
Il n'aura échappé à personne que les "favoris des sondages", Martine Aubry et François Hollande, parlent beaucoup et quasi exclusivement de la crise financière. Les solutions qu'ils préconisent, à d'infimes différences près, se ressemblent beaucoup: une "rigueur socialiste"déconnectée des sujets transversaux. Alors que la politique au XXIème siècle, et Ségolène Royal l'a parfaitement compris, doit sous peine d'échouer dans ses tentatives de remédiations, aborder les sujets de manière transversales en essayant de n'en privilégier aucun. Tâche difficile mais réalisable à condition d'avoir l'honnêteté de ne pas occulter ces sujets transverses derrière un rideau de fumée.
Alors tentons une analyse quasi sociologique de la campagne des primaires et présidentielle, puisque l'une conditionnera l'autre pour la gauche.
Les candidats favoris du PS dénoncent, à juste titre, les effets du'une crise économique et financière. Les observateurs tentent de nous persuader que l'élection se jouera sur ce seul thème. François Hollande, et à un degré infimement moindre, Martine Aubry, s'enferment dans ce qui ressemble à un cul-de-sac. Je ne crois en effet pas que les primaires puis les présidentielles se joueront sur ce seul terrain. Il faudra que la gauche, le Parti Socialiste, Ségolène Royal (elle a commencé de le faire) s'attaquent à l'essentie...
La France de Nicolas Sarkozy, avec son Ministère de l'Immigration, de l'intégration et de l'Identité Nationale est, par l'écho de cette appellation, plus proche de celle de Vichy que d'une République au départ universaliste. Encore faut-il rappeler, et il faudra le faire entendre, que Philippe Pétain a installé une "France de la honte" à la suite d'un désastre militaire et moral inimaginable quand Nicolas Sarkozy, lui, a marché sur des traces dangereuses par la grâce d'une élection au suffrage universel dont le résultat (53%) fut d'une légitimité incontestable. 53% de concitoyens qui ont entériné le message de dénonciation des immigrés, des enfants de ces immigrés, des musulmans en général, tous désignés comme des responsables, des cibles, des dangers, des éléments fauteurs de troubles, bref des boucs émissaires parfaits. Qui ne se souvient du tristement fameux: "Vous en avez assez de cette racaille, Madame? Hein? Et bien on va vous en débarrasser, au Karcher!"... Tout cela dans une cité populaire... Une fois élu, le Président masqua la nature de sa politique en nommant quelques faire-valoir: Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara. (Tous ont disparu depuis ce qui n'augure rien de bon pour la suite...).
Il faut hélas reconnaître aussi que le vide absolu du programme économique du PS en 2007 (imposé à Ségolène Royal qui dès qu'elle faisait un écart était priée de revenir aux "fondamentaux"), que le vide absolu des propositions de ce même PS sur les questions de sécurité (sujet INTERDIT pendant des années!) ont facilité l'élection du candidat de la droite. L'attitude de François Hollande, inexistant sur ce terrain (et sur le terrain), risque fort de faire bégayer l'Histoire.
En 2007, et cela va recommencer en 2011/2012, le discours sarkozyste n'avait rien d'économique. Le slogan "Travailler plus pour gagner plus" est resté certes dans les mémoires mais ce n'est pas ce thème, ni celui des réformes dans la fonction publique, ni l'encouragement à effectuer des heures supplémentaires qui ont mené Nicolas Sarkozy à la victoire. C'est tout autre chose et cela sera tout autre chose très bientôt.
Lorsque j'entends les candidats aux primaires PS répéter en boucle que le Président actuel a fondé son triomphe de 2007 sur le scandale du "paquet fiscal" -et la gauche le répète depuis 2007- je dis à ceux-là qu'ils commettent une erreur fondamentale d'analyse politique! Qu'on dénonce le "paquet fiscal", bien entendu! MAIS il va falloir mettre la droite et son favori devant LA responsabilité majeure qui est la sienne devant l'Histoire de ce pays:
Nicolas Sarkozy a construit, construit et construira sa campagne sur autre chose, que la gauche DOIT aborder et combattre EN PRO-PO-SANT! Je veux parler de ce corpus infâmes de provocations permanentes anti-immigrés, anti-jeunes (d' "origine étrangère"), anti-musulmans. Voilà ce qui le mènera à une seconde victoire si la gauche, si le PS, si les Aubry, Hollande et Valls en particulier, se laissent piéger en ne "jouant" QUE sur le terrain de l' "économique" quand celui-ci n'est qu'un aspect -très important mais pas unique- du combat de géants à venir...
A suivre demain...
Christophe
http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2010/07/11/la-deuxieme-crise-financiere/