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Intéressant !!!

Cyril LAZARO

 
Samedi 14 septembre 2013 6 14 /09 /Sep /2013 00:13
RETRAITES LE GRAND DÉBAT CGT-CFDT

Pour la première fois réunis, les leaders de la CGT et de la CFDT Thierry Lepaon et Laurent Berger commentent les diférentes mesures de la réforme. Entretien exclusif.

Mardi 27 août. Jean-Marc Ayrault a pris tout le monde de court en dévoilant, avec plusieurs jours d’avance, la réforme des retraites qui sera débattue au Parlement en octobre. Une réforme habile, qui évite les sujets les plus explosifs et amadoue les syndicats en intégrant des mesures de justice sociale.

En échange, le gouvernement mise sur des « eforts partagés  », une hausse des cotisations patronales et salariales, et un allongement progressif de la durée de cotisation.

Qualifée de minimale par ses détracteurs, la réforme n’a pas rencontré d’hostilité trop forte chez les syndicats, même si la CGT (Confédération générale du travail), FO (Force ouvrière), FSU (Fédération syndicale unitaire) et Solidaires maintenaient leur journée de mobilisation le 10 septembre dernier. Pour en débattre, nous avons reçu dans nos locaux

Thierry Lepaon, leader de la CGT, et Laurent Berger, leader de la CFDT (Confédération française démocratique du travail). Une rencontre dont ces deux nouveaux venus, arrivés respectivement en mars 2013 et novembre 2012 à la tête de leur centrale, nous ont offert la primeur.

La réforme des retraites est perçue par beaucoup comme une réforme a minima. Qu’en pensez-vous ?

Thierry lepaon Nous regrettons qu’il n’y ait pas eu de véritable négociation. Les propositions du gouvernement ne nous satisfont pas, en particulier l’allongement de la durée de cotisation. Mais trois dossiers ont avancé, même si les réponses apportées sont très insufsantes : l’égalité hommes/femmes, la pénibilité et la prise en compte des années d’études. Trois revendications que la CGT porte depuis des années.

Laurent Berger Nous sommes satisfaits des progrès réalisés sur ces trois dossiers, comme des mesures qui concernent les apprentis, les travailleurs handicapés ou les précaires, que nous avons défendues avec pugnacité. La réforme réduit certaines inégalités et tient compte des plus fragiles. Autre motif de satisfaction : elle assure la pérennité du système actuel, sur la base d’efforts partagés. C’est un signal fort à l’égard des jeunes générations. Enfn, la mise en place d’un comité de pilotage annuel est un bonne chose.

La notion de pénibilité a été intégrée à la réforme, avec la création d’un compte épargne qui pourrait concerner un salarié sur cinq. C’est une victoire ?

Thierry Lepaon Pour la première fois, ce que les gens vivent dans leur travail va être pris en compte, de manière très concrète. C’est un progrès. En revanche, un effort supplémentaire aurait pu être demandé au patronat, parce que plus on rendra le travail pénible cher, moins il y en aura. Il faut aussi s’interroger sur la durée pendant laquelle chacun peut, au cours de sa carrière, exercer un métier pénible. Et faire en sorte qu’au bout de dix ou quinze ans, les salariés concernés soient accompagnés et préparés à se reconvertir.

Laurent Berger Nous nous sommes battus pour que les patrons « réparent  » la pénibilité en payant une cotisation spécifique. Je suis convaincu que, à long terme, cela les incitera à prendre le problème en amont et à réduire la dureté de certains métiers, qui ne doit pas être une fatalité pour les salariés.

Pour financer la réforme, le gouvernement a choisi d’augmenter, non pas la CSG, mais les cotisations salariales et patronales et de mettre les retraités à contribution afin de partager l’effort…

T. L. C’est une déception. Quand les salaires stagnent depuis plusieurs années, augmenter les cotisations, c’est baisser le pouvoir d’achat et donc pénaliser la reprise économique. C’est assez dramatique. Les cotisations ne devraient pas reposer sur les seuls revenus du travail. Les revenus du capital devraient être mis à contribution, à un taux qu’il faudrait défnir et, pourquoi pas, au même niveau que les revenus du travail dans cette période de crise. Mais ce débat-là n’a pas eu lieu.

L. B. La CFDT s’est fortement opposée à ce que la réforme soit financée par une augmentation de la CSG. Ce type de prélèvement doit, en effet, être réservé à ce qui relève de la solidarité universelle, comme la santé ou la famille. En la matière, il est normal que les revenus du capital et du patrimoine participent. Pour le chômage et la retraite, c’est différent. Leur financement doit, selon nous, obéir à un principe contributif : je cotise et, en contrepartie, je reçois. A ce titre, l’augmentation, mesurée, des cotisations salariales et patronales est une bonne solution.

La réforme réduit les inégalités et tient compte des plus fragiles Le gouvernement prévoit d’allonger la durée de cotisation à quarante-trois ans d’ici à 2035. Est-ce une mesure anti-jeunes ?

T. L. Cette mesure est contraire aux engagements qu’avait pris le gouvernement et se situe dans le prolongement de la réforme Fillon. L’idée selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps parce que nous vivons plus longtemps est une bêtise. Pour trois raisons. La première, c’est que les salariés sont licenciés plus tôt, un salarié sur deux s’arrête de travailler à 56 ans. Qui paie la diférence entre 56 et 62 ans ? La caisse d’assurance chômage. Ensuite, la question n’est pas seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre plus longtemps en bonne santé. Or, chez les ouvriers, cette tranche de vie est relativement réduite. Et elle n’augmentera pas si on leur demande de travailler quelques années de plus sans améliorer leurs conditions et leur protection sociale. Enfin, il faut tenir compte du nombre de jeunes qui attendent pour avoir du boulot. Si leurs pères restent au travail une année de plus, la place ne sera pas libre pour eux.

L. B. Ce qui est anti-jeunes dans notre pays, c’est le chômage et la précarité, pas la réforme des retraites. Ce qu’on doit d’abord aux jeunes générations, c’est de pérenniser ce système de solidarité. Or l’allongement de l’espérance de vie pose un problème d’équilibre fnancier.

Il fallait trouver un moyen de le résoudre. De plus, la durée de cotisation est un critère plus juste que le report de l’âge légal qui, lui, sanctionne les plus fragiles.

Dans la réforme systémique que la CFDT appelle de ses voeux, seule la durée de cotisation serait prise en compte. Enfn, en échange de cet efort, nous avons obtenu des mesures de justice qui concernent aussi les jeunes (précarité, apprentissage, pénibilité…).

T. L. Mais les jeunes décrochent en moyenne leur premier CDI à 26 ans. Avec quarante-trois ans de cotisation, ils devront attendre l’âge de 69 ans pour partir avec une retraite à taux plein !

L. B. Ils entrent en moyenne à 21 ans sur le marché du travail. Le problème, c’est la précarité qui les frappe entre leurs débuts professionnels et leur premier CDI, à 26 ans. C’est contre cela qu’il faut lutter. Avec la réforme, un étudiant qui aura travaillé un mois cet été et qui aura un job de douze heures par semaine pendant l’année pourra valider deux trimestres. C’est une avancée.

Laurent Berger et Thierry Lepaon s’accordent sur les points de la réforme visant à rendre le système de retraite plus équitable.

Plusieurs sujets épineux ne sont pas abordés dans la réforme, comme les retraites des agents de la fonction publique.Est-ce une erreur  ?

L. B. La CFDT est favorable à une harmonisation des régimes, mais elle doit s’inscrire dans le temps. Il faut arrêter d’opposer les gens les uns aux autres. La réforme des régimes spéciaux est en cours depuis 2007. La retraite moyenne des fonctionnaires est quasiment identique à celle des salariés.

En revanche, il y a de grande disparités entre les agents de la fonction publique. Evidemment, on pourrait tout remettre en cause, tout casser, mais ça ne rapporterait rien sur le plan fnancier et cela mettrait un sacré bazar. Dans cette réforme, les eforts et les avancées concernent aussi bien le public que le privé. Mon grand regret, c’est que nous n’ayons pas réussi à progresser sur la question des polypensionnés public/privé, ceux qui ont cotisé vingt ans à une caisse de retraite et vingt ans à une autre et qui sont sanctionnés pour cela. Nos propositions n’ont pas été entendues.

T. L. Je suis assez d’accord avec Laurent, on n’a rien à gagner à tout casser. Sur les polypensionnés, nous avons mis sur la table l’idée d’une maison commune des retraites pour coordonner les régimes et créer un socle de droits communs. L’allongement de la durée de cotisation est injuste pour les jeunes

Y a-t-il en Europe un pays dont la réforme des retraites pourrait être un modèle à suivre ?

T. L. Il n’y a pas de modèle. Il faut arrêter de comparer systématiquement les politiques européennes. Un jour on érige l’Allemagne en modèle, un autre, l’Espagne ou la Suède.

L. B. Ce qui importe, c’est notre intelligence collective. Il faut que nous soyons capables de poser les bases d’une évolution à long terme du système des retraites pour éviter ces rendez-vous réguliers et anxiogènes. A ce titre, la manière dont la Suède a fait évoluer son régime est intéressante.

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La réforme Ayrault en 5 points

1 Allongement progressif de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein. a partir de 2035, il faudra cotiser quarante-trois ans.

2 Pas de hausse de la CSG, mais des cotisations salariales et patronales de 0,3 point chacune d’ici à 2017. tous les régimes sont concernés. Les retraités verront la date de revalorisation de leur pension repoussée de six mois.

3 Création d’un compte personnel de pénibilité en 2015. Les salariés soumis à des travaux pénibles accumuleront des points leur permettant de partir à la retraite plus tôt, de se former ou de travailler à temps partiel. Ce compte sera financé par une cotisation des employeurs.

4 Refonte des avantages familiaux. Les 10 % de bonus versés aux parents de trois enfants et plus seront fiscalisés puis remplacés, après 2020, par une majoration réservée uniquement aux femmes, et dès le premier enfant.

5 Mesures de justice sociale. meilleure prise en compte du temps partiel, des périodes de chômage, de l’apprentissage et des études longues.

Propos Recueillis Par Christine Monin Et Olivier Piot Source leparisien

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