Paris le 6 février 2020
Depuis la fin de l’année 2018, on nous dit que le mouvement s’essouffle. Mais non, les Gilets jaunes sont peut-être moins visibles, mais les manifestants contre la réforme des retraites sont aussi des Gilets jaunes, ou vice versa, comme on veut. Les manifestants sont encouragés à continuer pour deux raisons, la première est qu’il ne se passe pas un seul jour sans qu’on dénonce cette réforme des retraites pour les mensonges qu’elle a obligé à commettre du côté de la canaille au gouvernement. Le monde, pourtant journal macronien de la première heure, publie de nombreux articles sur ce thème. Un jour on apprend que les simulations du gouvernement ont été bidonnées : par exemple pour les enseignants on a pris le salaire net pour situer les pensions avant la réforme, et le salaire brut pour après la réforme ! Un autre jour on apprend qu’en réalité ce seront les plus pauvres qui s’en sortiront les moins bien, et les plus riches qui s’en sortiront le mieux ! Ou encore parmi les plus pénalisées ce seront encore les femmes ! Autrement dit la réforme des retraites vise deux buts :
- d’abord faire émerger un pactole de l’épargne retraite évalué à 300 milliards d’euros, mais les plus pauvres ne pourront pas accéder évidemment à ce système ;
- ensuite renforcer encore un peu plus les inégalités. C’est ce qu’on appelle la lutte des classes.
Sondage Odoxa pour le Figaro, 6 février 2020
Macron en vérité n’a aucune raison de se réjouir. Les Français sont sévères avec lui. D’abord le dernier sondage montre que sa cote de popularité est en pleine dégringolade, celle du gouvernement aussi d’ailleurs. Cette fois il atteint 24 % ! Il a refait le chemin à l’envers depuis la crise dite des gilets jaunes et se rapproche dangereusement du record de Hollande[1]. Les députés LREM sont sous tension, non seulement parce qu’ils se font cracher dessus, mais aussi parce qu’ils ne supportent plus que le gouvernement leur fasse voter absolument n’importe quoi. Même Aurore Bergé commence à râler en regrettant que Edouard Philippe les ait traités de « cons ». Il y a atmosphère crépusculaire autour de l’exécutif. Certes les institutions sont telles qu’il sera très difficile de dégager cette équipe de médiocres avant le terme. Mais enfin, on peut toujours espérer. Il ne faudra pas toutefois compter sur le sens de l’honneur de Macron pour s’en aller, ni même pour faire un référendum qui éclairerait son statut. Il s’accroche à son poste comme la moule au rocher, il n’a pas la fierté d’un de Gaulle par exemple. Mais peut-être croit-il, dans sa folie furieuse qu’il arrivera à redresser la barre. Il mise sur le fait que pour l’instant il n’y a pas de figure incontestable pour incarner l’opposition. Mais outre que d’ici à deux ans on ne sait pas ce qui va arriver, il n’a pas compris que la politique ça avançait aussi sans le bulletin de vote.
Avocats Paris le 3 février
Mais il y a bien d’autres choses, les manifestations sont quotidiennes et continues. Les avocats apparaissant, une fois n’est pas coutume comme le fer de lance de la contestation, très déterminés. La mauvaise humeur des Français contre ce gouvernement à la fois nocif et incompétent, se traduit par une contestation presque physique des élus LREM. Tous les jours nous avons des permanences taguées, des élus apostrophés. Quand on est macronien maintenant on rase les murs ! Ça ne se calme pas. Pire encore, alors que la semaine dernières les médias mettaient en scène une moindre mobilisation, le 6 février, la mobilisation des syndicats contre la réforme repartait à la hausse de partout ! A Marseille la CGT annonçait 120 000 manifestants, et les services de Castaner-le-menteur 4 500 ! Il suffit de voir les images pour voir que les chiffres de la CGT sont plus fiables que ceux du ministère de l’intérieur, le cortège se perd dans l’horizon. 35 000 à Toulouse. Ce regain de mobilisation tient à la fois à l’exaspération des Français qui comprennent très bien où on veut les embarquer, mais aussi au fait que les élus de gauche ont annoncé qu’ils allaient faire obstruction pour retarder l’adoption de cette loi maudite. Chacun sait que les macroniens seront punis dans les urnes pour les prochaines municipales, c’est pourquoi la plupart des représentants de ce courant de cafards camouflent maintenant leur étiquette politique. Le 6 février une nouvelle députée macronienne, Frédérique Tuffnell, élue des Charentes Maritimes, annonçait qu’elle quittait le mouvement. C’est la treizième à s’émanciper[2]. Et puis, ce même jour Xavier Batut suivait le mouvement et quittait le parti macronien. C’est la débâcle et les rats quittent le navire[3]. A ce rythme Macron n’aura plus de majorité d’ici à un an !
Marseille, 120 000 manifestants
Le 6 février donc les avocats étaient encore là, en tête du cortège, et puis les pompiers et puis les Gilets jaunes et le personnel hospitalier en dehors des bataillons habituels de la CGT et de FO. A Lille où le préfet est une vraie crapule, la milice est intervenue, gazant les manifestants bien avant la fin du cortège. Le fascisme c’est maintenant. La canaille préfectorale avait pris des dispositions pour restreindre les zones de manifestations dans toute la France. Après la Libération les préfets seront tondus. A Paris on avait encore plus restreint le parcours en dressant le long du chemin des barrières dont le but m’échappe. Était-ce pour empêcher les manifestants de s’échapper si on veut les matraquer ? Pour leur faire ressentir qu’ils sont comme des moutons dirigés où le pouvoir veut qu’ils aillent ? Evidement si dans les manifestations nous étions plus nombreux, ces restrictions seraient inopérantes. Mais on sait que pour les salariés du privé c’est très difficile de faire la grève, pas seulement parce que ça coûte, mais aussi parce que la position au sein de l’entreprise devient difficile. C’est en ce sens que les lois sur le droit du travail – lois Macron et El Khomri – se révèlent très efficaces. En vidant l’entreprise de toute espèce de démocratie, au nom du sacro-saint principe de la propriété du capital, on en arrive à épuiser la démocratie aussi en dehors du monde du travail.
Lille le 6 février 2020, la milice gaze les manifestants
En outre Macron confirme son orientation politique, prendre aux pauvres pour donner aux riches. Ce n’est pas Mélenchon ou Ruffin qui disent ça, mais Les échos, le journal de Bernard Arnault[4]. De quoi rendre encore un peu plus enragés les manifestants. Tout ça pour dire que si la réforme des retraites c’est le gros morceau, le pactole pour les assureurs, la colère contre le président-fou ne s’arrêtera pas, même s’il recule sur cette question. L’information circule très vite maintenant, et même si on a pas le temps de protester contre toutes les misères que les domestiques du grand capital nous infligent, on enregistre et on médite.
Rennes 6 février
Pour la manifestation parisienne, on annonçait 130 000 personnes. C’est donc une bonne journée de mobilisation, il est donc probable que nous nous trouvions entre 800 000 et 1 millions sur la France entière. C’est tout de même la 9ème journée de mobilisation, et elle ne s’essouffle pas, loin de là. On pourrait même parler d’un regain. Castaner-le-menteur annonçait 121 000 sur toute la France ! Mais en même temps il reconnaissait que la mobilisation était en hausse par rapport au 29 janvier. C’est donc déjà très bien, sachant les entraves que la dictature macronienne aux abois met pour empêcher les manifestations et les rassemblements. Pendant ce temps la discussion du texte commençait à l’Assemblée en commission. La canaille macronienne avait limité le temps de parole de chaque intervenant à une minute, coupant systématiquement les micros au milieu d’une phrase ! On n’a jamais vu ça de toute la Vème République. Il n’y a pas de doute, la dictature c’est maintenant. Les macroniens qui font le sale boulot de saboter la démocratie la plus élémentaire vont très vite le payer, dans leur circonscription ou aux prochaines élections.
Pau, le 6 février 2020
Périgueux le 6 février 2020
Poitiers 6 février 2020
A Nîmes, le 6 février, la permanence du député macronien Lachaud a été décorée par les manifestants
[1] https://www.lefigaro.fr/politique/sondage-cote-d-alerte-pour-emmanuel-macron-20200206?fbclid=IwAR1ytSTQgDu4aF-kucDr2yJgjHHSPPgJotjs-wfABAjrK9lHp-3NnMFH-hk
[2] https://www.ouest-france.fr/politique/la-republique-en-marche/lrem-la-deputee-frederique-tuffnell-quitte-le-mouvement-6724532?fbclid=IwAR3C4AvG-1SxDpEM-GnaGuUHZIY4Herxmd0wL8Ai-CBVXuQZvYJBdRe1tFo