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4 Novembre 2019

 

 

 

 

Récemment « l’inversion de la courbe de rendement des obligations », dans un ensemble de pays, a fait les gros titres de la presse économique, qui craint que cela ne soit présage de malheurs et de destructions. Beaucoup de travailleurs se grattent la tête en se demandant ce que tout cela peut bien signifier. Dix ans après la « grande récession » (crise de 2007-2008), on pourrait penser que nous vivons en récession permanente et que les choses ne peuvent pas aller plus mal. Si la situation n’est pas bonne dans de nombreux pays, en réalité elle pourrait être bien pire. Dans cet article, nous expliquerons pourquoi.

Que signifie l’inversion de la courbe des rendements et pourquoi est-ce important ?

 

 

Une obligation est un terme utilisé pour décrire le fait d’acheter une part de la dette de quelqu’un d’autre. Autrement dit, si vous achetez une obligation, vous prêtez de l’argent à quelqu’un (souvent un gouvernement ou une grande entreprise). Les obligations sont différentes des actions, qui donnent à son propriétaire une part des bénéfices d’une entreprise.

Une obligation peut être à court ou à long terme, selon la durée du prêt. En temps normal, plus l’argent est prêté pendant longtemps, plus il produit un rendement élevé. Si l’on prête de l’argent à quelqu’un pendant 12 mois, on pourrait vouloir demander 2 % de rendement ; mais si l’on prête pendant cinq ou 10 ans, alors on pourrait vouloir demander 4 ou 5 % de rendement. Il est normal de demander un taux plus élevé pour une période plus longue, parce qu’on prend un plus grand risque. Pendant la durée du prêt, la valeur de l’argent prêté pourrait avoir baissé en raison de l’inflation, ou la somme pourrait être entièrement perdue si l’entreprise faisait faillite ou si le gouvernement faisait défaut (refuse de payer). Le terme « rendement des obligations » signifie donc « taux d’intérêt ». L’inversion de la courbe des taux de rendement des obligations désigne donc un phénomène étrange et dangereux par lequel les taux d’intérêt des prêts à long terme tombent en dessous de ceux des prêts à court terme.

Pourquoi les dettes à long terme auraient-elles des taux d’intérêt plus bas que celles à court terme ? Parce que les risques à court terme sont beaucoup plus grands qu’à long terme (même en tenant compte des risques d’inflation et de faillite).

Imaginons un milliardaire qui doit décider quoi faire avec la montagne d’argent qu’il a siphonné des poches des travailleurs. Si l’économie semble aller bien, il investira son argent dans des actions afin d’obtenir une partie des profits réalisés par l’exploitation des travailleurs. C’est un investissement risqué, mais qui offre le plus haut rendement possible. Mais s’il s’attend à une récession, le milliardaire retirera son argent du marché boursier avant que tout le monde fasse la même chose et qu’il perde des millions en raison de la baisse de la valeur de ses actions. Maintenant, notre pauvre riche doit trouver une autre solution pour placer son argent. Il pourrait acheter des obligations à court terme, mais cela ne donnerait rien, parce que son débiteur le rembourserait en plein milieu de la crise. Sa seule option (autre que de laisser son argent dormir dans son coffre de banque ou acheter de l’or) est d’acheter des obligations à long terme. 

Le rendement des obligations à long terme baisse quand beaucoup de gens veulent en acheter. En effet, les obligations sont vendues par un processus d’enchères. Par exemple, un gouvernement peut dire : « Je souhaite emprunter un million de dollars à 1 % d’intérêt, qui est intéressé? » Si personne ne veut de cette dette, par exemple s’il s’agit de la dette grecque, alors ce gouvernement devra hausser le taux pour attirer des preneurs. Mais s’il s’agit du gouvernement allemand, et que beaucoup de gens veulent acheter sa dette à un taux de 1 %, alors peut-être sera-t-il capable d’offrir seulement 0,5 %, voire 0 %, et tout de même obtenir l’argent dont il a besoin.

 

 

 

 

 

 

De faibles taux de rendement à long terme constituent un symptôme du fait que les capitalistes n’ont aucune foi dans leur système. Inutile d’écouter les propagandistes au service des patrons, qui affirment que le libre marché est la façon la plus efficace d’attribuer les ressources ; il faut observer ce que font les nantis de leur précieux pactole. Ils tiennent trop à garder leur butin pour croire même une seconde à leur propre propagande. Ils veulent seulement rester tranquilles en attendant que leurs obligations à long terme arrivent à échéance, en espérant que la crise soit passée d’ici là. Ils n’ont que faire d’être productifs, et ils n’ont certainement rien à cirer des emplois des travailleurs. Tout ce qui leur importe, c’est leur argent

La situation est maintenant tellement hors de contrôle qu’il existe même des obligations

taux négatif. Cela signifie qu’il coûte de l’argent pour en prêter, et que le débiteur doit rembourser moins d’argent qu’il en a emprunté. La logique étant que, même si le créancier perdra de l’argent, il en perdra moins que s’il l’avait investi ailleurs. Cela peut sembler insensé, mais 16 000 milliards de dollars sont actuellement investis dans ces actifs qui ont 100 % de chance de perdre de l’argent. Une banque danoise offre même des prêts hypothécaires à taux d’intérêt négatif ; essentiellement, elle donne donc de l’argent au débiteur pour qu’il achète une maison. Le système capitaliste est sens dessus dessous.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, chaque fois que le rendement des obligations sur deux ans du gouvernement américain a dépassé celui des obligations sur 10 ans, une récession a frappé peu de temps après. Bien qu’il soit possible d’avoir des rendements négatifs sans qu’une récession s’ensuive, à peu près toutes les récessions sont précédées de ce genre de phénomène.

Confusion chez les bourgeois

Toutefois, si l’on cherche à comprendre pourquoi une récession survient, on trouve surtout beaucoup de confusion. Les politiciens libéraux blâment Donald Trump et les risques causés par la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine qu’il a déclenchée. Dans un même ordre d’idées, ils soulignent les risques posés par le « Brexit dur » souhaité par Boris Johnson, par lequel le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne sans accord, ce qui créerait davantage d’obstacles au libre-échange. Même les manifestations à Hong Kong ont rendu les marchés boursiers fébriles, en raison du potentiel de contagion du mouvement, en plus du fait que Hong Kong constitue un important centre financier.

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