Depuis 40 ans, on créé de nouvelles collectivités, on triture des limites territoriales, on transfère,
et on réaffecte des compétences…
Une nouvelle loi (Loi 4D) est en préparation. Elle n’augure rien de bon en matière de
simplification du système.
Des électeurs déjà perplexes
La cohérence n’est pas au rendez-vous : des politiques identiques, comme la construction et le fonctionnement des lycées et des collèges, sont réparties entre Région et Département.
Pourquoi ? Idem pour les routes départementales qui peuvent être partagées entre les
Métropoles et les Départements. Enfin, l’Etat s’est fait de la pub à bon compte sur le
dos des collectivités locales en décidant la suppression unilatérale la Taxe d’habitation
en promettant, bien sûr, de compenser et de réaffecter des recettes fiscales….
Tout cela est très complexe, nécessite beaucoup de monde pour la gestion locale, créé
des doublons, demande beaucoup de temps pour monter les dossiers financés par plusieurs collectivités, et surtout, beaucoup d’élus : ils sont 520 000 environ en France, soit 1 pour 130 habitants, record mondial peut-être… Ce déficit de notoriété entraîne une abstention massive
aux élections locales. Les Régionales et les Départementales prévues en Juin, devraient
confirmer cette tendance.
La loi 4D, qu’est-ce ?
Différenciation, Décentralisation, Déconcentration, Décomplexification, voilà la signification
des 4D… Tout un programme !
Autant dire qu’une grande perplexité nous saisit à la lecture des éléments de langage fournis
par le Ministère. La décentralisation y est vue sous l’angle de la différenciation, c’est-à-dire
que les élus locaux soucieux de se faire mousser auprès des électeurs adhèreront au
« sur-mesure » proposé par le texte et aux « expérimentations » ainsi qu’aux « transferts
à la carte ». Cela veut dire que les « territoires » (villes, départements, régions) pourront
offrir une palette de compétences différentes d’un autre. Autant dire que la
décomplexification n’est pas pour demain et que les mesures ne feront qu’accroitre la
perplexité des citoyens.
Au passage, on sent bien la volonté gouvernementale de refiler « la patate chaude »
aux collectivités dans certains domaines comme l’hébergement d’urgence, le droit au
logement opposable ou le transfert des routes nationales dans une « logique de
cohérence des itinéraires » (difficile de faire plus faux cul).
Par contre pas de discussion possible pour le transfert obligatoire de la médecine scolaire,
secteur sinistré s’il en est, pour lequel les départements devront mettre la main à la poche des contribuables locaux pour essayer de le sauver.
Pour le reste, les régions auront la responsabilité de gérer la totalité des sites terrestres
classés « Natura 2000 » (avec quels moyens ?), se verront déléguer une partie des moyens
de l’Ademe et les élus locaux seront certainement très fiers de savoir qu’ils seront plus
présents au sein du C.A. des Agences Régionales de Santé (mais avec quels pouvoirs ?).
Enfin, la recentralisation du RSA sera engagée, mais avec l’engagement financiers des
départements sur les politiques d’insertion (pas question pour l’Etat de se passer de
cette manne financière)
Tout cela sent l’entourloupe et le panneau dans lequel ne manqueront pas de tomber
les élus soucieux de se faire valoir auprès des électeurs en leur masquant le déséquilibre f
inancier qu’ils devront payer.
Un Etat stratège ?
L’Etat qui se veut stratège, semble donc vouloir se consacrer à des missions régaliennes
(justice, police, armée, finances, économie, Europe,…) en renvoyant aux assemblées locales
le tout-venant… Il se réserve par ailleurs des politiques sensibles ou dans l’air du temps,
comme le développement durable ou bien encore l’égalité des chances, sans convaincre
totalement.
Cette stratégie de partage des compétences entre Etat et Collectivités porte t’elle ses fruits ?
L’épisode des gilets jaunes et la gestion de la crise sanitaire actuelle ne le confirment pas. Les mouvements de contestation et la remise en cause des pouvoirs ne touchent jamais les
collectivités locales, mal connues du grand public, par contre, c’est vers l’Etat que se
tournent naturellement les citoyens, pour plus de protection, ou pour revendiquer.
L’attente d’Etat reste donc très forte, et le souverainisme gagne du terrain…
Faut-il poursuivre la décentralisation ?
Pas sûr ! La recentralisation des aides sociales par exemple (au-delà de l’expérimentation
sur le RSA), pourrait même avoir pour mérite de faire toucher du doigt au Gouvernement
l’impérieuse nécessité de prendre des décisions fiscales et économiques en cohérence avec
la situation sociale. Pour bien faire, ce secteur devrait même être rattaché au Ministère de
l’économie.
Un député d’Ille et Vilaine s’est déclaré favorable à une réforme allant dans le sens d’une recentralisation d’une partie des aides sociales vers l’Etat, de l’extinction des quatre Conseils départementaux Bretons (devenus des super C.A.F., comme tous les autres), et d’un
regroupement des compétences restantes à la Région. Cette réforme se traduirait par l
a diminution globale du nombre d’élus, une meilleure lisibilité et une meilleure « agilité »,
comme on dit.
A suivre, donc…