• Un excellent article DU PARISIEN =

    Économie|Daniel Rosenweg| 06 septembre 2018, 20h11 | MAJ : 06 septembre 2018, 20h44 |   55

    Depuis 2014, les prescriptions d’arrêts maladie augmentent de 4 % par an. (Illustration) LP/MAXIME FIESCHI
     
     

    Édouard Philippe a demandé une évaluation des causes de la hausse de 4 % des arrêts de travail. Objectif, réduire les dépenses de la Sécu et enrayer l’absentéisme qui a encore progressé en 2017.

    « Cette fois, ça suffit ! », s’agace Jacques Battistoni, le président de MG-France, premier syndicat de médecins généralistes. Et il l’a dit jeudi à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn qui le recevait. « Les médecins ne sont pas responsables de la hausse continue des arrêts maladie. Regardez plutôt ce qui se passe dans les entreprises, explique-t-il, les conditions de travail qui se dégradent, la pénibilité, et des salariés que l’on récupère avec des troubles musculo-squelettiques, des dépressions, des syndromes d’épuisement… ».

    Un coup de gueule qui intervient alors que ce mercredi soir, Édouard Philippe s’est saisi lui-même de ce dossier sensible en missionnant pour quatre mois Jean-Luc Bérard, directeur des ressources humaines du groupe industriel Safran, et Stéphane Seiller, magistrat à la Cour des comptes afin qu’ils dressent un « diagnostic » et proposent « un certain nombre d’évolutions » pour endiguer la hausse des prescriptions d’arrêts maladie - +4 % par an depuis 2014- qui ont coûté en 2017 10,3 Mds€. Un premier point devra être fait fin octobre, soit en plein débat sur le budget 2019 de la Sécu qui devrait prévoir 100 M€ d’économies sur ce volet.

    15% d’arrêts «inappropriés »

    C’est Agnès Buzyn qui, vendredi dernier, a allumé la mèche de la discorde en expliquant : « Quand nous contrôlons les arrêts de travail, 15 % sont inappropriés, sont des abus ». Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère des médecins, tous syndicats confondus.

     

     

     

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    « L’assurance maladie n’arrête pas de faire pression sur nous pour que nous réduisions nos prescriptions d’arrêts maladie », explique le Dr Alice Perrain, généraliste à La Croix-en-Touraine (Indre-et-Loire) convoquée le 18 septembre prochain par un conseiller de la Sécu pour justifier sa pratique. « Il faudra qu’il me dise comment je fais quand un salarié souffre de mal de dos aigu et que son employeur refuse de le reprendre à mi-temps, ou quand une secrétaire est obligée d’attendre neuf mois pour que son employeur adapte son bureau pour qu’elle ne souffre plus… ».

     

     

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    43 % des salariés refusent un arrêt

    Qui est responsable de cette supposée dérive ? Selon l’Irdes, un institut d’études et de recherches en santé, entre 2006 et 2015 la moitié de la hausse des dépenses de santé était liée à l’augmentation de la population et à son vieillissement. Quid du reste ? Le cabinet Rehalto, spécialiste de la prévention de l’absentéisme a mené l’enquête pour la 4e année consécutive auprès de 1 504 salariés et 350 entreprises. « Des abus, il y en a peut-être, explique son président, Christian Mainguy. Mais à côté, 43 % des salariés déclarent avoir renoncé à un arrêt de travail pourtant légitime, pour raison financière, pour ne pas déstabiliser son service… ». Toujours selon le panel, un quart des arrêts en 2017 avaient pour origine le travail.

    « Les entreprises n’ont pas grand-chose à voir dans cette évolution, c’est un phénomène de société, lié notamment au vieillissement des salariés, se défend Jean-Paul Charlez, président de l’Association nationale des DRH (ANDRH). Quel intérêt y auraient-elles alors qu’elles doivent gérer une absence, remplacer et payer la personne malade… ».

    17,2 jours d’arrêts en moyenne

    Reste que l’absentéisme continue de progresser en France. + 4,72 % en 2017 après + 4,59 % en 2016, dans les entreprises du secteur privé, selon l’Observatoire du cabinet conseil Ayming, publié hier. Evolution qui porte selon lui à 17,2 jours par an la durée moyenne des arrêts de travail (hors maternité).

    Face à cette évolution, le gouvernement semble déterminé à légiférer. Cet été, les Echos révélaient un projet visant à faire supporter aux entreprises la prise en charge de 4 jours d’arrêt-maladie (au-delà des 3 jours de délai de carence) pour les arrêts de moins de 8 jours. Face à la levée de boucliers des instances patronales, le gouvernement a fait machine arrière et assuré ne pas envisager une telle mesure. Et Édouard Philippe a précisé mercredi soir qu’il n’y aura pas de décision « brutales ». Ce dossier risque néanmoins de s’inviter lors des prochaines réformes.