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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 18:58

Laurianne Deniaud (Présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes) en compagnie de Ségolène Royal

http://www.segoleneroyal-meag.com/

Pour lutter contre les contrôles au faciès, vous proposez la mise en place d’un nouveau dispositif,  le procès verbal de contrôle. De quoi s’agit-il exactement ?

Il s’agit d’une attestation de contrôle d’identité. Lors de chaque interpellation, les fonctionnaires de police devraient remplir un formulaire dont la personne contrôlée conserverait un exemplaire. Celui-ci stipulerait entre autres le contexte du contrôle, ses motifs et ses résultats. C’est une mesure symbolique pour rétablir une relation de confiance entre les citoyens, en particulier les jeunes, et la police. Il y a deux ans, l’Open Society Justice Initiative révélait qu’un Noir et un Arabe avaient respectivement 6 et 7,8 fois plus de chance qu’un Blanc d’être contrôlé par un policier. L’idée de l’attestation de contrôle d’identité est partie de là.

Vous espérez que cette proposition sera reprise par le candidat PS à l’élection présidentielle ?

Nous avons d’abord fait une campagne de terrain pour s’assurer de la manière dont notre proposition serait reçue dans la population. Lorsqu’on va dans les lycées, dans les universités, dans les quartiers populaires ou dans les centres-villes, on se rend compte que tous les jeunes sont concernés de près ou de loin par cette question. Soit ils ont déjà été contrôlés de manière abusive, soit ils ont des potes d’une couleur différente qui ont déjà été contrôlés.  A présent, il s’agit de faire du lobby, de convaincre la famille socialiste et en particulier les candidats aux primaires d’aborder cette question. C’est une question qui touche des milliers de jeunes et qui concerne  toute la société.  Pourtant, dans le champ politique personne n’en parle. Jusqu’à présent personne n’a osé dire que les contrôle au faciès gangrènent notre société et diffusent un climat malsain entre les citoyens et la police française.

Pour l’instant, comment cette proposition est-elle accueillie ?

La proposition figure déjà dans le projet socialiste en tant qu’expérimentation. C’est un très bon début. C’est comme ça qu’a débuté la mise en place du dispositif dans les pays qui l’ont déjà mis en œuvre comme l’Espagne ou l’Angleterre. A chaque fois, la mesure a été généralisée sur l’ensemble du  territoire. D’après les entrevus que j’ai pu avoir avec les différents candidats, ils sont plutôt favorable à cette mesure. Mais il y a une différence entre être favorable à une mesure et avoir le courage de la porter. Il faut qu’on passe une étape.

Pourquoi les candidats hésitent-ils à passer cette étape ?

Je ne sais pas. Ça ne fait pas parti de leurs priorités pour le moment. Mais on va faire en sorte que ça change…

L’origine ethnique de la personne contrôlée  sera-t-elle mentionnée sur ce procès verbal ? N’est-ce pas la porte ouverte aux statistiques ethniques ?

Non, l’origine ethnique n’apparaîtra pas sur le procès verbal. Je ne souhaite pas que notre proposition d’attestation de contrôle d’identité soit un levier pour relancer le débat sur les statistiques ethniques. C’est deux sujets différents qu’il faut éviter de mélanger. C’est vrai que dans certains pays où cette attestation existe, notamment aux Etats-Unis, l’origine ethnique est mentionnée. Mais nous avons des cultures différentes, une histoire différente. En France, un policier peut faire un contrôle d’identité sans devoir  se justifier, ce qui n’existe pas dans les autres pays.

Le risque n’est-il pas de ralentir le travail des policiers qui se plaignent déjà d’être noyés sous la paperasse ?

Non, au contraire, je crois que ça renforce leur efficacité, comme on peut le voir dans les pays où la mesure a été mise en place. Par exemple, en Espagne, les contrôles de police ont diminué, mais le nombre d’interpellations a augmenté. C’est aussi un outil pour les policiers, un moyen de remettre en cause leur pratique et de faire des contrôles sur des critères objectifs. C’est aussi un moyen de donner plus de transparence sur la manière dont la police utilise ses pouvoirs de contrôle. Cet outil constitue “une trace”.

En Angleterre comme aux Etats-Unis, l’existence d’un dispositif similaire n’a pas empêché les émeutes …

Ce n’est pas un dispositif miracle. Ces dernières années on a eu un peu trop tendance à faire beaucoup de communication sur  les questions de discrimination. Ce n’est pas l’idée. Nous voulons ouvrir le débat sur les relations entre les citoyens et la police. Pour que notre police puisse remplir sa mission efficacement et protéger les citoyens, il faut d’abord qu’elle soit perçue comme légitime, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. Il faut donc qu’elle rende des comptes, qu’elle agisse de manière transparente. Il faut aussi privilégier le dialogue.

Pour entretenir la confiance entre les policiers et les citoyens ne vaudrait-il pas mieux améliorer la formation des policiers ?

C’est plus que nécessaire. Il faut repenser la formation des policiers. Il faut leur apprendre à prendre des décisions dans un contexte donné, sur un territoire donné. Le métier doit également être revalorisé et devenir un symbole de la méritocratie républicaine. Enfin, les critères d’évaluation doivent changer. La culture des chiffres, encouragée par le gouvernement, entraîne un certain nombre de dérives car les policiers travaillent sous la pression.

La suite et la fin de l'interview sont sur l'excellent Bondy Blog ICI

 
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