• INDRE : Première victoire contre la traite des êtres humains pour quatre bûcherons marocains !

    Publié le 20 septembre 2018 par FSC

    SOURCE : le site confédéral de la CGT

     

    Recrutés depuis le Maroc par leur employeur comme bûcherons saisonniers, avec la promesse d'un CDI au Smic et d'un titre de séjour pérenne, ils ont été surexploités dans des conditions de travail épouvantables pendant des mois dans le Village d'Aigurande (Indre).

    Payés de 100 à 200 euros par mois, d'une demi-baguette et l'eau du ruisseau en guise de déjeuner, surnommés par des noms d'animaux (« le chien » et « l'âne ») par leur employeur, ils ont vécu l'enfer.

    Celui-ci les faisait travailler 10 à 12h par jour en semaine comme bûcherons sans aucune protection, avec une seule pause quotidienne de 20 minutes puis les faisait travailler comme maçons le week-end dans son local commercial.

    Après plusieurs mois où ils se sentaient tenus par la peur, le 21 mai dernier, ils osent réclamer une nouvelle fois leurs salaires, l'employeur force la porte de l'appartement qu'il leur sous-louait et déchirent tous leurs papiers. Ils se retrouvent contraints à dormir sur le parking du village.

    Et là, une formidable solidarité se met en place : les villageois et les camarades de l'Union départementale (UD) CGT de l'Indre s'organisent collectivement et leur viennent en aide concrètement.
    Épaulés, soutenus, les salariés gagnent en référé aux prud'hommes le 23 août et déposent plainte pour Traite des êtres humains dans le milieu du travail.

    Après plusieurs semaines de silence préfectoral, toute la CGT (UD, Fédération Agro-alimentaire et Confédération) appuie la demande de régularisation des camarades par une carte de séjour, légalement délivrée dans le cadre d'un dépôt de plainte pour Traite. Les salariés ont enfin retiré vendredi à la Préfecture de Châteauroux leur premier récépissé de six mois autorisant le travail (sans conditions), dans l'attente de leur carte d'un an Vie Privée et Familiale.

    Le combat continue toujours au pénal pour faire reconnaître la Traite des êtres humains dans le milieu du travail. Le récent jugement reconnaissant la Traite des êtres humains pour les coiffeuses de Château d'Eau permettra aux magistrats, nous l'espérons, de reconnaître plus facilement ce délit dans le milieu du travail ; délit qui se caractérise par une action (le recrutement ici), un moyen (la tromperie ici : des promesses de rémunérations ou d'avantages qui ne sont pas tenues) et une finalité : l'exploitation (ici par le biais de conditions de travail et/ou d'hébergement indignes).

    C'est une formidable première victoire de nos quatre camarades marocains, du collectif de villageois qui s'est constitué et de notre CGT unie, coordonnée et donc plus forte !

    Rappelons toujours que ce qui place nos camarades travailleurs migrants en situation de vulnérabilité et les rend victimes de conditions de travail contraires à la dignité humaine, voire de Traite des êtres humains, c'est l'absence de droits (sans-papiers) ou la précarité de ces droits (saisonniers ou détachés), liée au durcissement inacceptable des politiques migratoires !

    Une seule solution : l'égalité des droits et de traitement entre travailleurs français et immigrés dès l'arrivée sur le territoire !

    Montreuil, le 17 septembre 2018


  • Le Pakistan: soufre-douleur des USA avant d’éventuelles sanctions anti-CPEC


    Par Andrew Korybko – Le 7 septembre 2018 – Source orientalreview.org

    andrew-korybko

    L’armée américaine a suspendu 300 millions de dollars d’aides au Pakistan. Techniquement, ce n’est pas une « aide militaire » au sens propre que les USA ont coupée ; il s’agit d’argent qui « faisait partie du remboursement pour des décès et des pertes financières subies par le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme », selon un communiqué du nouveau ministre des affaires étrangères pakistanais.

    Une vue de la clôture mise en place entre Pakistan et Afghanistan – source businessinsider.com

    Mais quoi qu’il en soit, cette décision hostile est prise pour faire avancer plusieurs objectifs américains, reliés entre eux, le plus visible d’entre eux étant de faire payer au Pakistan les échecs américains en Afghanistan, et le plus stratégique d’entre eux étant de poursuivre la réorientation des USA vers l’Inde, choisi comme partenaire privilégié pour l’Asie du sud. 

    Le prétexte supposé, selon lequel le Pakistan ne contribue pas suffisamment à la répression des groupes terroristes, est fallacieux, en ce que le pays n’héberge aucun de ces groupes, et a plutôt été leur victime au cours des décennies passées, à hauteur de 60.000 martyrs. Mais qu’importe aux USA, qui s’emploient à construire une histoire difficilement crédible, pointant le doigt vers la communauté pachtoune, active des deux côtés de la ligne Durand, dans une thèse voulant que les talibans traversent simplement cette frontière entre Afghanistan et Pakistan pour échapper aux frappes aériennes américaines. Ce n’est pas forcément ainsi que les choses se passent, et la situation réelle est plus complexe que cette histoire simpliste ne tente de l’expliquer.

    Aucun militant armé ne pénètre le Pakistan par ces postes frontaliers officiels, qui figurent parmi les plus sécurisés au monde, et il ne serait pas réaliste d’attendre d’Islamabad qu’elle détecte des sympathies talibanes de la part des personnes sans armes qui pénètrent son territoire depuis l’Afghanistan. Quant à ceux qui pourraient essayer d’entrer de manière illégale, ils ont constaté ces dernières années que c’était plutôt difficile, et cela deviendra même impossible, une fois complètement installée la clôture à la frontière avec l’Afghanistan. Ces diverses raisons révèlent l’inanité de la thèse des USA, qui prétendent que le Pakistan « héberge des groupes terroristes » et les « aide activement » : c’est faux de A à Z et ces thèses visent à abîmer la réputation du Pakistan sur le plan international.

    Les USA ont suspendu une aide de 300 millions de dollars au Pakistan

    Il ne s’agit pas uniquement d’endommager le positionnement international du Pakistan et de « montrer le chemin de la vertu » au nouveau partenaire stratégique américain que constitue l’Inde : Washington se désengage peut-être également de sa relation – jadis proche – avec Islamabad en préparant le terrain pour pouvoir ensuite raconter qu’elle lui inflige des sanctions pour des raisons « de terrorisme », alors qu’il s’agit de mettre des bâtons dans les roues du Couloir Économique Chine-Pakistan (CPEC [China-Pakistan Economic Corridor, NdT]). Les USA travaillent à construire une perception du Pakistan en tant que pays « infesté de terroristes » afin de légitimer ce qui pourrait devenir une campagne de sanctions tous azimuts contre ce pays, à l’image de la campagne qui fait rage contre l’Iran et de celle qui a débuté plus récemment encore envers la Turquie.

    Étendre le terrain de guerre économique américain déjà existant à la région du Pakistan viendrait englober la partie sud-eurasienne de la « Terre du bord » [Rimland, NdT] de ce qu’on appelle le « Moyen-Orient étendu », qui constitue la moitié sud de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires, et cela ferait monter drastiquement les pressions sur cette construction géopolitique si prometteuse pour le XXIe siècle, en particulier au regard de la possibilité d’imposer des « sanctions secondaires » contre les sociétés qui utiliseraient le CPEC – et donc passant par le Pakistan. Tout l’enjeu est de diminuer l’attrait économique de ce couloir fondamental de la route de la soie, ce qui s’inscrit dans la stratégie américaine d’« isolement » contre le Pakistan et la Chine. Reste que ce processus pourrait bien involontairement venir accélérer les phénomènes d’intégrations qu’il tente de saboter.

    Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018.

    Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

    Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone


  • 19 septembre 2018

    Lettre à un ami étranger (Sinistra in Rete)

    Moreno PASQUINELLI

    Cher ami,

    Tu me dis que, dans ton pays, il y a une campagne massive tendant à faire croire qu’ici le fascisme avance, que Salvini serait même le nouveau Mussolini. Tu m’écris que la plus grande partie des intellectuels de gauche et d’extrême-gauche en arrivent même, dans leur rejet de toute forme de nationalisme, à défendre cette Union Européenne, considérée comme un frein ou un katéchon [une digue] contre la barbarie souverainiste et "rouge-brune". Tu me demandes donc où en sont vraiment les choses en Italie.

    Je vais essayer de te répondre, en espérant que ce que j’écris te sera utile.

    Je veux être franc, et avant tout en ce qui concerne les intellectuels de gauche. Ici, chez nous, ils occupent déjà, pour une majorité d’entre eux, la première ligne du front ennemi. Ils n’attaquent pas seulement le nationalisme de caractère fascistoïde, mais avant tout la gauche patriotique, constitutionnelle et souverainiste. Il y a une parfaite harmonie dans les programmes entre la puissante élite ordo-libérale et ces intellectuels.

    L’axiome, ou plutôt la première équation de l’élite (que ces intellectuels admettent), est plutôt simple : populisme = fascisme/gauche patriotique = rouge-brunisme. Le résultat de cette équation – étant donné que le populisme, en Italie, dans ses deux versions, est un mouvement de masse, et exerce même une hégémonie croissante, c’est donc que l’Italie serait en train de se fasciser, que les masses populaires se fascisent.

    Quel mépris bourgeois dans ce jugement ! Quel éloignement de la réalité et des demandes des masses populaires ! Quel à-peu-près théorique ! Quelle malhonnêteté intellectuelle ! Quels préjugés anti-italiens !

    Nous ne sommes pas naïf, nous suivons très attentivement la façon dont les grandes centrales de désinformation stratégique présentent à l’étranger le grand changement en cours en Italie, et qui, comme tout phénomène important, peut s’orienter vers des directions diverses.

    L’assaut désordonné contre Salvini (maintenant, même les Nations Unies veulent faire passer en jugement l’Italie !) insinue la thèse que, au fond, l’Italie est génétiquement fasciste, qu’il faut donc condamner par avance, préventivement, tout ce qui sort du creuset italien. L’antifascisme de l’élite est le masque derrière lequel se cache le sourd et vieux préjugé contre notre pays. Une fois de plus, à bien y regarder, c’est l’intelligentsia française qui est le centre d’irradiation du préjugé anti-italien, manifestation d’un réel orgueil nationaliste et impérialiste , d’un complexe de supériorité plein de morgue et sans fondement. Il faut comprendre ce mépris : l’élite euriste, en particulier française, sait que l’Italie pourrait être le fossoyeur de cette Union Européenne, donc causer la dissolution du mariage d’intérêt entre Berlin et Paris (qui est le vrai pilier sur lequel s’appuie le château de cartes de l’UE). Crainte fondée, car l’Italie est aujourd’hui, encore une fois, le principal laboratoire politique européen.

    Voilà donc le coeur du récit anti-souverainiste : l’UE, l’expérience la plus sophistiquée de despotisme oligarchique et impérialiste, après l’Empire yankee, considéré comme "la patrie des droits".

    Cette hallucination a de nombreuses causes, sociales, politiques, psychologiques et théoriques, que je n’ai pas le loisir d’énumérer ici. Je me limiterai à en signaler deux. L’axiome sur lequel elles reposent, c’est que la forme de l’Etat national serait, non pas d’aujourd’hui, mais par nature, réactionnaire, et que donc tout dépassement supra-national de cette forme, de quelque façon qu’il se présente, est souhaitable et progressiste. D’où la condamnation de tout sentiment d’appartenance solidaire à une collectivité nationale, en tant que réactionnaire, rétrograde, vecteur de fascisme. On trouve donc ici, en second lieu, une conception des droits et de leur importance respective empruntée au libéralisme moderne : les droits civils avant les droits sociaux, les minorités sexuelles (les genres prolifèrent) hiérarchiquement supérieures aux classes et à leurs intérêts sociaux.

    Morale : certains intellectuels de gauche, et pas seulement les disciples de Toni Negri, fascinés par le déconstructionnisme derridien, saisis par ce que Hegel aurait défini comme une "fureur de disparition", ont fini, à force de "déconstruire", par démolir les fondements mêmes du marxisme.

    La vérité, c’est que, si on parle de phénomène populiste, l’Italie, qui en compte deux (un de gauche et un de droite), est plus avancée que les autres pays et, en un sens, indique aux autres leur avenir proche. Ce qui a pris l’élite par surprise, et l’a déconcertée, c’est que, (exactement comme que nous l’avions prévu, il y a deux ans, à la suite du référendum constitutionnel *), les deux populismes ont fait bloc pour former un gouvernement (Aristote aurait parlé d’entéléchie). Il y a en fait une logique profonde dans ce bloc, qui est constitué de classes sociales, plus encore que de formations politiques : il s’agit de l’union des gens d’en bas (contre les gens d’en haut), une alliance nationale-populaire de salariés, petite bourgeoisie, jeunesse précaire, bourgeoisie massacrée par la globalisation et les politiques européennes d’austérité. Bloc inter-générationnel, il assure en outre la cohésion (ce qui est décisif en un temps où l’ordolibérialisme a dissous la nation), du Nord et de Sud du pays, uni par la résistance aux processus de destruction du tissu social entraînés par la globalisation néo-libérale, encore portés à l’extrême par l’Union Européenne.

    Il y a certes aussi, dans ce magma protéiforme, des pulsions sécuritaires, autoritaires et xénophobes, que Matteo Salvini s’entend à exprimer et fomenter. Comme il y a, à l’opposé, des exigences profondément démocratiques, justicialistes et égalitaires, représentées, certes de façon insatisfaisante, par le Mouvement 5 Etoiles.

    Mais j’en viens à Salvini et à sa nouvelle Ligue, utilisés, dans le rituel apotropaïque euriste, comme bouc émissaire pour exorciser la menace italienne.

    La deuxième équation de la gauche transgénique est la suivante : sécuritarisme + xénophobie + nationalisme = fascisme.

    Equation puérile et erronée. La bourgeoisie a inventé au cours des siècles des formes multiples de gouvernements autoritaires, jusqu’aux régimes dictatoriaux. Tout est-il du fascisme ? Et combien avons-nous vu de régimes nationalistes ou de mouvements xénophobes dans l’histoire moderne sous toutes les latitudes ! Tout est-il du fascisme ? Certes, la nuit, tous les chats sont gris, mais là, il ne fait pas nuit, et ceux qui ne voient pas de quelle couleur ils sont réellement sont aveugles ou font semblant de l’être.

    Le fascisme a été bien autre chose. Ce fut, dans le contexte de la menace révolutionnaire et bolchevik, un mouvement de mobilisation violente et extra-parlementaire des masses, qui s’est mis à la disposition des fractions les plus fortes (monopolistes) du capitalisme, pour le compte duquel elle effectua cette destruction systématique du mouvement ouvrier qui ne pouvait se réaliser dans le cadre de l’Etat libéral. C’est bien autre chose que de l’autoritarisme et de la xénophobie ! Enfin, le fascisme fut génétiquement impérialiste, colonialiste et belliciste – le nationalisme n’étant alors que le masque des appétits impérialistes et expansionnistes du capitalisme monopolistique italien.

    Le système du capitalisme globalisé devrait-il faire face aujourd’hui à un commencement de menace révolutionnaire socialiste ? Non ! Au contraire, jamais le mouvement révolutionnaire n’a été aussi faible qu’à notre sombre époque, et jamais les gauches n’ont été aussi organiquement asservies qu’aujourd’hui aux intérêts du grand capitalisme. Ainsi donc, il manque aujourd’hui la cause qui déclenche et fonde le péril fasciste. Certes, la gauche sorosienne, transgénique et cosmopolite se sent menacée par le salvinisme, mais cela ne concerne qu’elle. Jusqu’à preuve du contraire, le souverainisme salvinien ne menace ni le système libéral ni ce qui reste du mouvement ouvrier depuis qu’il a été mis en pièces par le libéralisme.

    Salvini et sa Ligue seraient-ils l’expression politique des secteurs du grand capital ? Seraient-ils au service des fractions dominantes, globalistes et euristes, qui dirigent la puissante bourgeoisie italienne et de leurs appétits impérialistes ? Non, ils sont au contraire l’expression de fractions marginalisées de la moyenne et petite bourgeoisie italienne, surtout dans la Padanie. En outre, le souverainisme de la Ligue, loin de ressembler au fascisme ("Tout dans l’Etat, rien en dehors de l’Etat, rien contre l’Etat"), reste encore pleinement dans le cadre idéologique libéral ("moins d’Etat, plus de marché") – voir sa proximité avec The Movement de Steve Bannon. C’est donc un souverainisme boiteux, contradictoire, qui peut évoluer dans des directions diverses, puisqu’il y a deux courants qui coexistent dans la Ligue.

    Il y a le courant du nationalisme inaccompli et métamorphique de Salvini, et le courant, hégémonique dans l’Italie du Nord (surtout en Vénétie et Lombardie), de caractère fédéraliste, anti-méridional, anti-romain et anti-étatique. L’Histoire nous dira si, sous la pression des terribles événements qui s’annoncent, cette cohabitation tiendra bon. Il est clair que la tendance ouvertement libérale-fédéraliste a placé ses hommes, et des hommes de poids, au coeur même du gouvernement, ce sont même eux qui freinent le processus de décrochage de l’Union Européenne. Du fait que l’économie du Nord, dans le fonctionnement de l’euro-économie, est, dans bien des secteurs, subsidiaire et complémentaire de la puissante industrie allemande, cette tendance voit d’un bon œil un accord avec l’Allemagne. Ce sont les représentants de cette tendance qui assure le contact avec la grande bourgeoisie globaliste italienne, qui ont voulu dénaturer le "Décret Dignité" ** et qui s’opposent aux nationalisations proposées par les Cinq Etoiles.

    Tout cela, sans compter que le gouvernement actuel n’est pas seulement une coalition à deux : il comprend un troisième parti, la "Cinquième Colonne" de l’eurocratie, qui occupe des positions déterminantes, le Ministère de l’Economie (Tria), et celui des Affaires Extérieures (Moavero), sous la direction toute-puissante du Président de la République Mattarella.

    Cher ami, j’ai déjà été trop long et je termine ici. J’espère que tout ce que j’ai écrit t’aidera à mieux comprendre ce qui se passe vraiment en Italie. Mais je veux encore affirmer que la situation ici est ouverte. C’est si, et seulement si, l’élite réussit à abattre l’alliance des deux populismes, et au cas où ceux-ci échoueraient et trahiraient comme Tsipras, que serait possible ce que nous appelons une "mobilisation réactionnaire des masses" - ce qui sera un phénomène nouveau, de toute façon différent du fascisme.

    Certes, on doit s’opposer à cette issue, mais comment ? En restant inertes devant le risque que l’élite, ayant balayé le gouvernement jaune-vert, fasse entrer la troïka en Italie ? Ou même en appuyant les diktats et les guet-apens eurocratiques ? Dans les deux cas, cela contribuerait à pousser les masses populaires dans les bras, pour le moment, de Salvini, et dans l’avenir du monstre qui pourrait venir après lui. Il faut défier les deux populismes sur leur propre terrain, en les pressant de donner suite aux bonnes choses promises aux Italiens et gravées dans leur programme de gouvernement.

    Il faut se tenir dans le tourbillon de l’Histoire, sans se laisser emporter, et en défiant les deux populismes pour leur disputer l’hégémonie et la direction du territoire que Gramsci aurait appelé national-populaire.

    Je sais bien que, vu nos très faibles forces, cela peut sembler un objectif fou. Mais tu sais bien que, sans "folie", on ne fait pas l’Histoire.

    Moreno Pasquinelli

    Notes de la Traductrice

    * Référendum voulu par le chef de gouvernement d’alors, Matteo Renzi, en 2016, au sujet des modifications de la Constitution qui, sous couleur d’"accélérer le travail parlementaire" et de réduire l’instabilité politique, devaient affaiblir le Sénat et concentrer les pouvoirs entre les mains de l’exécutif (c’est le même type de réforme constitutionnelle que veut imposer Macron cet automne, le référendum en moins). Le NON l’emporta largement et Renzi démissionna.

    **Le Décret Dignité, entré en vigueur le 14 juillet dernier, a pour but but de lutter contre le travail précaire et sanctionner les entreprises qui délocalisent. C’est un anti-Jobs Act (équivalent, dû à Renzi, de la réforme du Code du Travail réalisée par Macron).

    »» https://www.sinistrainrete.info/politica-italiana/13241-moreno-pasquin...
    URL de cet article 33816
    https://www.legrandsoir.info/lettre-a-un-ami-etranger-sinistra-in-rete.html

       


  • Staline et la révolution

    20 Septembre 2018 Publié dans #GQ, #Front historique, #Qu'est-ce que la "gauche", #Russie, #Ukraine, #Théorie immédiate, #L'Internationale

     

    Les révolutionnaires du XXIème siècle auraient tout intérêt à se libérer du discours bourgeois sur Staline, discours sur un élément essentiel de leur propre histoire, qu'ils le veuillent ou non, discours faux mais hégémonique, y compris dans leurs rangs. Et de faire en sorte qu'ils se rendent compte que Staline eût-il été un ange, le discours bourgeois à son sujet aurait été exactement le même. En fait, il serait bon qu'ils se rendent compte qu'il leur faudrait eux-même mériter une si mauvaise réputation dans la bourgeoisie mondiale.

    Dans le monde entier les exploiteurs et les hypocrites prononcent le nom de Staline, mort en mars 1953, avec haine, terreur et horreur. A titre conservatoire, c'est plutôt bon signe. C'est peut être le signe qu'il ne devait pas être si mauvais, s'ils ont encore peur de lui, après si longtemps.

    Staline comme monstre maléfique dénoncé par l'idéologie libérale-démocratique hante le monde de la fin de l’histoire. Il est abusivement assimilé à Hitler par l’usage de la théorie de guerre froide du « totalitarisme ». Dans le récit incohérent propagé par les manuels scolaires, leurs rôles respectifs deviennent complètement inintelligibles. Le dirigeant criminel raciste contre-révolutionnaire allemand est rejeté en paroles par la même bourgeoisie qui l’a utilisé, comme si elle n’avait rien à voir avec lui. Staline, dirigeant victorieux de l'Union Soviétique et de la révolution mondiale qui a combattu et vaincu le nazisme hitlérien lui est assimilé, au défi de la réalité historique, pour « exorciser le communisme » comme l’a écrit un jour le journal « Le Monde » sans mettre de guillemets, pour rendre à jamais impossible une nouvelle révolution comme celle d'octobre 1917 en Russie. Bref, comme Dostoïevski l’avait anticipé en critiquant les révolutionnaires russes vers 1870 dans Les Possédés, on lui fait porter un costume de démon des plus banals dans la tradition judéo-chrétienne (et d’une version de la théologie judéo-chrétienne bien peu intelligente). 

    Le représentant du mal métaphysique ainsi signalé à l'attention du public pourrait attirer à lui le négatif humain que la société bourgeoise veut mettre au rebus, ceux qui sont acculés à la folie, les exploités, les précarisés, les perdants, les humiliés, ceux qui inclinent vers le suicide ou le terrorisme. Staline a acquis une mauvaise réputation du genre à plaire à l’opprimé isolé par le spectacle du triomphe planétaire du capitalisme. Et il vaudrait mieux pour le monde que les révoltés irréconciliables qu'il produit toujours se regroupent autour de ce nom, quitte à choisir, que dans les rangs du fascisme ou de l'intégrisme religieux.

    Mais Staline n’est pas une figure de la décomposition populaire du romantisme, un "surhomme " nietzschéen abâtardi. Il n’a pas été adulé par des foules qui comptaient nombre de héros et de génies comme un exterminateur mais comme un sauveur.

    Il apparait de plus en plus clairement que le Staline historique n’était pas le personnage monstrueux que ses ennemis de l'extérieur et de l'intérieur ont cherché à accréditer. L’histoire objective de son pouvoir sur l’URSS et le mouvement communiste commence à être écrite avec le recul scientifique nécessaire à la manifestation de la vérité. C'est une histoire terrible pleine d’excès et de brutalité. Mais la terreur dont il est question n’a pas été introduite dans l’histoire par la malveillance d’un homme ou d'un petit groupe dirigeant. Elle résulte d'un contexte et de circonstances précises. Lorsque ces circonstances se sont apaisées, les groupes dirigeants communistes de l'URSS et des partis frères n'ont plus osé assumer leur histoire, et ont cru s'en tirer en faisant de Staline le bouc émissaire de tous leurs excès et toutes leurs erreurs. Et le bouc émissaire était particulièrement mal choisi.

    C’était un politicien très intelligent, habile, convaincu, incorruptible, et plutôt prudent, qui fut sans doute, comme Mao après lui, victime des illusions que produit un pouvoir politique trop étendu.

    Nos idées sont remises en cause concrètement par les résultats concrets de l’expérience historique du socialisme réellement existant, mais fort peu par les travers de personnalité attribués aux chefs qui ont voulu les mettre en pratique. On leur doit bien cela : on peut reprocher tout ce qu’on veut aux communistes intraitables de la génération formée par Staline, mais non d’être inoffensifs, non d’avoir été des « intelligents » tchékhoviens se morfondant en regardant passer l’histoire en se plaignant de leur impuissance, ou des romantiques complaisants qui comme dit Lautréamont « se roulent sur la pente du néant en poussant des cris joyeux ». Ou des modernes plus ou moins jeunes qui continuent ce petit jeu sur les réseaux sociaux.

    On ne peut pas si facilement le dissocier de la tradition politique qu'il applique et qu'il prolonge. Staline incarne la dictature du prolétariat. S’il y a quelque chose qui ne va pas chez Staline, c’est dans la théorie de la dictature du prolétariat qu’il faut le chercher, théorie appliquée fidèlement telle que Karl Marx et Lénine l’avaient envisagée.

    Et certes, ce n'est pas pour rien que Gramsci (qui a toujours soutenu Staline contrairement à ce que l'on laisse croire souvent) l'a reprise de fond en comble à la même époque, non pour la supprimer, mais pour l'actualiser.

    La tentative stalinienne de mettre en pratique le marxisme a finalement été vaincue. Mais il y a quelque chose d’étonnant à voir toute l’intelligentsia mondiale élevée dans le culte de Nietzsche s’épouvanter de voir ce que ça donne, d’agir « par de là bien et mal ». De voir ce qu'elle interprète comme un surhomme en chair et en os mettre en œuvre la dictature du prolétariat à ses dépens.

    Le fait est que Staline, dont le nom qu'il s'est choisi signifie "Homme d'Acier", fut le dirigeant rationnel à la barre de la Révolution dans les circonstances de fer où elle se produisit, dans le monde de violence sans limite ouvert par la boucherie de la Grande Guerre impérialiste de 1914-1918 qui avait déprécié totalement la valeur de l’existence humaine, et face à la contre-révolution également sans limite du fascisme et du nazisme qui en avait au concept même d’être humain. L’analyse qui veut proposer un « communisme sans Staline » qu’il fût celui de Trotski, des anarchistes, ou de « Socialisme ou Barbarie », n’a pas de sens. Leur analyse est d'ailleurs à contresens des faits : Staline n’a pas exercé la terreur au nom de la bureaucratie contre le prolétariat, il a exercé la terreur sur la bureaucratie, au nom du prolétariat.

    Lui, et le groupe dirigeant qui l'entourait, étaient persuadés qu'une partie importante de la bureaucratie soviétique était prête à trahir la Révolution, "l'œuvre de Lénine" à laquelle ils accordaient tant de valeur, et à baisser pavillon face à l'Allemagne nazie, puis face aux États-Unis impérialistes. Ce qui s'est effectivement produit, deux générations plus tard.

    Le recours à la Terreur eut pour but de faire face à la situation d'urgence créée par la menace extérieure nazie et/ou impérialiste. Le groupe dirigeant produisit une façade légale à la Terreur, assez inconsistante, pendant les grands procès de Moscou, de 1936 à 1938. Cette Terreur, en elle même, est infiniment tragique. Mais personne ne saura jamais si sans elle, l'URSS ne se serait pas écroulée au premier choc, comme la France de 1940.

    On peut conclure de ces observations quelques notions pratiques :

    Moins les communistes seront tentés de répudier le Staline historique, moins ils seront tentés de rejeter Staline dans les poubelles de l’histoire, moins ils seront staliniens, au sens trivial du mot qui caractérise bien l’apparatchik opportuniste ou postcommuniste : autoritaire, menteur, dissimulé, corrompu, brutal, inculte, veule, opposé à la spontanéité révolutionnaire et à la démocratie. Car ceux que l’on qualifie spontanément ainsi avec ce que cela comporte d’opprobre justifiée ne sont pas staliniens, mais khrouchtcheviens, gorbatchéviens, yeltsiniens. Ou pour traduire dans les termes de la Révolution française, ce sont ceux de Thermidor et du Directoire, pourris et cyniques, qui ne peuvent pas juger la Terreur, à laquelle ils ont participé sans vertu.

    Restent les mérites du personnage historique Staline auquel il faut rendre justice : Il a su rendre concrète l’expérience du « socialisme dans un seul pays (l’alternative étant, non pas la « révolution permanente » mais « le socialisme dans aucun pays »), expérience que l’humanité du XXème siècle devait faire. Il a su diriger le peuple soviétique pour vaincre le nazisme. Sans Staline, le Parti communiste soviétique, et le peuple russe, le Troisième Reich aurait triomphé. Il a accéléré la décomposition du monde colonial et du racisme, et rendu dans le monde entier l’exploitation et la misère illégitime.

    Le seul moyen de vaincre le socialisme a été de faire provisoirement mieux que lui sur son terrain, le terrain social, et on voit bien ce que ça donne aujourd’hui que ce puissant stimulant a disparu.

    Il est vrai que Staline assume avec tous les autres dirigeants soviétiques (y compris ceux qui en ont été victime à leur tour) le bilan terrible de la Terreur, atteignant peut-être (selon une estimation très élevée) un million de condamnés exécutés ou morts en déportation, en trente ans, une fois écartés les bilans délirants et hyperboliques diffusés par les historiens anticommunistes professionnels, et notamment l'imputation au régime soviétique de la mortalité due aux calamités naturelles.

    Comme le montre Domenico Losurdo, l'État révolutionnaire fondé par les bolcheviks n'a jamais pu bénéficier de la paix et se sortir de l'état d'exception, il n'a pas réussi à fonder une nouvelle légalité, de manière à entrer dans un développement pacifié et prosaïque, et le philosophe italien pense même, paradoxalement, que la composante anarchisante du projet communiste, qui comporte l'objectif du dépérissement rapide de l'État, a empêché la stabilisation du socialisme et son retour au respect de la légalité. Et en effet, les premiers bénéficiaires d'une telle pacification devaient être les cadres, les "bureaucrates", et leurs cousins à la face souriante, les intellectuels et les artistes plus ou moins dissidents. Staline, comme promoteur de la constitution démocratique de 1936, représente justement la recherche jamais atteinte du point d'équilibre entre légalité et révolution, entre "experts" et "rouges".

    Gramsci voyait le Parti communiste en "Prince" de Machiavel unifiant le prolétariat, et Staline personnifie cette théorie, dans les conditions d'un pays encore peu développé, et d'un monde qui considéré globalement ne l'était guère plus.

    Mais tout ça ne s’est pas produit dans une époque et dans des pays tranquilles, où comme on dit dans le chant des partisans : "les gens aux creux des lits font des rêves", et en condamnant sans nuance Staline et son groupe dirigeant on fait comme s'il n’y avait jamais eu de guerre menée au socialisme, comme si l'Union Soviétique et la révolution prolétarienne n’avaient eu aucun ennemi, et surtout comme si cet ennemi n’avait pas pris dès avant octobre 1917 l’initiative de la violence et de la Terreur.

    Il est certain qu’aujourd’hui, et on le voit en Amérique Latine, les révolutionnaires ont appris à économiser le sang versé. Et cela n’empêchera contre eux ni calomnies, accusations délirantes, provocations, complots où les médias bourgeois, y compris ceux qui sont "de gauche", participeront avec enthousiasme. 

    Nous ne devons pas accepter les jugements moralisateurs des hypocrites dans des faux-procès en inhumanité, car les morts qu’ont causés le capitalisme, et l’ordre social de classe depuis son origine dans la nuit des temps, sont tellement nombreux que personne n’a même essayé de les compter.

     

    2

    La discussion sur le passé du communisme s’approfondit avec le temps. Il semble qu’il soit impossible pour un communiste d’exister sans se positionner vis-à-vis de grands événements comme la Révolution d’Octobre, Stalingrad, la Résistance, la Révolution Culturelle, ou de personnalités considérables (Lénine, Staline, Trotski, Mao, le Che). 

    Pourquoi ? Parce que ces événements et ces personnes caractérisent l’époque où le mouvement avait atteint son maximum d’influence sur les consciences et sur les événements historiques.  La construction du socialisme s’avère une affaire de longue haleine (sur cela Marx s’est trompé par optimisme exagéré) et ces figures conserveront leur actualité tant que le capitalisme existera, tant que la pré-histoire continuera. 

    Dans quel sens devons nous utiliser cette histoire ? Marx nous indique en tout cas la marche à ne pas suivre : faire comme les révolutionnaires de 1848 fascinés par la Montagne de 1793 qui cherchaient à rejouer la grande révolution, et qui souvent se déguisaient en révolutionnaires plutôt qu’ils n'agissaient. Réévaluer le rôle révolutionnaire de Staline ne signifie donc pas préconiser l'emploi ici et maintenant de son langage ni de ses méthodes d'action, et encore moins de l'utiliser comme un symbole creux destiné à choquer le bourgeois. Mais cela signifie qu'il faudra pour renverser le capitalisme une détermination de fer, comme la sienne.

    Il faut reconnaitre le fait incontestable que dans le monde entier les révolutionnaires prolétariens déterminés, à l’exception notable des anarchistes espagnols (dont soit dit en passant la détermination à user de la violence plus qu'elle n'est nécessaire est bien connue), se sont rangés du coté de Staline quand il gouvernait l’URSS. Et une grande partie des mouvements bourgeois de libération nationale dans les colonies et le Tiers Monde aussi. Et que l’URSS s’est consolidée et a vaincu l’Allemagne hitlérienne sous sa direction, sans quoi il n'aurait pas survécu beaucoup d'antifascistes dans le monde y compris en France. Que nombre d’antistaliniens, à commencer par Khrouchtchev, ont été de son vivant des animateurs zélés de la répression. Et que le mouvement communiste n’a fait que décliner depuis la déstalinisation.

    Donc nous voilà devant les dilemmes suivants : devons nous accepter comme des « dommages collatéraux » les aspects négatifs de ce moment de l’histoire communiste? Ou devons nous chercher à convaincre, en nous prenant les pieds dans le tapis d'ailleurs que nous n’avons rien à voir avec cette histoire et qu’elle nous cause des remords terribles ? Devons nous tenter d’ajouter aux omissions nombreuses et aux quelques mensonges de la propagande de l'époque de Staline un mensonge de plus, qui consiste à dire que Staline n’était pas un communiste (ou pas un « vrai » communiste) ?

     

    3

     

    Le mouvement révolutionnaire du prolétariat a mal géré son repli idéologique depuis la mort de Staline (1953), et il faut en reprendre l'autocritique au début.

    La critique anticommuniste a raison sur trois postulats :

    1) Staline est un communiste authentique, ceux qui s’intitulent encore communistes doivent assumer cet héritage et expliquer pourquoi ils le font.

    Ce défi est très facile à relever, et sans provocation ni extrémisme ! Il suffit de savoir ce qu'on veut, la respectabilité ou la révolution. Car ce qui est perdu en obstruction, calomnies et conspiration du silence peut être regagné et largement au-delà par la publicité involontaire que produit l'indignation de la bourgeoise scandalisée et de ses intellectuels et journalistes. La haine de la bourgeoisie authentifie le mandat révolutionnaire de ceux qui décident de représenter la cause du prolétariat. La référence à Staline est même un procédé qui permet de faire l'économie de la surenchère et de la démagogie dans leur stratégie de communication.

    2) L’URSS a été une tentative de réaliser une utopie économico-politique qui a échoué dans la confrontation avec l'impérialisme.

    Sauf que pour nous, ce n’est pas l’utopie en elle qui la condamne, au contraire ! Et de plus en plus clairement, c'est le projet économique capitaliste dans son ensemble qui semble une utopie mortifère.

    3) Et le phénomène historique nazi-fasciste s'explique par une réaction à la menace communiste.

    Le tableau effarant des effets meurtriers de ce phénomène nullement mystérieux n'exige de la postérité aucun mutisme craintif, aucune sidération. Il est parfaitement possible, et nécessaire, de continuer à penser "après Auschwitz". L'horreur nazie n’est rien autre chose que le fruit démesuré d’une réaction de panique de la bourgeoisie, face à ce qu’elle nomma le « bolchevisme », signifiant émotionnel dont le sens est à peu près le même que celui de « Staline » aujourd’hui, et le plaidoyer pour une réhabilitation implicite du nazisme qui a été présentée avec cohérence par Ernst Nolte en Allemagne, est en fait un aveu de la bourgeoisie, qui replace le génocide sans mystère au terme de l’escalade criminelle de la contre-révolution des années 1920/30.

    Les révolutionnaires actuels, s’il était possible par magie de les transporter dans l’époque et les circonstances qui ont vu naître et grandir l’URSS, et la contre-révolution fasciste, dans la mesure où ils sont honnêtes et déterminés, seraient staliniens, et avertis qu'ils sont sans doute plus que les originaux.

    Les communistes, forts de l'expérience historique inestimable et chèrement acquise par les camarades qui les ont précédés dans la lutte ne doivent rien renier de leur passé s’ils veulent avoir un avenir. Ils doivent utiliser l’échec global de l’expérience commencée en octobre 1917 pour corriger leur théorie, mais non pour se replier dans un humanitarisme inconsistant qui ne permet aucune analyse, ne justifie aucune prise de risque et aucune révolution.

    S’il s’agit d’être utile aux « gens », pas besoin d’être communiste ! S’il s’agit de relancer la révolution prolétarienne, plus nécessaire que jamais, alors il faut avancer, en refusant d’être enfermé dans une « prison scripturaire », dans les mythes de l’histoire contre-révolutionnaire en contestant point par point tous les procès qui concernant le passé de leur mouvement, et en suivant ces principes :

    1) La quasi-totalité des allégations de l’historiographie anti-stalinienne est fantasmatique, fausse ou exagérée.

    Soljenitsyne, Conquest, Trotsky, Chalamov, les Medvedev etc. ne sont pas des sources fiables, mais des auteurs partisans, le plus souvent directement liés à des forces organisées contre-révolutionnaires, des auteurs souvent lourds et grossiers qui ne seraient pas pris au sérieux s'ils écrivaient sur n'importe quel autre question.

    2) Dans l’affrontement entre la révolution mondiale et la contre-révolution mondiale, depuis 1914, le camp capitaliste est responsable de crimes innombrables et n’a pas de leçon de morale à donner. 

    3) Nous éviterons à l’avenir les dérives antidémocratiques, les erreurs et les excès violents en étudiant l’histoire réelle de notre mouvement et non en reproduisant les critiques de l’adversaire et sa version des faits. 

    4) Les critiques émanant de mouvements ou d’hommes se prétendant révolutionnaires et qui n’ont pas fait de révolution n'ont pas de valeur. Comme celles de Georges Orwell par exemple, prototype de tous les conservateurs déguisés en gauchiste. Non plus que celles émanant d’acteurs de l’histoire du communisme qui tentaient de couvrir leurs responsabilités, comme Trotski et Khrouchtchev.

    L'application de ces principes, en s'inspirant notamment des concepts critiques développés dans les Cahiers de prison de Gramsci, devrait aboutir à une critique nuancée, comme le fait la critique du maoïsme en Chine, et non à la diabolisation de l'histoire de la révolution.

     

    GQ, 22 novembre 2017 (texte élaboré depuis 2010, publié en versions successives)

     

    PS  le mot "communisme" doit s'entendre dans ce texte comme "mouvement politique communiste réellement agissant".


    Voir également :

    Dossier contre l'antistalinisme

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  • 20 Septembre 2018

    Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

    Retraité, entre deux ponctions de la CSG et la baisse continue de mon pouvoir d'achat, j'ai regardé à la téloche l'audition d'Alexandre Benalla par la commission d'enquête du Sénat. J'ai donc vu un autre monde, surtout pas le mien, entre gens biens  satisfaits des bienfaits sur eux de la 5e République.

    Dès lors, oubliées les insanités dudit Alexandre Benalla sur ladite commission d'enquête et sur son président Philippe Bas. Celui-ci tient à réaffirmer  la "nécessaire prééminence du président de la République". Et donc de son pouvoir absolu. CQFD.

    De ce fait aussi, oubliées les charges contre ladite commission d'enquête sénatoriale du porte-parole de l'Elysée, du ministre chargé des relations avec le Parlement. Quant à la ministre de la Justice, elle s'est mue ni plus ni moins en avocate de l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron.

    Bref, plus d'affaire dEtat Macron-Benalla, mais un dialogue très policés entre gens du même monde et surtout pas le mien, quitte à me répéter.

    Le grade de lieutenant-colonel offert à 27 ans? Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années.

    Le port d'arme? Pour ma sécurité personnelle.

    Mon salaire? 6 000 euros net mais sans fiche de poste ni aucune déclaration au Journal Officiel. Mais peut-être, après tout, le port d'armes servait à défendre un pouvoir d'achat dans cette république faite pour les riches et le patronat.

    Mon badge d'accès à l'Assemblée nationale? Pour fréquenter sa bibliothèque et sa salle des sports. Ben oui, pour être chargé de mission auprès de Manu 1er, il faut mieux avoir un esprit sain dans un corps sain. sinon, on ferait dans la barbouzerie de bas-étage. Non?

    Ben oui, Alexandre Benalla se devait d'être sportif et érudit pour trimballer chaque jour un Glock 43 afin d'aller bosser dans un palais ou d'être au plus près de Notre révérendissime, sans devenir pour autant son garde-du-corps.

    En résumé de cette très charmante discussion entre gens biens: Pas plus d'affaire d'Etat Macron-Benalla  que du travail en traversant simplement la rue, bande de derniers de cordée que vous êtes à me lire!

    Ci-dessous l'autorisation de port d'arme paraphé par le préfet de police de Paris en personne. pris sur Médiapart.

    Alexandre Benalla n'était qu'un gentil organisateur des déplacements présidentiels. Point final.






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