, est d'autant plus effrayant qu'il résonne avec mon histoire personnelle. Ces mutilations rouvrent à chaque fois de vieilles séquelles.

    En novembre 2007, je perds l'usage de mon œil droit. Je suis touché par une balle en caoutchouc en plein visage, lors d'une manifestation à Nantes. A l'époque, la police expérimente le LBD 40. Le Lanceur de Balles de Défense, qui doit remplacer le Flash-Ball. Une nouvelle arme, extrêmement puissante et précise, dotée d'un viseur militaire, et tirant des munitions de 40mm. Il s'agit alors d'un véritable tournant dans le maintien de l'ordre : la police s'habitue à nouveau tirer sur la foule. A appuyer sur la détente en direction d'individus. Il ne s'agit plus de repousser, mais de marquer les corps et frapper les chairs. De terroriser.

    En novembre 2007, je suis lycéen, âgé de 16 ans. C'est sur des adolescents que l'Etat français expérimente cette nouvelle arme de répression. Depuis, le LBD 40 s'est généralisé. Il est partout. Dans les quartiers, aux abords des stades, contre les exilés, devant les lycées ou les universités en lutte, le long des cortèges. Les mutilations se sont multipliées, à Montreuil, Grenoble ou Toulouse. Il n'y a plus de grande ville en France qui ne compte pas une gueule cassée par les armes de la police.

    Pendant de longues années, la plainte que j'avais déposée s'égare dans les méandres judiciaires. En 2012, le policier qui avait volontairement visé mon œil avec son arme est jugé par le tribunal correctionnel de Nantes. Relaxé. Les juges le considèrent « responsable mais pas coupable » au prétexte qu’il a « obéi à un ordre ». Je décide alors de poursuivre la chaîne de commandement du tireur, c’est-à-dire l’État. Il s'agit d’attaquer l’institution en portant l’affaire devant la juridiction administrative.

    Quatre ans plus tard, le tribunal administratif de Nantes déclare l’État responsable de ma blessure, et condamne la préfecture. Pour la première fois, la justice reconnaît la dangerosité de cette arme, mais les juges se livrent à un calcul scabreux, en effectuant un « partage de responsabilité » : l’Etat ne serait responsable qu’à hauteur de 50% du préjudice subi, l’autre moitié m'est imputée du simple fait d’avoir été présent lors de la manifestation. Nouvel appel. En juillet 2018, au terme de 11 ans de procédure, la cour administrative d’appel de Nantes met un point final à mon affaire. Cette fois ci, l’État était lourdement condamné. Petite victoire. Le LBD 40 est reconnu comme une arme « exceptionnellement dangereuse ».

    Depuis ma blessure en 2007, nous recensons près de 70 personnes mutilées à vie par des balles en caoutchouc ou des grenades tirées par la police, et 4 décès. Une partie considérable de ces personnes a été atteinte en quelques semaines seulement, à l'occasion de la révolte des Gilets Jaunes.

    Alors que la police frappe de plus en plus sauvagement, et que le régime de Macron durcit et militarise sa répression, cette victoire contre l’État doit permettre d’enrayer l’impunité d’une police de plus en plus lourdement armée.

    La procédure au tribunal administratif n’est pas seulement un moyen d’obtenir une réparation matérielle pour un dommage en soi incommensurable : elle est une façon de faire payer l’Etat. S’il est improbable de faire condamner un policier responsable de violences, il paraît désormais possible de faire condamner sa hiérarchie. J’invite les personnes touchées par les violences policières qui le souhaitent à attaquer, comme je l'ai fait, l’État devant les tribunaux administratifs.

    Ensemble, désarmons la police. Nous pouvons mener cette lutte à la fois dans la rue, dans les médias, et devant les tribunaux.

    Pierre, gravement blessé par la police le 27 novembre 2007, à Nantes"