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Présidentielle, affaire DSK et crise financière... Trois "bêtises" accompagnent ces actualités en polluant notre jugement:
la calculatrice, la communicante et la ricanante...
Commençons par la calculatrice. La présidentielle est une compétition de chiffres, un assaut de statistiques, une avalanche de sondages. Qui peut croire que la politique se ramène à seulement cela? La dignité, l'humiliation, le dédain, la solitude de l'exclusion ne sont pas quantifiables. Un projet politique doit, certes, intégrer des chiffres mais donner d'abord une vision, un dessein. Or, devenue hégémonique, la "raison calculatrice" n'est plus qu'une forme étriquée de la bêtise. Tout cela pour mesurer l'état de notre société aux résultats chiffrés de la police, pour évaluer le moral des français à l'intensité de leur envie d'acheter. Tout devra devenir rentable. Et le culte infantile des statistiques conduira nos décideurs loin de la vraie vie. Cette vraie vie faite de "ressentis" que l'arthmétique est bien incapable de prendre en compte.
Continuons avec la communicante, autre figure de la bêtise contemporaine. En humiliant la parole, elle affaiblit la démocratie représentative. Que dire de ces diététiciens convoqués sur les plateaux pour nous parler des régimes de certains candidats à l'élection présidentielle? Quant à la pathétique prestation de DSK au journal de 20h sur TF1, elle fut un moment désastreux, scénarisé au mot près par des communicants. Publicitaires surpayés, fils spirituels de papy Séguéla, jamais ils ne doutent de leur immense "talent". Pourtant c'est une stratégie grotesque qui les ont amenés à exiger que DSK brandisse le dossier du procureur en le citant de manière fautive. Ce qui n'est pas malin puisque tout était vérifiable en deux clics de souris. De même que ne fut pas plus intelligent le fait de recopier la contrition de Bill Clinton en 1998 pour la metre dans la bouche de DSK. C'était le pousser dans un champ de mines. Il s'y perdit...
Sans doute ces gens n'ont-ils pas compris que la vraie parole, celle qui touche, convainc, ne se fabrique pas. La profondeur d'une telle infirmité cérébrale donne le vertige...
Terminons par la troisième "bêtise", la ricanante. Elle subvertit l'air du temps depuis longtemps. Aux Etats-Unis on parle même d'une "culture de l'ironie". Les adeptes de cette sous-culture font penser à cette expression faussement attribuée à Lénine:
Ils sont devenus les "idiots utiles" de la domination...
Résumé de la chronique de Jean-Claude Guillebaud, Le Nouvel Observateur en date du 29 septembre, page 44