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source : le JDD =

Bourses : "Nos dirigeants ne sont pas à la hauteur de la situation"

Alors que les indices boursiers n'ont cessé de baisser depuis une semaine, Marc Touati, directeur des études économiques de la compagnie financière Assya, analyse pour leJDD.fr les raisons et les conséquences d'une telle chute.

 

Les Bourses mondiales sont au plus bas depuis la crise financière de 2008-2009. Comment expliquer un tel mouvement?
Deux crises majeures de dette publique, en Grèce puis aux Etats-Unis, sont à l'origine des baisses successives des indices boursiers. Il est vrai que ces événements autant politiques qu'économiques ont cassé l'ambiance qui était à la reprise depuis ce printemps et la sortie de la récession de plusieurs pays comme les Etats-Unis. Mais cela ne suffit pas à expliquer les forts mouvements financiers opérés ces deux dernières semaines. Il faut donc se demander à qui profite le crime. La réponse est simple : à certains spéculateurs.

Comment expliquer que la spéculation fragilise le système en période estivale?
Traditionnellement, au cours de l’été, les volumes d’échanges sont très faibles. Depuis quelques semaines, certains grands investisseurs en ont profité pour ajouter de l'huile sur le feu, faire baisser le marché pour, ensuite, mieux racheter à bon compte. Les atermoiements du Parlement américain sur le plafond de sa dette, la semaine dernière, ont sans doute favorisé ces manipulations boursières. Malheureusement, lundi dernier, nous avons eu un élément supplémentaire, qui était inattendu : les mauvais indicateurs avancés de la croissance américaine. Au moment de signer le compromis entre républicains et démocrates sur leurs déficits publics, cette volée de chiffres a cristallisé les inquiétudes de tous les investisseurs. A partir de ce moment, ce qui était spéculation est devenu incontrôlable. En revanche, la réaction des marchés est beaucoup trop forte par rapport aux réalités économiques. Les chiffres de croissance ou de chômage, fussent-ils maussades, ne justifient pas l'ampleur de la baisse que l’on subit depuis une semaine.

«Les élections présidentielles à venir risquent d'alimenter la volatilité des marchés.»Dans l'immédiat, la chute des Bourses va-t-elle se poursuivre?
Les chiffres du chômage américain publiés vendredi [9,1% de personnes sans emploi en juillet, Ndlr] sont meilleurs que prévus. L'hémorragie devrait donc être provisoirement stoppée. Mais, nous allons vivre une période très volatile jusqu'au 11 septembre 2011. Le dixième anniversaire des attentats aux Etats-Unis risque de raviver les souvenirs et les inquiétudes. J'irai même plus loin : les élections présidentielles en France et aux Etats-Unis en 2012 risquent d'alimenter cette volatilité pendant encore un an.

Pourquoi les annonces faites jeudi par Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE) n'ont pas rassuré les investisseurs?
La BCE a fait une nouvelle erreur stratégique qui n'a rien arrangé. Jean-Claude Trichet a laissé imaginer qu'il fallait aider de nouvelles banques. Il a ainsi rappelé que la zone euro n'était pas contrôlée et pourrait toujours avoir des problèmes de croissance. Un message qui s'est ajouté aux mauvaises statistiques qu'affichent l'Italie ou l'Espagne. Il y a une vraie crise existentielle de la zone euro.

Pourtant, Silvio Berlusconi, à l'image d'autres dirigeants européens, a annoncé un plan d'action mercredi. Cela n'est-il pas suffisant?
Le problème est structurel. Nous avons une croissance extrêmement faible aujourd'hui. L'Italie et l'Espagne risquent de se rapprocher de la récession l'année prochaine si rien n'est fait. La monnaie unique est trop forte, ce qui casse la croissance et augmente les déficits de chaque pays membre de la zone euro. Silvio Berlusconi annonce un plan. La Grèce se voit imposer un plan. Mais les dirigeants européens ne sont pas capables d'être crédibles. On attend toujours leurs mesures économiques alors que les instances européennes, telle la BCE, ne cessent de mettre de l'huile sur le feu.

Comment sortir de la crise désormais?
Il faut d'abord instaurer la croissance et, pour ce faire, avoir un euro plus faible. La BCE doit arrêter de faire une politique trop restrictive. Chaque état doit adopter une gestion budgétaire efficace. Ces décisions, économiques, sont malheureusement aussi politiques. Problème : les dirigeants européens et américains ne sont pas à la hauteur de la situation. Ils alimentent malgré eux la spéculation.

Plus d'actu finance/économie avec Boursier.com

Gaël Vaillant - leJDD.fr

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