I ndividualiste, sournoise. Proche des syndicats. C’est le type de commentaires que notait un manager de la Macif à Vénissieux (Rhône-Alpes) à propos de salariés sous ses ordres. Autre exemple d’appréciations : « Haute opinion d’elle-même, pas de remise en question. N’écoute pas, gère mal l’échec ». Ou encore : « Ambitieux, décrédibilise les autres pour expliquer ses échecs ». Dans un autre cas, le manager note qu’un salarié préfère donner la priorité à sa vie privée.
Cette liste de commentaires a été découverte en juin. Une pratique qui fait tache dans une entreprise qui, de tout temps, a mis en avant son modèle social. Le responsable a été sanctionné et muté aussitôt l’affaire révélée en interne, l’employeur invoquant une pratique « isolée ». Mais la CGT ne veut pas s’en tenir à cette explication et a choisi de médiatiser l’affaire : « Vénissieux, c’est un épiphénomène, la pointe de l’iceberg », considère Jocelyne Diaz, cadre technique, secrétaire nationale CGT Macif.
“ Vénissieux, c’est la pointe de l’iceberg ”
Pour le syndicat, le ver est dans le fruit depuis 2007 : lorsqu’après avoir dénoncé les accords d’entreprise, la direction a introduit un système de rémunération dont une partie peut varier en fonction des performances. Le résultat aux yeux du syndicat : une pression permanente pour faire du chiffre et « remplir le panier » du sociétaire. « Il y a une obligation de vendre à tout prix, de caser des contrats. Quand on doit sur-performer, ça met les gens dans le rouge. On a du mal à l’entendre parce que quand on travaille dans une mutuelle, on a forcément l’image d’un privilégié », déplore Fabrice Kalifa, manager d’équipe et délégué syndical. La CGT cite un cas de suicide d’un salarié cette année au bureau de Poissy, en région parisienne. Un salarié dans une souffrance telle qu’il lui arrivait de vomir le matin sur le parking de l’entreprise. En février 2010, après une visite de ce point d’accueil, la CGT avait tiré la sonnette d’alarme : « Nous avons rencontré des salariés à la limite de la rupture physique et morale », alertait-elle alors. Le suicide date de mars 2011. L’assurance-maladie a estimé qu’il pouvait être considéré comme un accident du travail. Une décision que la Macif (9.000 salariés dont 2 à 3.000 sur Niort si on intègre la totalité des filiales) a décidé de contester sur le plan administratif.
nr.niort@nrco.fr