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Jeudi 11 août 2011 4 11 /08 /Août /2011 10:38


Par DESIRS D'AVENIR HERAULT

Les mots pour comprendre la crise de la dette. Petit lexique pour savoir de quoi l'on parle.
Par LIBÉRATION.FR. Le 8 août 2011

Wordle/DR

Wordle/DR

 

Avec la crise de la dette, débarquent des mots et des signes abscons : spread, AA+, CDS et autres défaut de paiement. Petit lexique pour y voir plus clair.

Les agences de notation financière

Elles émettent des opinions sur la capacité d'un emprunteur à faire face aux remboursements des dettes qu'il a contactées. Elles notent aussi bien les entreprises que les communes emprunteuses, les régions ou les Etats et donnent une information attendues par les marchés.


Les notes s'échelonnent du mythique triple A au D. Plus la note est élevée, plus le risque est faible. Un Etat noté AAA (le maximum) est assuré de pouvoir lever des capitaux aux quatre coins de la planète et à un taux relativement faible. Plus la note baisse, plus le taux d'intérêt augmente, car les investisseurs réclament alors une prime de risque.


Quelles sont les agences ? L'activité est très concentrée. Il n'y a que trois grandes agences de notation financière dans le monde: deux américaines – Standard and Poor's, Moody's – et Fitch, contrôlé par le Français Marc Ladreit de Lacharrière.


L'actu: vendredi soir, l’agence Standard and Poor’s a abaissé la note attribuée à la dette publique des Etats-Unis de AAA à AA+, estimant les perspectives «négatives».

--> A lire: «Dégradations des notes: AAA qui le tour?»
Et,
sur le blog «Echos d'Europe-écolos»: «La fin du triple A américain, quelles conséquences?» 

--> Pour aller plus loin: notre décryptage «Haro sur les agences tous risques». Faut-il les écouter ? Faut-il en changer ? Faut-il les dégrader ?

Dette souveraine

C'est la dette émise ou garantie par les Etats.


L'actu: En France, la dette publique de la France s'élevait à plus 1646 milliards d'euros, soit 84,5% du PIB, à la fin du premier trimestre. La dette publique des Etats-Unis dépasse les 14 000 milliards de dollars. Quant à la Grèce, le plan de sauvetage européen prévoit d'effacer une parti de l'ardoise: l'endettement devant culminer à 161% du PIB en 2012, soit environ 350 milliards d’euros.

Défaut de paiement

C'est le non-respect d'un contrat liant un débiteur à un créancier. Un pays est dans cette situation s'il ne peut régler une échéance de dette ou d'intérêts. On parle de défaut partiel (ou sélectif) quand cela ne concerne qu'une partie de la dette.


L'actu: Les Etats-Unis sont passés à deux doigts du défaut de paiement, le Sénat américain avalisant un texte in extremis la semaine dernière. [A lire ici]. La Grèce n'est toujours pas à l'abri d'un défaut de paiement, malgré le plan de sauvetage adopté par l'Union européenne le 21 juillet.

--> Pour aller plus loin: «Défaut de paiement, quels sont les risques?»

Haircut (ou décote)

 Perte encaissée par un créancier quand un débiteur renonce à lui rembourser l'intégralité de sa dette dans le cadre d'une restructuration. Dans le cas de l'Argentine, cette décote avait par le passé atteint jusqu'à 70%.

CDS (pour «Credit Default Swap»)

C'est une sorte d'assurance qui permet à un établissement financier de se protéger du risque de défaut de paiement d'un crédit en payant une prime.


Prenons l'exemple d'une entreprise qui émet une dette de x millions d'euros. L'établissement bancaire qui a fourni le crédit souhaite se protéger: il paie donc une prime annuelle à un vendeur. Et en échange, si un événement spécifié dans le contrat tel qu'un défaut de paiement intervient, et seulement en ce cas, la dette est transférée au vendeur de protection contre paiement des x millions d'euros, correspondant à la valeur du capital. A charge pour lui de récupérer ce qu'il peut auprès de l'entité de référence

.

L'actu: les CDS sont parfois utilisés comme des outils purement spéculatifs, comme le dénonce l'eurodéputé d'Europe Ecologie, Pascal Canfin, qui a déposé un projet de loi européenne pour les interdire. «Les CDS sont dévoyés, ils sont aujourd’hui majoritairement utilisés pour spéculer sur la faillite des Etats. Ainsi, des fonds spéculatifs n’ayant jamais investi un euro en Grèce ont utilisé les CDS pour parier sur la faillite de ce pays. Des "prophéties auto-réalisatrices", puisque la spéculation sur les CDS pousse à la hausse les taux d'intérêt et renchérit le coût de financement des Etats.»

--> A lire aussi: plus de détails sur le site «finance pour tous» ici.

Restructuration de la dette

C'est un changement des termes du contrat qui lie débiteurs et créanciers. Cela peut se traduire par exemple par un rééchelonnement de la dette.

(Une obligation datant de 1901 et gravée par Luigi Loir/ DR)

Les obligations (en anglais: bond)

Acheter une obligation revient à acheter une part d'un emprunt émis par l'Etat, une entreprise ou un organisme public : c'est un titre de créance. Les obligations sont utilisées par les entreprises ou les Etats pour emprunter de l'argent directement sur les marchés financiers. Elles ont un rendement prédéterminé au moment de l'acquisition. Elles sont un placement moins risqué (et donc moins rentable) que les actions, qui sont des titres de participation dans des sociétés.

Marché financier (primaire et secondaire)

Le marché financier se divise en deux types: le marché primaire et le secondaire. Sur le premier (appelé aussi marché du neuf), les titres (actions, obligations) sont proposés pour la première fois à un prix d'émission. Sur le marché secondaire, s'échangent les titres déjà existants (qui ont déjà été émis sur le marché primaire). Sur ce marché dit aussi d' «occasion», les titres sont achetés et revendus pour obtenir des plus-values.

Ces deux marchés ne sont plus physiquement installés nulle part; les transactions se font par ordinateurs, avec selon les cas des intermédiaires plus ou moins nombreux.

Spread

Ecart entre le taux d'un placement réputé sans risque (une obligation allemande par exemple) et celui d'un placement à risque (une obligation grecque). Ce qui revient à évaluer la prime de risque exigée par les marchés.

Ventes à découvert

Ceux qui spéculent jouent avec différents types d’instruments: les CDS (credit default swaps) et les «ventes à découvert». Concrètement, cela consiste à vendre un titre (une action par exemple) que l'on ne détient pas mais dont on suppose qu'il va baisser, afin de réaliser une plus-value. Cette pression contribue à faire baisser les cours.


«Par exemple, je vends aujourd'hui une dette italienne, pour demain, au prix de 100. Moi, j'anticipe que la dette, demain, ne vaudra plus que 50 (je spécule à la baisse). Si ça se vérifie, que demain la dette ne vaut plus que 50, je l'achète 50 et je la revends 100 (le prix qu'on a fixé hier). Résultat: je fais un bénéfice de 50, grâce à une spéculation à la baisse, sans avoir disposé de la dette», expliquait vendredi à Libé Dominique Plihon, économiste et président du conseil scientifique d'Attac. Selon lui, «c'est un instrument très dangereux, interdit en Allemagne, mais autorisé en France. Nicolas Sarkozy et son gouvernement n'ont pas osé l'interdire car ils sont moins courageux et plus sous la domination des financiers.»


--> A lire: l'intégralité du tchat avec Dominique Plihon.

--> La tribune «Obligeons les banques à devenir plus responsables» de Michel Barnier, commissaire européen en charge du marché intérieur et des services.

--> Plus d'infos sur la vente à découvert, ici.

Marché monétaire

Il permet aux banques de se prêter de l'argent entre elles, à court et moyen termes. Il est régi par plusieurs taux, notamment le «libor» à Londres, les Fed Funds aux Etats-Unis et l'Euribor dans la zone euro. La banque centrale peut intervenir sur ce marché pour réguler la liquidité du système bancaire dans son ensemble et orienter ainsi le niveau des taux d'intérêt.

La Banque centrale européenne

C'est la banque centrale de l'Union européenne. Indépendante, elle gère la politique monétaire unique. Sa mission principale est d’assurer la stabilité des prix, afin de garantir une croissance saine et durable.


Jean-Claude Trichet, l'actuel président de la banque centrale, devrait être remplacé d'ici peu par le gouverneur de la Banque d’Italie, Mario Draghi. Son portrait à lire ici.


L'actu: la Banque centrale a tenu une réunion dimanche après-midi, et pourrait décider, selon certaines sources, d’intervenir massivement sur le marché secondaire des titres des pays en difficulté, afin de réduire les taux sur leurs dettes souveraines.

Fonds européen de stabilité financière

Lors du sommet européen d'urgence pour sauver la Grèce, les Etats membres ont progressé vers la création d'un «fonds monétaire européen». Ce fonds, doté d’une capacité d’emprunt de 500 milliards d’euros, est garanti par les 17 pays de la zone euro.


Il pourra non seulement prêter de l’argent aux pays en difficulté (avec des taux d’intérêt revus drastiquement à la baisse, et des durées allongées), mais aussi acheter des bons du Trésor soit directement auprès de l’Etat, soit sur le marché secondaire.


L'actu: Ce fonds viendra au secours de la Grèce (on évoque la somme de 88 milliards d’euros) afin de lui permettre de faire face à ses échéances au moins jusqu’en 2015.

--> A lire: «L'UE sauve la Grèce au forceps»

La Fed (Réserve fédérale américaine)

C'est la banque centrale des Etats-Unis. Elle a pour mission de mettre en place la politique monétaire américaine. La FED doit aussi réguler l'activité bancaire américaine et être préteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Avec la Chine et le Japon, l’autre grand détenteur de dettes américaines est la banque centrale elle-même.


L'actu: après l'abaissement de la note des Etats-Unis, la réserve fédérale pourrait toujours continuer à acheter de la nouvelle dette émise par l’Etat. Depuis deux ans, la réserve fédérale a déjà acheté pour 2000 milliards de dollars de dette américaine. Plus d'infos sur le blog «Echos d'euro-écolos»

Trésor américain

Désigne le ministère des Finances américain.

Fonds souverains

Ces fonds d'investissement sont détenus ou contrôlés par des Etats. Ils sont devenus aujourd'hui une nouvelle catégorie d'acteurs de la globalisation financière à côté des fonds de pension, des fonds de capital investissement («private equity funds») ou des fonds de gestion alternative («hedge funds»).

Trader

Que l'on peut traduire par «opérateur de marché». Il achète et vend des titres pour l'établissement qu'il représente en tentant de dégager des profits. Souvent, il est spécialisé dans un marché: celui des actions, des obligations, des devises, par exemple. Normalement, il ne fait pas ce qu'il veut, il a des normes et des plafonds à respecter. Mais il peut arriver que les traders et les contrôles dérapent, comme ce fut le cas dans l'affaire Kerviel.

--> A voir: petit diaporama: «Les visages de la Bourse»

Sources: AFP, «La crise» d'Alternatives économiques et le site «La finance pour tous».

A consulter: notre dossier «Pour comprendre la crise de la dette». Décryptages, interviews et analyses de la rédaction.

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