Mediapart. 29.03.2012.
Autre levier pour Nicolas Sarkozy : les médias. Toute la semaine, il a soigneusement évité toute question sur les affaires Bettencourt, Karachi ou Kadhafi. Quasiment aucun journaliste ne s'est d'ailleurs risqué à des questions sur ces sujets. Ou bien le candidat UMP les a esquivées, comme dans le Gard où il a posé sa main sur notre caméra après une question sur le financement de son appartement sur l'île de la Jatte.
Quelques minutes plus tôt, il a préféré distiller ses confidences à une poignée de journalistes triés sur le volet. Une partie – dont nous ne sommes pas – est d'abord autorisée à assister à la rencontre de buralistes dans le bar-tabac L’Avenir. L’échange dure environ 45 minutes (rapporté ici et là). Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, le ministre de l’agriculture, sortent. Suivent des journalistes. Mais pas Nicolas Sarkozy. Une de ses chargées de communication sort à son tour et cherche des yeux des journalistes. Elle en rappelle certains pour un «off» en petit comité (raconté dans Le Parisien).
Un confrère d’une radio nationale populaire s’énerve : il a manqué l’appel et se plaint de ne pas en être, lui qui suit Nicolas Sarkozy sans relâche et sans avoir beaucoup l’occasion de lui parler. Il finira par pouvoir entrer dans le bar-tabac. Pas la journaliste de Mediapart. Dehors, les photographes qui attendent la sortie du président-candidat pour avoir la bonne photo restent impassibles. A l'intérieur, assis au fond du bar, Nicolas Sarkozy leur explique que «quelque chose a changé». «Les mouvements de fond, on les sent venir bien avant les sondages», dit-il. Après ce «off», tout le monde sort, nouveau bain de foule du président-candidat jusqu’à sa voiture.
Le candidat UMP peut aussi compter sur certains médias pour s'adresser à son électorat. Le 10 février, il amorçait sa candidature dans un long entretien au Figaro Magazine où il exposait «(ses) valeurs pour la France». Une vente «historique» (de ce numéro), se félicite aujourd'hui le président-candidat.
Cette semaine, il déroule dans Paris Match ses arguments et ses phrases fétiches, telles que «On ne gagne pas à droite, on ne gagne pas à gauche, on gagne au peuple» ; «Je serai un président différent», promet-il. L'hebdomadaire revient longuement sur les tueries de Toulouse et Montauban et tend cette fabuleuse perche : «Avez-vous eu l’impression de revivre l’épisode dramatique de “Human Bomb” (la prise d’otages de la maternelle de Neuilly en mai 1993) ?»
Le Figaro se charge de remonter le moral des électeurs de droite, comme l'a démontré Arrêt sur Image, articles et une à l'appui. Exemple avec l'édition du 28 mars :
Reste un dernier ressort, le Web. Le 28 mars, l'équipe du candidat a présenté un miniprogramme baptisé «Les Experts», diffusé sur son site lafranceforte.fr. Le concept : chaque jour jusqu'à la fin de la campagne, un élu de la majorité aborde un thème de campagne et communique autour des propositions de Nicolas Sarkozy. Du bruit pour concurrencer la web radio de François Hollande, mais aussi pour faire patienter en attendant la présentation du projet global et chiffré du candidat, «la semaine prochaine». Le document est quasiment bouclé, selon Le Figaro. «C'est au candidat de voir quand et sous quelle forme il veut publier ce document», confiait jeudi l'une de ses plumes.