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Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 16:50

http://lesdebrouillards.tv/2010/09/07/des-sculptures-gonflees/

Exaspéré, consterné, sidéré par la vulgarité du "pilonnage" déclenché par Nicolas Sarkozy contre François Hollande, je tombe sur un article de Charles Péguy intitulé "Nous devons nous préparer aux élections" (22 avril 1912). Péguy s'encolère contre le mélange de ruses, de mensonges, de roueries électoralistes qui finissent par avilir la démocratie. Je cite:

"La prostitution électorale est grave parce qu'elle est l'avilissement d'une institution qui fut aimée;par des hommes généreux; d'une institution pour qui ont pensé deux siècles de penseurs, pour qui ont travaillé deux siècles d'ouvriers, pour qui ont souffert, pour qui beaucoup d'hommes des générations précédentes sont morts. La prostitution électorale est au fond l'avilissement d'un grand amour humain".

Depuis quinze jours nous assistons à un avilissement de cette sorte. Pas un jour sans que le candidat socialiste soit traîté de menteur, de girouette, de cynique éhonté, d'insulteur des français. Voilà qu'après avoir repris la "vision" du Front National, Nicolas Sarkozy fait sienne sa pratique de l'injure. Elle nous indigna quand elle était de "Jean-Marie". Comment ne pas l'être quand l'invective fruste est proférée par le candidat sortant, grammaire et imparfait du subjonctif en moins.

Je ne crois pas qu'on n'ait jamais entendu pareils dérapages langagiers dans la bouche d'un homme encore, malgré tout, président de la République. Ce dernier et ses affidés jettent des "boules puantes", élément de langage s'énonçant ainsi: Sarkozy aura été pendant quatre ans invectivé, sali et offensé. Il est déloyal de pousser des cris d'orfraies quand il use d 'un même langage contre son rival.

L'argument est irrecevable. Le Président sortant fut chouchouté par une partie de la presse. Ce ne sont ni la gauche ni les journalistes qui ont fabriqué l' "anti sarkozysme". Il est monté peu à peu de la société entière. Il se fondait sur un comportement infantile, des volte-face, des trivialités qui n'étaient pas imaginaires. Et si le vocabulaire utilisé par le sortant est détestable, le contenu des sarcasmes est franchement loufoque.

Cajoler le peuple quand on l'a dédaigné, dénoncer l'argent quand on n'a jamais dissimulé son addiction pour le fric, critiquer l'imprécision quand on n'a pas proposé de programme, se moquer des atermoiements quand on a changé soi-même trente fois d'avis... Le reste à l'avenant.

On est d'autant plus atterré par cette grossièreté que le candidat pousse des personnalités de son camp à user du même ton alors même qu'elles faisaient preuve de plus de dignité. Je pense à Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, tous invités à jouer les pittbuls de service. Ce jeu de mâchoires, seconde nature des Coppé, Guéant ou Morano, ne leur correspond pas. Les malheureux!

Une campagne n'est jamais une bataille de fleurs. La violence des mots est coutumière depuis la IIIème République. Pourtant en matière d'indécence un seuil a bien été franchi. Et dans la pratique du "n'importe quoi", on avait rarement fait aussi fort!

Trop c'est trop!

Résumé de la chronique de Jean-Claude Guillebaud, Nouvel Observateur en date du 22 mars, page 40

 
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