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Trump vers la sortie ( pour voir les photos contenues dans cet article , veuillez cliquer sur Accueil )

  

A Tulsa, il fallut démonter une scène où Trump devait discourir, faute de public, et à l’intérieur, la salle était à moitié vide 

Le meeting de Tulsa a été vu aux Etats-Unis en même temps qu’un fiasco, comme une nouvelle provocation trumpiste. En effet c’est à Tulsa en juin 1921 qu’avait eu lieu une émeute raciale qui avait entraîné entre 100 et 300 meurtres de noirs. Dans le contexte post-George Floyd, ce genre de plaisanterie est très mal vu aux Etats-Unis où les populations semblent en avoir plus qu’assez de se traîner ce vieux problème de discrimination raciale, d’autant plus que les noirs qui se trouvent sur le sol américain sont les descendants de ceux qui ont été amenés de force. L’inconscient parle, et Trump a beau invoqué le fait que les démocrates étaient dans un temps lointain esclavagistes, contrairement à Lincoln, membre du parti Républicain, il n’arrive pas à convaincre de son antiracisme personnel. Depuis Reagan, dénoncer les Noirs comme fainéants et malfaisants, vivants de l’assistance, est un passe-temps des candidats Républicains. Joe Biden au contraire apparait comme le porte-voix de la communauté noire, et dans le contexte post-George Floyd, il est très probable que celle-ci se mobilisera bien plus qu’elle ne l’a fait pour la Clinton.  

 

Massacre à Tulsa en juin 1921 

Mais les provocations de Trump sont habituelles sur à peu près tous les sujets. Il s’est moqué de l’âge de Biden – 77 ans – alors que lui-même va en avoir 74. La nouveauté était que ce meeting a été très peu suivi, et Trump qui se targue de remplir les grandes de salles de ses meetings, n’a pas réussi à remplir la moitié de la grande salle que son équipe avait louée. De même il a dû annuler son allocution qu’il devait tenir en plein air, devant la salle de réunion, tout simplement parce qu’il n’y avait personne pour l’écouter ! certains ont évoqué la peur du COVID-19 pour expliquer ce fiasco. Mais en réalité cette désaffection est confirmée par une hausse très nette du désaveu des Américains envers le président peroxydé. Nous voyons sur le graphique suivant qui représente une moyenne de tous les sondages qui existent sur l’approbation ou non de la politique trumpiste, que non seulement Trump a toujours été impopulaire aux Etats-Unis, mais que cet écart est en train de grandir nettement depuis un mois. Généralement on avance que cela serait dû à sa très mauvaise gestion de la crise sanitaire, mais aussi de la crise raciale consécutive à la mort de George Floyd. Ce n’est pas faux, mais je crois aussi que cet écart signifie que les Américains à l’approche des élections commencent à en avoir marre de ses pitreries. La chute a été accélérée aussi par une partie des caciques du parti Républicain qui, comme George Bush ou Mitt Romney, refusent de le soutenir et le critiquent publiquement. Des figures emblématiques comme Clint Eastwood, pourtant très à droite, ont annoncé qu’elles ne soutiendraient plus Trump. C’est une énorme différence d’avec 2016. A cette époque on ne savait pas trop quel était le degré d’incompétence de Trump, beaucoup pensaient qu’il écouterait un peu ses conseillers et ne se vautrerait pas autant dans l’imprévisible. De nombreux ouvrages sont venus confirmer l’incompétence de Trump. Mais il y a eu plusieurs livres écrits sur les relations entre Trump et la mafia dont on peut trouver une sorte de résumé dans le livre de Fabrizio Calvi[1]. Le livre le plus ravageur est sans doute celui de Bolton qui décrit Trump qu’il a servi pendant de longs mois comme un velléitaire qui en matière de politique étrangère non seulement cède sur à peu près tout et n’obtient rien, mais qui en plus est corrompu, vendu à la Chine ou aux Russes[2]. Ce livre a d’autant plus de succès que Trump a essayé de le faire interdire. Ces ouvrages ne s’adressent pas au petit peuple qui vote Trump, mais à la classe moyenne dont une partie est considérée comme non partisane. Or c’est sur ce segment de la population que Trump perd le plus de terrain. 

 

Moyenne des sondages jusqu’au 20 juin 2020 

La conséquence de toutes ces mauvaises nouvelles pour Trump est qu’il est maintenant largement devancé par Biden dans tous les sondages pour novembre prochain. La moyenne des sondages donne Biden en tête au niveau national de plus de 8 points de pourcentage, soit bien plus qu’à la même époque pour Clinton quand elle devançait Trump au niveau national. Je voudrais souligner ici qu’on entend souvent dire que les sondages se sont trompés, et qu’ils n’ont pas vu venir la victoire de Trump. Je ferais trois remarques à ce propos. D’abord pour dire que les sondages ne se sont pas trompés au niveau national, Clinton a devancé Trump de près de 3 millions de voix, ce qui n’est pas rien. Le second point est que beaucoup d’analystes américains avaient effectivement souligné le danger d’un vote par Etat et donc de la fameuse science du découpage des circonscriptions par les Républicains. Le troisième point est qu’un miracle ne se reproduit pas deux fois. En novembre 2020 les Américains ne voteront pas pour un inconnu, mais pour ou contre un président qu’ils connaissent trop bien. Beaucoup d’analystes américains pensent maintenant que cette comparaison n’est qu’un slogan de campagne du type, les instituts de sondage prédisent la défaite de Trump parce qu’ils sont aux mains des Démocrates. Mais il y a de nombreux instituts qui sont très proches des Républicains qui vont dans le même sens. Du reste de nombreux sénateurs et députés Républicains font le dos rond, craignant pour leur siège, et tentent de ne pas trop s’afficher comme soutiens de Trump. On parle d’érosion continue maintenant du bloc trumpiste[3]

 

Moyenne des sondages pour novembre prochain, dernier chiffre au 18 juin 2020 

Le 20 juin, Trump était à Tulsa, soit dans l’Oklahoma. Cet Etat avait donné sa plus grande victoire à Trump qui devançait la Clinton de 36 points de pourcentage. C’est son fief, l’Etat où il a fait le mieux. Or aujourd’hui les sondages donnent toujours Trump gagnant, mais avec seulement 19 points d’avance[4]. Trump est un président clivant comme on dit. Cela peut plaire à sa base électorale qui le confond avec un président anti-système, alors qu’il est « le » système, mais cela ne suffit pas pour remporter une élection. Non seulement il faut déborder de son électorat traditionnel, mais il faut aussi que la personnalité du candidat présente un minimum de sympathie. En 2016, Clinton n’apparaissait pas comme sympathique, Trump non plus d’ailleurs. Mais ce dernier était moins connu. Or maintenant Trump est trop connu et lui et sa famille appariassent comme des antipathiques de compétition. Passons sur la coiffure de Trump. Ses deux fils non seulement se tiennent dans des positions répugnantes de chasseurs capricieux et très riches pour détruire les derniers reliquats de la vie sauvage sur cette planète. Mais le capricieux Donal Trump a signé un décret en faveur de la chasse grizzly donc aucun dit qu’il ne l’a fait que pour complaire à son fils[5]. Là encore l’amateurisme de Trump qui est presque aussi impopulaire que Macron chez nous[6], saute aux yeux, s’afficher comme un soutien inconditionnel des riches prédateurs est à contretemps de l’opinion et de l’époque. 

 

Les chiens ne font pas des chats, les deux fils Trump sont aussi idiots et répugnants que leur père 

Si Trump n’est pas encore définitivement battu, beaucoup de choses peuvent encore arriver, il est sur la bonne voie. Tout comme chez nous avec Macron, l’air est devenu irrespirable avec lui. Beaucoup pensent que Biden ce n’est pas terrible, c’est un démocrate magouilleur. Mais ce n’est peut-être pas ça le plus important. En effet derrière l’élection de Biden il y a le rejet de tout ce que représente Trump, l’arrogance du milliardaire ignare et content de lui. Menteur et truqueur, capricieux et velléitaire, il s’est mis à dos tout le monde, sauf ceux qui croient que ce milliardaire qui ne doit sa fortune et ses femmes qu’à un héritage, est un représentant de l’antisystème, un populiste. Par nature, ce ne peut être le cas. Ensuite il y a le fait que le parti Démocrate fait lentement sa mue, allant de plus en plus vers la gauche. C’est l’effet de son rajeunissement. Et donc Biden non seulement devra tenir compte de cette poussée, mais aussi du résultat du Congrès et du Sénat. Si je replace ces élections dans une tendance longue, c’est bien l’arrivée de Trump à la présidence qui a été une hérésie complète. Non seulement c’est confirmé par le fait que Trump n’a jamais eu l’adhésion de plus de 50% de la population, mais aussi par le succès relatif de Sanders qui a rendu populaire l’idée de socialisme chez les plus jeunes. Sur le long terme les Etats-Unis sont en train de changer, la preuve se trouve dans l’émotion suscitée par mort de George Floyd, même si cela a entraîné des réactions stupides hystériques.



[1] Un parrain à la maison blanche, Albin Michel, 2020

[2] John Bolton, The room where it happened, Simon & Schuster, 2020.

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