L’arrêté supprimant les panneaux de signalisation des radars de contrôle de vitesse sur les routes a été publié aujourd’hui au Journal Officiel.
Il s’agit d’une très mauvaise décision, pour trois raisons.
1) Il faut revenir sur l’assouplissement du permis à point décidé en décembre par le gouvernement.
Le gouvernement porte en effet une lourde responsabilité dans l’augmentation du nombre de morts sur les routes depuis le début de l’année. Sur les quatre premier mois de 2011, il a augmenté de 12,8%. (Voir mon précédent billet sur ce blog).
Toutes les associations de lutte contre l’insécurité routière le disent à juste titre : en assouplissant le permis à point, le gouvernement a adressé un message de laxisme aux automobilistes dont nous payons les conséquences. Indépendamment des aspects techniques de cet assouplissement portant les délais de récupération des points à deux ans au lieu de trois ans, cela a été compris comme un signal de relâchement.
Malheureusement nos avertissements lorsque l’UMP a fait voté cette mesure n’ont pas été entendus.
J’avais d’ailleurs vigoureusement dénoncé à l’Assemblée nationale le 16 décembre dernier le « concert de propos laxistes » sur les bancs de la majorité et mis en garde le gouvernement : « Ce que vous êtes en train de faire, c’ est d’adresser un message qui sera perçu comme une façon de baisser la garde. (…) C’est un mauvais signal dans la lutte contre l’insécurité routière. »
Cette décision est d’autant plus regrettable que depuis plusieurs années, la politique de lutte contre l’insécurité routière faisait peu ou prou consensus dans notre pays. Cette politique a été efficace : le nombre de morts sur les routes a été divisé par 4. Il est passé de 16 000 morts par an dans les années 70 à 4000 morts par an en 2010. La pierre angulaire de cette politique était le permis à point en vigueur depuis 1992. Le gouvernement a pris le risque inconsidéré de briser ce consensus.
2) Il faut revenir sur les diminutions d’effectifs de policiers qui patrouillent sur les routes
Les effectifs de police spécifiquement dédiés à la sécurité routière ont diminué de 30%. En 2002, alors que la sécurité routière était déclarée grande cause nationale, 630 motocyclistes étaient employés à la lutte contre l’insécurité routière. Au 1er mars 2011, après application de la RGPP, des départs en retraites non remplacés, des mutations, ils ne sont plus que 424.
3) La suppression des panneaux d’avertissement est une mesure contre-productive, potentiellement dangereuse et accidentogène
Les panneaux de signalisation des radars ont une vertu pédagogique indéniable en invitant chacun à adapter son comportement sur la route. En voyant cet avertissement, l’automobiliste vérifiait sa vitesse, le cas échéant ralentissait. Au contraire, en l’absence de panneaux de signalisation, le risque existe que les automobilistes qui conduisent trop vite, au lieu de ralentir doucement, pilent net envoyant un radar ou un flash. Or ces coups de frein brusques peuvent être dangereux pour les autres véhicules. Cette mesure risque donc s’avérer accidentogène. Mais le but du gouvernement est-il vraiment de lutter contre l’insécurité routière ou bien vise-t-il en fait un autre objectif inavoué : faire rentrer encore plus d’amendes dans les caisses vides de l’Etat ?