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Excellent !!!

Brève note sur Macron, Beyrouth et le Liban

 

Le Liban vient d’être ravagé par une double explosion d’une violence inouïe. Beyrouth qui pourtant en a vu d’autres, vit un véritable cauchemar. On ne sait pas ce qui a déclenché cette explosion, et à mon avis on n’est pas près de le savoir. En effet le Liban est un pays très divisé qui est plongé dans la guerre civile depuis près de cinquante ans. Ce pays qu’auparavant on appelait la Suisse du Moyen-Orient, est maintenant occupé pour partie par des Iraniens, pour une autre partie par les voisins syriens. Et comme sur son sol le Hezbollah fomente en permanence des attentats contre Israël, la double explosion peut avoir aussi été provoquée par une intervention préventive pour détruire un stock d’armes. Toutes les hypothèses sont ouvertes. Il va de soi que ce drame est terrible pour les populations. Les destructions sont évaluées à 3 milliards d’euros, pour l’instant le bilan fait état de 137 morts et de 5000 blessés[1]. Il devrait s’alourdir dans les heures qui viennent. 

 

Macron a vu l’opportunité de se faire de la publicité en allant sur place non seulement pour constater les dégâts et affirmé la solidarité de la France avec le Liban, mais surtout pour se poser en donneur de leçons et en protecteur d’un pays pourtant souverain. Il a engagé les Libanais à faire le ménage chez eux, car a-t-il dit ce pays doit faire des réformes et le gouvernement doit retrouver l’appui de la population. Cette posture appelle plusieurs remarques. La première est que sciemment Macron fait semblant d’oublier qu’il est plus qu’impopulaire en France, et que depuis qu’il a été élu ses réformes pourries ne sont pas acceptées et que cela a semé le chaos dans le pays. Pour cela il peut difficilement se poser en exemple de ce qu’il faudrait faire.

La seconde remarque est plus grave. Macron fait comme si le problème du Liban était d’appliquer les recettes ultra-libérales à ce pays : baisse des dépenses publiques, libéralisation des marchés, et ouvertures des frontières. Ces recettes qu’on appelait autrefois le consensus de Washington, non seulement ont fait la preuve de leur inefficacité, mais en outre elles font l’impasse sur les situations locales diversifiées auxquelles on prétend les appliquer. Ci-dessus j’ai dit qu’il y a une cinquantaine d’années le Liban était considéré comme un pays calme et prospère. Et puis ce malheureux pays a été investi par les Palestiniens d’Arafat qui pensaient pouvoir y faire un coup d’Etat et s’en servir comme base pour attaquer Israël. Ce fut le début d’une longue guerre civile. Les Palestiniens furent vaincus et chassés du Liban, Arafat se réfugiant à Tunis. Mais une conséquence de cette guerre est que l’Iran s’était installé durablement au Liban et qu’une partie de ce pays tombait sous la domination de la Syrie qui a toujours rêvé de le reconstruire la Grande Syrie. L’islamisation de la société a fait le reste. Alors que le pays dans le temps était dirigé par des Chrétiens, que les Druzes étaient une communauté importante, il y avait un certain équilibre. Cet équilibre n’existe plus parce que les Musulmans ont gagné la guerre des ventres et que la démographie évolue en leur faveur.

En 2017, Macron qui ne sait rien sur rien et encore moins du Liban, avait avancé que ce pays était un exemple de communautarisme réussi[2]. Cette idée foutraque est du même tonneau que la Guyane est une île, ou Villeurbanne se trouve dans al banlieue de Lille. Elle montre qu’à l’ENA on n’apprend qu’une seule chose, à se tromper sur tout et régulièrement. Mais Macron suppose que le communautarisme n’est pas en jeu, et que celui-ci pourrait très bien supporter des réformes libérales ordinaires pour retrouver le chemin de la prospérité. Le communautarisme est son seul horizon politique car c’est la seule forme qui va avec l’idéologie du marché, et donc il ne peut admettre que celui-ci engendre aussi le chaos. Il sous-estime sciemment ou non les conséquences de la guerre civile sur l’évolution économique. Pour dire les choses plus simplement, tant que le Liban ne réglera pas ses problèmes de coexistence entre communautés, rien ne servira à rien. 

 

Mais à quoi sert Macron dans cette cacophonie ? C’est bien beau de faire des photos au milieu des ruines pour montrer sa compassion et son volontarisme – lui qui en a si peu, mais concrètement, à part donner de l’argent au Libanais pour les aider à reconstruire Beyrouth, Macron ne peut rien faire : comme on l’a dit et répété, le Liban n’est plus et depuis longtemps un protectorat français. Il prétend revenir en septembre pour surveiller étroitement la mise en route des réformes, justement celles qui sont voulues et exigées par l’Union européenne[3]. Je n’irais pas jusqu’à qualifier le locataire de l’Elysée de petit télégraphiste de Berlin, mais disons qu’il se présente de lui-même comme le factotum de la Commission européenne. Bien avant cette destruction de Beyrouth le Liban était plongé dans la tourmente politique, avec des manifestations populaires contre les réformes libérales que le gouvernement adoubé par la Commission européenne voulait imposer. Macron fait semblant de ne pas le comprendre, mais le chaos qui régnait au Liban depuis au moins l’automne 2019 était bien la conséquence des réformes économiques que le pouvoir tentait d’imposer. Ces manifestations massives ont engendré des violences importantes et la chute de la livre libanaise, et donc par suite une aggravation de la situation économique, le Liban manque de tout, y compris de nourriture ! 

 

Manifestation de rue au Liban à l’automne 2019 

Il est très probable que ce coup de communication de Macron sera très chèrement payé dans le futur et que cela accroitra sa déconsidération à l’échelle internationale car Macron n’est pas et ne peut pas être en 2020 le proconsul du Liban quand il n’arrive même pas à gérer les affaires courantes de la France où sa conduite des affaires a mené la ruine. Dès le 6 aout au soir, les manifestations ont repris à Beyrouth contre le parlement libanais. Une manière comme une autre pour saluer l’inconséquence macronienne. Il ne semble plus que la situation politique soit aujourd’hui sous contrôle de quelque parti de ce soit. 

 

Manifestation à Beyrouth contre le parlement le 6 août 2020



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