Jeudi 10 octobre 2013 4 10 /10 /Oct /2013 09:03
Monsieur, Madame,
Vous avez souhaité m’interpeller sur le projet de réforme des retraites que le Gouvernement va soumettre à la Représentation nationale dans les jours à venir.
Je tenais à vous assurer que j’avais pris connaissance de vos revendications avec toute l’attention qu’elles méritent.
En effet, le Gouvernement qualifie de réforme juste et structurelle un projet de loi qui se résume à l’adoption d’un ensemble de taxes supplémentaires. D’ici 2020, le Gouvernement ne compte que sur des hausses d’impôts pour équilibrer les retraites du privé. Et comme toutes les réformes adoptées ces derniers temps, celle-ci privilégie la double peine : baisse du pouvoir d’achat des actifs et des retraités, et baisse de la compétitivité de nos entreprises.
Tous les Français vont devoir payer la note d’une politique manquant indéniablement de courage et de vision.
Les salariés d’abord, dont les cotisations augmenteront de 0,3 points d’ici 2017, alors que ce Gouvernement les avait déjà augmentées afin de financer le retour de la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans.
Les retraités ensuite, durement touchés, puisque la fiscalisation des majorations de pensions pour 3 enfants ainsi que le report de l’indexation des pensions au 1er octobre devraient contribuer au financement de la réforme à hauteur de 2,7 milliards d’euros d’ici 2020. Ces hausses d’impôt s’ajoutent à la taxe de « contribution additionnelle de solidarité sur les pensions » de retraite et d’invalidité qui avait été votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2013.
Les entreprises enfin, qui devront payer, d’ici 2020, 2,2 milliards de cotisations supplémentaires et 500 millions au titre de la pénibilité, alors que le Gouvernement les a déjà ponctionnées de près de 17 milliards d’impôts supplémentaires depuis son installation.
J’estime également que la CNAV pourrait effectuer quelques milliards d’économies en alignant les régimes spéciaux sur le régime général. Or, non seulement la réforme exclut toute mesure de convergence supplémentaire entre les retraites du public et celle du privé, mais le Gouvernement songe à étaler sur une période plus longue l’application des hausses de cotisations que les fonctionnaires devront assumer au même titre que l’ensemble des salariés. Un comble, si l’on songe qu’il ne propose aucune mesure de financement des 7 milliards de déficits qu’il faut pourtant trouver d’ici 2020 pour financer les retraites du public.
En définitive, le Gouvernement nous propose une réforme non seulement inéquitable, mais inopérante au regard des enjeux financiers qui pèsent sur la pérennité de notre système de retraites.
Enfin, je dénonce l’hypocrisie d’une telle réforme puisque la seule mesure d’âge proposée est d’augmenter la durée de cotisation à compter de 2020, sans toucher aux bornes de l’âge légal de départ à la retraite, ce qui impliquera des départs avec décote et donc des baisse de pensions.
Dans ce contexte, je ne manquerai pas de relayer les vives préoccupations qui m’ont été transmises, en m’opposant, par mon vote et mes interventions, à ce texte inique, lors des débats à l’Assemblée Nationale.
Restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur, Madame, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Pierre DECOOL