Par DESIRS D'AVENIR HERAULT
Libération. 13.04.2012. Luc Peillon
Retour du clivage gauche-droite sur la fiscalité. A la lecture des programmes économiques des deux principaux candidats à la présidentielle, la différence de traitement réservé, respectivement, aux entreprises, aux ménages aisés et au reste de la population est loin d’être neutre pour chacune de ces trois catégories.
Selon nos calculs, basés sur les mesures proposées par les deux candidats, Nicolas Sarkozy poursuivrait, sans grande surprise, une politique de l’offre caractérisée par un important allégement des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises. Une baisse financée par l’ensemble des ménages. A l’inverse, François Hollande avance un programme de recettes fiscales largement basé sur le monde productif et, dans une moindre mesure, sur les ménages les plus aisés.
Remise en cause. Le candidat socialiste, de son côté, s’engage à solliciter, de façon nette, les trois catégories. Et, avant tout, les employeurs. Il propose ainsi de prélever 22 milliards dans les caisses des entreprises, 9,7 milliards dans la poche des plus hauts revenus et 8,3 milliards auprès du reste de la population. Concrètement, plus d’un quart des 40 nouveaux milliards dégagés proviendrait de la remise en cause de mesures adoptées sous le précédent quinquennat, notamment en faveur des entreprises et des plus aisés (retour sur une partie de la réforme de la taxe professionnelle, relèvement de l’ISF, des droits de successions…), mais aussi du reste de la population (heures supplémentaires défiscalisées). S’ajouteraient de nouveaux prélèvements pour financer la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans (5 milliards pour les entreprises et les ménages), l’alignement de la fiscalité du capital sur le travail (4,5 milliards) ou encore la création de deux nouvelles tranches d’impôt pour les hauts revenus (près d’un milliard).
Au total, l’effort fiscal net demandé par le candidat socialiste serait près de dix fois plus élevé que celui du président sortant. Dans son objectif de retour à l’équilibre (lire page 5), Sarkozy mise en effet davantage sur les économies de dépenses publiques. Ce qui peut s’analyser comme un effort demandé aux ménages les moins aisés, bien moins «armés» financièrement face à une baisse de régime des services publics. Cette différence, en volume, des efforts fiscaux demandés par les deux candidats est à relativiser. Sur le papier, Hollande augmenterait en effet de 40 milliards l’effort fiscal net, contre un peu plus de 3 milliards pour Sarkozy (qui ne compense cependant pas sa baisse des droits de mutation de 4 milliards).
Différence. Mais ces chiffres, issus des propositions électorales des deux candidats, et qui correspondent au rendement attendu en 2016, viennent se cumuler avec les différentes hausses d’impôts adoptées depuis 2010, et dont le niveau atteint déjà plus de 30 milliards. Bref, la différence entre l’effort fiscal net demandé par Hollande en 2016 par rapport à 2010 (plus de 70 milliards) et par Sarkozy (près de 35 milliards) serait finalement du simple au double. Mais ne pèserait pas, et de loin, sur les mêmes catégories.