Sur l’accueil de réfugiés afghans.
L’effondrement de l’État fantoche créé par l’impérialisme comme façade à l’occupation illimitée de l’Afghanistan est une bonne chose. On aurait préféré qu’une nouvelle fois ce soient des communistes qui obtiennent ce triomphe, comme à Saïgon en 1975, mais le peuple afghan en a décidé autrement.
La légitimité d’un mouvement n’est pas seulement mesurable au soutien effectif qu’il reçoit, mais aussi au laisser-faire de ses adversaires historiques. La gauche laïque afghane a été exterminée par les amis de l’Occident, et une partie de ses sympathisants a tourné casaque et est prête par esprit de revanche à soutenir les Taliban, contre les Américains, mais aussi contre les islamo-fascistes de l’EI. Si on est mécontent de cette situation, et notamment à propos de ses conséquences sur le sort des femmes et des minorités religieuses, il ne fallait pas soutenir la campagne politique médiatique et culturelle massive de soutien au terrorisme contre la république afghane, de 1977 à 1992 comme l’a fait toute la gauche, à l’exception du PCF de l’époque, hommage lui soit rendu.
Les réfugiés ont afflué à l’aéroport de Kaboul, encore entre les mains des forces américaines, en espérant une évacuation. Ces réfugiés sont soit des opposants sincères au mouvement Taliban qui peuvent redouter sa vengeance, dont les précédents agissements de 1996 à 2001 sont effectivement effroyables (il suffit pour s'en convaincre de se souvenir du sort de Najibullah), soit des admirateurs inconditionnels du style de vie consumériste occidental, soit des collaborateurs, au sens infamant du terme, des forces d’occupation et de leurs ONG.
Les afghans qui fuient principalement ne sont ni des ouvriers ou des paysans, ou les habitants misérables de la ceinture de bidonvilles de la capitale, ni des opposants laïcs ou des féministes légitimes (on fait passer pour telles dans les médias des gérantes de salon de beauté) mais des représentants de la classe moyenne artificielle suscitée par l’occupation, comme à Saïgon en son temps, qui ont été les bénéficiaires d’une économie parasitaire et qui comportent aussi que ça plaise ou non des trafiquants, des proxénètes, des mercenaires et des bandits.
Un débat s’engage sur la question de savoir s’il faut les accueillir ou non, ou plutôt un monologue lénifiant où les forces du « bien » défendent toutes l’accueil le plus large possible, un discours convenu d’autant plus vain que de toute manière sur les questions d’immigration dans les pays « démocratiques » on ne demande jamais l’avis du peuple au moment de la décision, sachant d’avance quelle serait la réponse.
L’extrême droite retrouve clef en main son thème favori, et n’a même pas besoin de faire campagne face à l’insondable stupidité des bien-pensants qui contrôlent les organisations de gauche, et Macron s’engouffre dans la brèche (gagner aux échecs, c'est facile, surtout avec des adversaires qui ne savent pas jouer).
On peut dire que Fabien Roussel s’est tiré une balle dans le pied en se joignant aux chœur des vierges et en dénonçant le « fascisme » taliban comme si la guerre éternelle américaine qu’il faut bien leur accorder le mérite d’avoir terminée valait mieux ! Il rejoint ainsi un chœur d’hypocrites qui n’a absolument rien dit lorsque les communistes afghans ont été exterminés par les mêmes talibans, il y 25 ans.
La question c’est : les classes populaires française veulent-elles accueillir des réfugiés politiques et sociétaux afghans qui ne se sont même pas battu pour défendre les principes au nom desquels ils seraient persécutés ? Sachant que ce ne sont pas les quartiers bourgeois des grandes villes qui depuis que les gens ordinaires ne votent plus ont des maires « de gauche » qui les accueilleront réellement, mais les cités pauvres en proie déjà au chômage et à la violence. La réponse est non ; si on veut le soutien de ces classes, il ne faut pas se présenter comme des angélistes ouvreurs de frontière, et au moins garder le silence.
En conclusion, seuls les réfugiés en danger immédiat devraient être accueillis en France. Ceux qui ne sont ni des corrompus, ni des seigneurs de la guerre, ni des tortionnaires, ni des indicateurs, ni des trafiquants de drogue, ni des mercenaires, ni des islamistes de factions hostiles aux talibans, ni des talibans (sic!) devraient être provisoirement accueillis, et auraient vocation à rentrer dans leur pays lorsqu’un État stable y régnerait de nouveau.
Mais il est bien évident que le tri qui va s’opérer inéluctablement suivra des principes exactement inverses : ce sont précisément ceux-là qui seront accueillis en priorité en Occident, à l’instar des terroristes Tchétchènes et Ouïghours, et ce sont les innocents leurrés par les promesses de protection qui resteront sur le tarmac.
GQ, 28 août 2021