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08 janvier 2013

Mélenchon, Cahuzac: deux gauches dos à dos

Sur MEDIAPART

 

 

Mots décroisés, entre deux gauches qui n’en finissent plus de s’éloigner. Ce lundi soir sur France 2, a eu lieu le premier « débat gauche-gauche » depuis l'élection présidentielle, entre l’ancien candidat du Front de gauche et le ministre socialiste du budget. Un débat âpre, où les controverses rhétoriques comme les querelles de chiffres furent nombreuses. Et au contraire du poème d'Aragon, « La Rose et le Réséda », où « celui qui croyait au ciel » et « celui qui n'y croyait pas » étaient alors fous de songer à ses querelles, « au cœur du commun combat », il en va différemment entre celui qui croyait à la lutte des classes et celui qui n'y croyait pas.

Jean-Luc Mélenchon et Jérôme Cahuzac, sur le plateau de Mots croisés, le 7 janvier 2013Jean-Luc Mélenchon et Jérôme Cahuzac, sur le plateau de Mots croisés, le 7 janvier 2013© capture d'écran France 2


Pour revoir le débat sur le site de France 2, cliquez ici

 

À l'entame du débat, Mélenchon s'est félicité de pouvoir enfin débattre avec un socialiste (« Vous êtes le premier depuis août 2010 »), et a réfuté l'emploi du terme « fausse gauche » pour définir son adversaire. Mais il lui a dans la foulée reproché d'appartenir à « la vieille gauche, qui en est restée à Helmut Schmidt », en référence au chancelier social-démocrate allemand des années 1970. Cahuzac s'est de son côté fait d'emblée narquois : « J’en déduis que pour Jean-Luc Mélenchon, le social-libéralisme est de gauche, et je m'en félicite. »

Alors même que le gouvernement a annoncé récemment avoir repris en main sa communication, on peut s’interroger sur le sens politique de cette mise en avant du ministre du budget. L’émission de ce lundi succédait à l’émission de rentrée politique d’Europe 1, dimanche. Ainsi propulsé en principal représentant du pouvoir, Jérôme Cahuzac a assumé pleinement la définition sociale-libérale de l'action gouvernementale. Jusque-là, le terme était encore tabou pour certains au PS.

Empêtré dans le scandale de son compte caché en Suisse, scandale qui du coup menace de rejaillir sur l'ensemble du gouvernement, le ministre du budget a voulu évacuer d'emblée l'affaire. En ouverture de l’émission, l’animateur Yves Calvi l'a interrogé sur les informations de Mediapart. Celui-ci s’en est tenu à répéter les mêmes mots déjà répétés la veille sur Europe 1. « Je démens en bloc et en détail », a-t-il répété trois fois. « Et puisque je nie en bloc et en détail, on peut commencer à débattre. » Mélenchon a choisi de s’exprimer sur le sujet, sans déroger à sa règle de ne pas mêler les affaires aux débats de fond.

« L’accusation est énorme. On imagine que l’initiative de porter cette accusation a été méditée avant d’être publiée, a dit Jean-Luc Mélenchon. Si c’est vrai, c’est terrible, mais si c’est faux, c’est ignoble. Nous n’en savons rien, mais des procédures judiciaires ont été engagées et peuvent lever tous les doutes, d’un côté ou de l’autre. Je demande que la justice ne traîne pas, que la garde des Sceaux fasse en sorte que l’affaire soit jugée le plus vite possible, parce que ça va pourrir la vie politique de ce pays. »

Deux moments auront marqué ce débat, illustrant le clivage actuel qui sépare chaque jour davantage gauche de gouvernement et « l’autre gauche » chère à Jean-Luc Mélenchon, qui espère devenir gauche d'alternative.

Abordant le sujet de la réforme fiscale, à un Yves Calvi ne retrouvant pas les promesses du candidat Hollande, Jérôme Cahuzac a répondu froidement : « Elle est faite. » Puis d’enchaîner, après avoir détaillé le budget voté il y a deux semaines : « Vous avez l’air de penser que c’est une réformette. Je ne le pense pas. » Jean-Luc Mélenchon a presque eu l’air sidéré par l’annonce, qui n’avait en effet pas fait jusqu’ici l’objet d'une communication gouvernementale, François Hollande laissant ouverte l’hypothèse d'une réforme fiscale plus vaste et à venir, comme promis dans son programme.

Sidéré, Mélenchon le fut à nouveau, quand, à la fin de l’émission, son débatteur répliqua à son appel à la lutte des classes : « C’est notre principale divergence : la lutte des classes. Vous, vous y croyez toujours. Moi, je n’y ai jamais cru. » « Jamais ? » s’est permis de relancer Mélenchon. « Jamais. »

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Posté par Jocegaly à 10:52 -
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