Le Bloc veut « mettre fin à sa dépendance » à l’égard de fournisseurs
tels que la Russie afin « d’atteindre ses objectifs en matière de gaz
à effet de serre ».
Source : Financial Times, Mehreen Khan, Nastassia Astrasheuskaya
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
La Russie fournit un tiers des besoins européens en gaz par l’intermédiaire du producteur
monopolistique Gazprom, soutenu par l’État. © Andrey Rudakov/Bloomberg
Bruxelles a proposé d’interdire les contrats à long terme d’importation
de gaz naturel dans l’UE au-delà de 2049, afin de mettre fin à la
dépendance de l’Union vis-à-vis des producteurs étrangers,
Russie en tête. La Commission européenne a dévoilé mercredi
une mise à jour de ses règles relatives au marché du gaz, qui
prévoit d’interdire aux États membres de conclure des contrats d’approvisionnement en gaz avec des pays non membres de l’UE
au-delà de 2049, soit la dernière année avant que l’UE n’atteigne
son objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre. « Aucun
contrat à long terme de fourniture de gaz fossile pur ne sera conclu
au-delà de la fin de l’année 2049 », indique la proposition de la
Commission,
qui devra être approuvée par une majorité de gouvernements et de
députés européens pour entrer en vigueur.
Cette proposition d’interdiction des contrats à long terme intervient
alors que l’Europe subit depuis l’automne des prix records pour le
gaz en gros. La flambée des prix est due à des facteurs tels que
l’augmentation de la demande mondiale à mesure que les pays se
remettent de la pandémie, la réduction de l’offre d’énergie renouvelable
et la baisse des approvisionnements supplémentaires en provenance
de Russie. La Russie, premier fournisseur de gaz naturel de l’UE,
préfère les contrats à long terme et a déclaré que la crise énergétique
était due en partie aux mesures prises par les pays de l’UE pour
supprimer progressivement ces accords d’achat.
« Cette pratique est une erreur », a déclaré le président russe Vladimir
Poutine en octobre. « Les contrats à long terme sont normalement
utilisés pour ouvrir de nouveaux sites de production de gaz et assurer
leur rentabilité », a déclaré Kadri Simson, commissaire européen à
l’Energie. « Cette interdiction envoie un signal fort : ces activités ne
doivent pas être poursuivies si les émissions ne sont pas réduites.
Elle réitère notre message clair selon lequel notre marché du gaz
sera décarboné d’ici à 2050. » L’interdiction de Bruxelles ne s’appliquera
qu’au gaz fossile « non neutre », qui n’utilise pas de moyens pour réduire
les émissions de CO2, notamment le captage et le stockage du carbone.
La Russie, qui fournit un tiers des besoins européens en gaz par
l’intermédiaire du producteur monopolistique Gazprom, soutenu par
l’État, a réagi avec prudence aux propositions de la Commission.
« Attendons la décision qu’ils prendront réellement. Normalement,
une discussion se termine par une approche plus pondérée », a
déclaré Pavel Sorokin, vice-ministre russe de l’Energie. « Attendons
donc qu’ils aient fini de discuter et que l’on voie les propositions finales.
Ensuite, attendons encore 10 à 15 ans et voyons si elles restent en place. »
La Russie s’étant également engagée à être neutre en carbone d’ici 2060,
Sorokin a déclaré que le passage à un avenir plus vert était un objectif
commun. « Nous devons absolument nous diriger vers la neutralité
écologique, c’est un fait non contesté que tout le monde a accepté et
vers lequel tout le monde se dirige. Mais nous devons le faire sans
slogans mais avec de vrais calculs et une vraie compréhension des prix. »
Sorokin a averti qu’un abandon des contrats de gaz à long terme
pourrait entraîner des prix encore plus élevés et des troubles sociaux
potentiels. « Rappelez-vous ce qui s’est passé avec les gilets jaunes
en France ? C’est arrivé à cause d’une taxe écologique plus élevée
sur l’essence. Imaginez maintenant ce qui se passera lorsque
[la Commission] dévoilera le coût réel de toutes ces actions »,
a-t-il averti. Konstantin Simonov, directeur du fonds russe pour
la sécurité énergétique, a qualifié le moment choisi pour présenter
ces propositions de « stupide. »
« Lorsque le prix au comptant du gaz monte en flèche, [il] semble
que l’ordre du jour devrait être l’inverse. C’est comme si l’Europe
essayait d’aggraver la crise, a-t-il déclaré. Quand les experts, même
en Europe, disent que les contrats à long terme sont une porte de sortie,
les responsables veulent les annuler. C’est très étrange. Eh bien,
laissons-les faire, transférons tout sur le marché spot et voyons ce
qui se passe. »
Gazprom s’est refusé à tout commentaire. Mais l’entreprise a souligné
à plusieurs reprises qu’elle remplissait toutes ses obligations contractuelles
et que l’Europe devait envisager des accords à plus long terme si elle voulait davantage de gaz. La Commission a également proposé un système
volontaire d’achat commun de gaz et de stockage partagé pour les pays
de l’UE, dont beaucoup ont exigé des changements radicaux sur le marché intérieur de
l’énergie afin de freiner la hausse des prix de l’électricité. Bruxelles
encouragera les États membres à procéder à des achats groupés en
cas d’urgence. Selon Simson, les pays devraient procéder à des
évaluations nationales des risques en fonction de leurs besoins en
matière d’achat et de stockage.
« Ces réserves pourraient être libérées en cas d’urgence et être
conformes aux règles du marché de l’énergie et de la concurrence
de l’UE », a ajouté le commissaire. Dans le cadre de ses projets de
décarbonisation du gaz, Bruxelles va introduire des règles visant à
accroître la production de biogaz et d’hydrogène vert. L’empreinte
carbone du biogaz est inférieure de 70 % à celle du gaz naturel, mais
il représente moins de 5 % de la consommation totale de gaz de l’UE,
selon la Commission. Bruxelles proposera également de réduire les
tarifs d’entrée du gaz à faible teneur en carbone et d’intégrer ces
sources dans le réseau gazier de l’UE. Les dirigeants européens
examineront ces propositions lors d’un sommet qui se tiendra jeudi
à Bruxelles.
Source : Financial Times, Mehreen Khan, Nastassia Astrasheuskaya,
15-12-2021
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises