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Excellent !!!

Acte LXIX, les dégâts collatéraux du 49.3

  

La Comédie française joue gratuitement sur ses balcons 

La dictature macronienne s’enfonce tous les jours un peu plus. Les Playmobils ont laissé passer la loi sur les retraites en bradant le peu de démocratie qu’il reste :

– en refusant de discuter d’une loi qu’ils ne connaissent même pas, ils ont même rejeté une demande d’évaluation des effets de cette loi[1] ;

– et en renvoyant le contenu de cette loi à des ordonnances qui risquent de ne jamais voir le jour.

Macron et le lobbyiste Philippe tentent de passer en force afin de se consacrer à leur réélection. Menteurs compulsifs, ils avancent qu’il est urgent de faire cette loi, alors que non seulement elle ne s’appliquera qu’à partir de 2037, mais aussi que la commission sur le financement n’a même pas achevé ses travaux !

La première conséquence est que la majorité présidentielle s’effrite à l’Assemblée, 19 députés ont quitté LREM[2], un vingtième est mort, et on annonce pour prochainement le départ de 40 députés macroniens qui, ulcérés par des méthodes dictatoriales, veulent former un nouveau groupe à l’Assemblée[3]. Si ce projet va jusqu’à son terme, le gouvernement n’aura plus de majorité ! Bien sûr il y a loin de la coupe aux lèvres, on connait les capacités de contorsion et de reptation des députés macroniens. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va leur faire confiance. En attendant que ceux-ci se décident à rester ou à partir, la répression du mouvement social continue de plus belle. La canaille macronienne a réinventé le délit d’opinion, bien aidée il est vrai par l’appareil judiciaire qui n’en finit pas de ramper. Un jeune homme vient d’être condamné pour avoir oser comparer Macron à Saddam Hussein et Castaner-le-menteur à Oussama Ben Laden[4]. On peut juger que ces comparaisons sont outrancières, mais ça reste du ressort de l’opinion politique. Condamne-t-on Macron et Castaner qui disent qu’il n’y pas de violences policières ? Si chaque fois qu’un ministre mentait on le mettait en prison, il n’y en aurait plus un seul au gouvernement. Le 49.3, loin de clore les débats l’a relancé. Dès l’annonce de cette fantaisie les Français sont spontanément descendus dans la rue, et maintenant, au lieu de manifester seulement le samedi, ils manifestent tous les jours de la semaine. On ne distingue plus les manifestations des Gilets jaunes, des avocats, des artistes, de celles organisées par les syndicats. 

 

Au Havre la permanence de Philippe taguée 

Le contexte est très chaud puisque le 15 mars il y aura des élections municipales où le mot d’ordre dominant est en train de devenir, tout sauf les LREM. Philippe qui avait été élu avec 52% des voix au premier tour dans la malheureuse ville du Havre, se voit contraint selon les derniers sondages à un second tour. Son local de campagne où il ne vient jamais a été tagué, et il ne se déplace dans cette ville qu’avec une escorte de miliciens très conséquente. Ils mobilisent ainsi illégalement les moyens de l’Etat pour tenter de faire croire qu’il fait campagne. Mais quand il vient au Havre, il y a toujours des incidents, et aucun de ses rares meetings ne se passe tranquillement. Ça bastonne avec une rage renouvelée comme el 5 mars, où les miliciens ont balancé les grenades lacrymogènes. Mais il ne faudrait pas croire cependant que seule la réforme des retraites met les Français en colère. La gestion de la crise du coronavirus pose problème, entre déni et mensonge, on se rend compte que la destruction de l’hôpital public a atteint un tel degré que nous ne sommes pas préparés à cette pandémie. Pire encore, regardons ce que font des pays comparables au notre, les Etats-Unis pourtant moins touchés par le coronavirus ont débloqué 8,3 milliards de dollars pour se préparer. L’Italie, gros foyer d’infection en Europe, en est à 7,5 milliards d’euros[5]. Le nouveau ministre de la Santé, Véran-le-véreux, annonce royalement qu’il débloquera 260 millions d’euros, 260 millions pris sur le budget des hôpitaux[6] ! En attendant Macron est confiné à l’Elysée et on prépare son confinement au château de Vincennes[7]. C’est un sauve-qui-peut où se mêle la lâcheté et l’incompétence. L’OCDE vient de changer son fusil d’épaule et nous dit qu’il faut mettre fin à l’austérité, à la fois parce que la croissance est en train de sombrer, et parce qu’il faut dégager des moyens pour accroitre les possibilités de l’hôpital public – ce ne sont pas les cliniques privées qui en effet feront face à ce fléau[8].

 

Le havre le 5 mars 

Le gouvernement qui est la fourberie incarnée voit cependant dans cette épidémie une possibilité inédite d’interdire des manifestations pour cause de coronavirus ! Mais c’est à double tranchant, car si « tous n’en mouraient pas, tous étaient frappés ». Des policiers et des députés semblent avoir été contaminés, mais les agents de la RATP ont signalé leur volonté d’utilisé leur droit de retrait pour cause d’épidémie ! De quoi relancer la grève sans le dire. Mais je signale que l’Italie a déjà pris des mesures très fermes, fermant les écoles et les universités pour limiter la contagion. Comme quoi le gouvernement italien prend des mesures raisonnables que Macron et son gang ne sont pas à même d’imaginer, l’œil fixé sur le chiffre d’affaire des entreprises. Des pays ont également fermé leurs aéroports, la Russie a fermé ses frontières avec la Chine, mais nous qui sommes beaucoup plus malins, on ne risque pas de le faire, on attend que l’épidémie dépasse sans doute le seuil fatidique. Certes les autorités françaises ne sont pas les seules à mentir, on a vu l’ubuesque Trump nous dire que le coronavirus ce n’était pas grand-chose et que selon lui – qui a la science infuse, l’OMS se trompait[9]. A la manière des dictateurs à l’ancienne, ou des « scientifiques musulmans » il reconfigure aussi les savoirs ! 

 

Reims 1er mars 

En attendant le couple infernal Macron-Philippe plonge dans les sondages. Le président-fou repasse dans le dernier baromètre Elabe sous les 30%[10]. Ce serait la conséquence du 49.3 Certains pensent qu’il devrait être plus bas encore. Mais non, ce serait un exploit pour lui de descendre encore, tant le bloc bourgeois est soudé autour de sa personne grotesque, quels que soient les inconvénients. Ce bloc bourgeois aime la matraque pour le peuple et les baisses d’impôts pour lui-même. Ne sont-ce pas les descendants de ceux qui en 1936 défilaient en scandant « plutôt Hitler que le Front populaire », c’était le slogan du patronat qui se préparait « moralement » à collaborer. 

 

Le mont Saint-Michel 1er mars 

Les raisons de contester Macron dans la rue sont de plus en plus nombreuses et justifiées. L’épisode sur l’adoption de la loi pourrie sur les retraites a montré que la démocratie ne se mariait pas avec le fonctionnement du parlement. En effet, un sondage récent montre que près des deux tiers des Français sont non seulement contre l’usage du 49.3, mais souhaitent également le retrait pur et simple du texte[11]. L’opposition a été muselée au parlement, on n’a même pas fait semblant de discuter de quoi que ce soit. Si le parlement ne fonctionne plus, s’il se révèle incapable de fabriquer lui-même les lois, cela veut dire qu’il ne représente plus démocratiquement le peuple. Il ne se présente que comme son bourreau. Le 23 janvier on demandait à Macron ce qu’il pensait des accusations de dictature qu’on lui adressait, il répondit bêtement : « Une dictature, c'est un régime où une personne ou un clan décident des lois. », on ne saurait mieux dire[12] ! La rue et la grève, voire la violence, deviennent alors les seuls moyens de se faire entendre et de « dialoguer » avec le pouvoir. 

 

Nantes le 2 mars 

Le sujet est de créer un rapport de forces en faveur de l’immense majorité des Français qui rejettent la dictature macronienne. Donc on manifeste comme on peut, qu’on soit syndicaliste, avocat, Gilet jaune, tout cela n’a pas d’importance, on est d’abord unis dans la volonté de foutre Macron et son gang de pillards à la porte. 70% des Français – le chiffre est en forte hausse – sont convaincus que Macron ne sera pas réélu en 2022[13], malgré une balkanisation de l’opposition qui lui semblerait à priori favorable. Ce qui veut dire que les Français sont tellement exaspérés qu’ils sont près au « tout sauf Macron ». Cette tendance pourrait être renforcée si les 40 députés LREM formaient un groupe à part, et si les élections municipales étaient un vrai désastre pour le gang de Macron. C’est sans doute pour cela qu’on s’attend à une participation élevée au scrutin du 15 mars. 

 

Toulouse le 3 mars 

Comme on manifeste tous les jours en France maintenant, il ne sert pas à grand-chose de dire qu’il y avait moins de monde le 3 mars pour la manifestation nationale intersyndicale. C’est vrai il y avait moins de monde, mai sil y avait foule tout de même, malgré les peurs que suscitent le coronavirus. En vérité cette moindre affluence c’est aussi la contrepartie de l’émancipation des Français vis-à-vis des bureaucraties syndicales qui suivent de plus en plus péniblement leurs troupes. Après FO, la CGT a elle aussi quitté la conférence sur le financement des retraites. La raison la plus essentielle est que le gouvernement impose de discuter uniquement selon ses termes et interdit aux syndicats de parler de hausse de cotisation, ou de hausse des salaires[14]. L’argument est toujours le même, si on augmente le « coût du travail », on plombe l’économie, c’est évidemment stupide pour deux raisons :

– la première est qu’on peut augmenter les salaires car ceux-ci n’augmentent quasiment plus depuis 35 ans, alors que la productivité du travail a augmenté régulièrement depuis cette date ;

– personne ne sait quels seront les modalités de répartition entre salaires et profits dans 37 ans !   

 

Marseille le 3 mars 2020 

Le coronavirus va sans doute rendre les manifestants plus précautionneux, mais peut-être qu’il y aura moins de miliciens en face. Voilà un syndicat de « policiers » qui menace d’exercer leur droit de retrait – entendez qu’ils n’iront plus gazer et matraquer les manifestants – c’est sans doute plus une manière de négocier (un peu comme Erdogan), genre « retenez moi où je fais un malheur, qu’une réelle volonté d’embarrasser le gouvernement. Mais il est probable que cela soit aussi le reflet de la peur de la contamination, ajoutée à la lassitude de matraquer systématiquement depuis un an et demis les opposants[15]. Tout cela n’a pas empêché les miliciens de cogner comme des sourds à Lille sur le cortège syndical plutôt plan-plan. Ou de balancer des gaz lacrymogènes en quantité industrielle au Havre pour protéger le méchant barbu. 

 

Paris le 3 mars 2020 

Ce bouillonnement incessant est inédit dans l’histoire de la France. Il est clair que si la colère est toujours là, les Gilets jaunes, comme les autres ont du mal à trouver de nouvelles formes de contestation qui gênent le gouvernement. A ce climat hostile, le gang de l’Elysée oppose l’inertie. C’est là une grave erreur, non seulement cette inertie mise sur le pourrissement comme sortie de crise, mais en outre il apparait aux yeux de tous comme l’inverse de ce qu’il voudrait donner à voir. Macron a fait sa campagne présidentielle sur l’idée de mouvement. On ne sait pas où on va mais on avance ! Or voilà maintenant qu’il reste totalement statique attendant juste que le peuple se décourage de lui cracher dessus faute de résultat. Barricadé dans son bunker de l’Elysée, confiné dans ses salons dorés, il ne bouge plus, et d’ailleurs chaque fois qu’il bouge, qu’il prend la parole ou autre, ça lui retombe sur le coin de la figure. Politiquement il est mort, adoptant cette position du vieillard cacochyme et tremblotant. Nous sommes dans une guerre de tranchées : celui qui bouge s’expose. Et selon moi cette situation durera jusqu’à ce que Macron s’en aille.   

 

Vannes le 4 mars sous les fenêtres du préfet 

Il est en effet difficile de faire preuve d’imagination. Pour aller plus loin, il apparaît que seul le blocage de l’économie, blocage des ronds-points, des péages autoroutiers, des raffineries, est capable de peser vraiment. Mais pour cela nous avons deux obstacles : d’abord la difficulté de mobiliser les salariés du privé, faire grève est ruineux, et les nouvelles lois du droit du travail ont fragilisé le droit de grève, ensuite la bureaucratie syndicale – je ne parle pas du syndicat jaune CFDT, mais des plus offensifs, CGT, FO, SUD – qui se révèle très frileuse, mais aussi incompétente pour organiser des actions coordonnées. Malgré toutes ces difficultés et la sauvagerie de la milice, on arrive quand même à manifester tous les jours de la semaine, et dans toute la France, ce qui met en lumière l’amateurisme du gouvernement, Philippe en tête, qui ne croit qu’en la force de la matraque. 

 

Le 5 mars à Paris les universitaires et les chercheurs défilent 

De nouvelles catégories de population se sont manifestées, les chercheurs et les universitaires, il était temps, tandis que les étudiants font preuve d’une mollesse sans limite, l’UNEF étant maintenant plus occupée à célébrer les luttes intersectionnelles et racialistes qu’à se mêler sérieusement de gêner le gouvernement. C’est maintenant une coquille vide qui fait fuir les étudiants même les plus conciliants. Ce n’est pas du côté des universités à l’abandon et clochardisées cependant que la lumière viendra. En même temps les Gilets jaunes continuent à perturber les campagnes des candidats LREM ou affiliés pour les municipales. En intervenant directement dans les meetings, ou encore en taguant les permanences, pour bien mettre en lumière la détestation universelle dont ils sont la cible. Contrairement à ce qu’on pense ces actions d’harcèlement dans toute la France ont une efficacité certaine, et probablement elles accélèrent la décomposition du parti croupion du président-fou. Le personnel politique n’étant pas très courageux, il craint les hurlements des foules et ressent comme une offense cette contestation. Les journalistes commencent d’ailleurs à s’inquiéter du délitement de la majorité macronienne qui se réduit comme peau de chagrin et qui risque après les municipales à devenir une minorité. Déjà minoritaire dans l’opinion publique depuis près de trois ans, si LREM devenait minoritaire à l’Assemblée nationale, ce serait vraiment la fin du président-fou[16]

 

Lyon le 5 mars 2020 

A Toulouse, haut lieu de la contestation Gilets jaunes, on s’était réuni pour faire le point sur ce qu’on peut faire justement pour aller un peu plus loin ou se renouveler. C’est ce qu’on appelle l’Assemblée des Assemblées, au fond, c’est la vraie assemblée, l’Assemblée nationale n’étant qu’un rassemblement de Playmobils. Si on a reconnu les nécessités de faire de la « stratégie », on a un peu mieux affirmé peut-être la nécessité de sortir du capitalisme. Certes, mais comment trouver la sortie ? Ils ont débattu d’un sujet qui prend une importance mondiale : les services publics. En effet à l’ère du coronavirus, on se rend compte que la dégradation volontaire de l’hôpital public fait que la France est très mal préparée à une épidémie qui probablement va s’étendre et durer. Mais cette situation renforce les idées de Sanders qui voudrait bien ce les Etats-Unis développent une santé gratuite pour tous. Si le coronavirus s’étend aux Etats-Unis comme c’est probable, ce sont des millions de personnes sans couverture qui ne pourront être prises en charge, et donc elles seront contraintes de se laisser mourir dans la nature, sans soin. C’est sinistre pour les patients, mais c’est aussi dangereux pour le reste de la population. Ailleurs, en Angleterre, on renationalise des services publics comme des lignes ferroviaires par exemple dans un souci de soulager les infrastructures. Que ce soit la santé, l’environnement, ou encore les transports, on voit que l’ère est revenue à la défense du service public. Dans un article de La Tribune, on pointait les inégalités de revenus du point de vue des territoires en Europe, et il venait à l’idée que seule une intervention massive des transferts et des investissements en services publics pourrait combattre cette tendance[17]

 

Lille, les flics ont cogné le 5 mars 

Mais les Gilets jaunes contrairement à ce que croit les malheureux lecteurs du Monde et du Figaro réunis, ne sont pas des fainéants, ils manifestent dans la semaine, mais aussi le samedi la presse tente de faire croire qu’ils n’existent plus. Mais ces faux, ils sont là aussi le samedi pour leur propre compte et pour l’honneur de ce pays. Ils étaient donc là à manifester encore, à Paris, à Lyon, à Epinal ou ailleurs. Evidemment si les Gilets jaunes n’existaient plus les préfets n’auraient pas besoin de prendre des arrêtés d’interdiction de manifester sur la place Bellecour par exemple. Dès le début du rassemblement, les miliciens ont balancé les gaz lacrymogènes d’abondance, mais sous la pression de leur ennemi préféré, ils ont été obligés de reculer, courageux mais guère téméraires, ils se sont rapidement repliés. Le pouvoir se mettant hors la loi puisque le droit de manifester est un droit constitutionnel.  

 

Gilets jaunes de Pont de l’Etoile, le 5 mars 2020, s’invitent à la réunion d’Éric Bouhié 

Il est tout de même remarquable que coronavirus ou non, les Gilets jaunes soient toujours là pour un 69ème acte. Vous me direz que Macron est encore là, barricadé dans ses salons dorés de l’Elysée ou enfermé au Château de Vincennes pour échapper au coronavirus et aux Gilets jaunes, mais s’il échappe à l’un, il n’échappera pas à l’autre. 

 

 Toulouse, le 7 mars, l’Assemblée des Assemblées 

 

Paris le 7mars 

 

A Lyon le 7 mars, les miliciens durent reculer



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